«Bedrock» (Roche-mère), un documentaire philosophique de Kinga Michalska en salle dès le 20 février – Bible urbaine

CinémaEntrevues

«Bedrock» (Roche-mère), un documentaire philosophique de Kinga Michalska en salle dès le 20 février

«Bedrock» (Roche-mère), un documentaire philosophique de Kinga Michalska en salle dès le 20 février

Différents regards sur la Pologne d’aujourd’hui

Publié le 17 février 2026 par Jessica Samario

Crédit photo : Tous droits réservés @ Les Films du 3 Mars

Présenté par Les Films du 3 Mars et Filmoption International, le premier long métrage de Kinga Michalska prendra l’affiche à Québec le 19 février et dans les cinémas de Montréal dès le 20 février. Ce documentaire propose différents récits actuels de Polonais et de Polonaises vivant sur les vestiges de l’Holocauste. Cette fenêtre ouverte sur l’intimité de ces habitant·es amène à réfléchir sur les contradictions existentielles avec lesquelles ils peuvent jongler dans leur quotidien. Iel nous en raconte un peu plus sur ses démarches.

Connecter avec le médium approprié

Titulaire d’un baccalauréat en études culturelles de l’Université de Varsovie et d’une maîtrise en photographie de l’Université Concordia, l’artiste visuel·le polonais·e Kinga Michalska s’est lancé·e dans le cinéma documentaire avec son court métrage intitulé Vampires, it’s nothing to laugh at en 2023.

«J’adore le documentaire! Je trouve que c’est une manière tellement belle et plus complexe d’apprendre à connaître le monde et de réfléchir aux questions qu’il soulève. Ce médium permet de mieux comprendre et d’accéder à des univers auxquels nous n’avons pas habituellement accès. C’est aussi une façon de voir la réalité sous un angle différent», a lancé d’emblée le∙la cinéaste en s’ouvrant sur sa démarche.

Affiche du film «Bedrock» de Kinga Michalska.

Dans une recherche d’abord personnelle, iel s’est intéressé·e à la Pologne actuelle lors de questionnements qui l’ont habité∙e à la suite d’un voyage familial, tout juste avant de plonger dans le septième art.

«Nous sommes allés au plus grand parc d’attractions en Pologne et, en cherchant un hébergement, j’ai réalisé que le parc était situé à 20 minutes du camp d’Auschwitz. J’ai été choqué∙e de voir que c’était aussi près», a confié l’artiste. «Ce contraste initial m’a également amené·e à me remettre en question et à me demander comment nous, en tant que Polonais·es, vivons dans ce pays recouvert de fosses communes liées au génocide et d’anciens camps. À l’époque, je faisais principalement de la photographie, mais il était clair, pour moi, que, dans ce projet, il fallait que des gens prennent la parole. Cela ne pouvait pas être seulement des images. Le cinéma documentaire m’a semblé être le médium approprié.»

Creuser les vestiges d’un passé sombre

«Quatre-vingt ans plus tard, j’étais intéressé∙e par ces générations qui portent encore le poids du passé, même sans y avoir participé, et par cette notion de responsabilité collective aussi. Ce film a été pour moi un processus personnel pour recréer une carte de la Pologne, en visitant ces lieux et en observant les réalités du passé et du présent qui cohabitent», a expliqué Kinga Michalska.

«C’était important de créer des liens avec ces lieux à travers des connexions humaines en discutant avec des gens qui y vivent maintenant, tout en reconnaissant l’histoire et la mémoire des victimes. Donc, de voir les lieux des deux côtés.»

Tous droits réservés @ Les Films du 3 Mars

Pour entamer ses démarches, l’artiste a choisi de contacter le personnel de quelques établissements qui pouvaient la rediriger vers des personnes qui cadreraient bien avec son projet. Ensuite, iel a décidé d’aller sur le terrain et d’engager la discussion avec ces gens sur place.

Sa première rencontre a été celle d’un homme qui voyage partout en Pologne à la recherche de restants humains. Son travail mêle à la fois celui d’un fossoyeur et d’un chercheur.

«Filip avait une perspective très particulière, centrée sur un travail de mémoire, tout en voulant protéger les ossements des victimes. Des fois, quand je le regardais, je trouvais qu’il était vraiment submergé par le passé et par la violence. Ça semblait difficile de porter ce poids et de rester connecté à la vie. Mon idée était donc de montrer les différentes perspectives de chacun. Ensuite, nous avons rencontré d’autres personnes», a poursuivi Kinga.

Ses découvertes l’ont emmené∙e dans des lieux complètement opposés, d’un ancien camp de concentration reconverti en hôpital psychiatrique à un terrain de football, où des jeunes encouragent leur équipe, en passant par la visite d’une famille catholique, ou encore en plein cœur d’un spectacle.

Tous droits réservés @ Les Films du 3 Mars

«Certains se sentent stigmatisés par l’endroit où ils vivent. […] Dans le bar du village Birkenau, les gens de la communauté ont accepté de tourner avec nous, car ils étaient contents que nous soyons venus, puisque personne ne visite cet endroit, pas même les touristes. Mais ils me disaient: Bien sûr, vous voulez juste savoir comment on peut vivre ici.»

Iel ajoute que certains d’entre eux sentaient qu’ils ne devaient pas y habiter, mais en raison de leur pauvreté, ils ne voyaient malheureusement pas d’autres options s’offrir à eux.

Reconstruire une vision et s’ouvrir aux divers points de vue

«Lorsque nous avons tourné au Stutthof Museum, je me sentais personnellement très mal dans cet endroit, et ce, malgré le fait que j’étais entouré·e de personnes extraordinaires qui y travaillaient avec un sentiment fort de mission personnelle. Malgré tout, je ressentais que ce lieu était tout simplement trop lourd à porter. Chaque personne a une sensibilité différente: certaines parviennent à se construire une couche protectrice pour accomplir quelque chose de significatif là-bas, ou à développer des liens particuliers avec cet endroit», a révélé Kinga Michalska.

Ce périple en Pologne a donc bouleversé le∙la cinéaste, mais a rempli sa mission, celle de s’unir avec des Polonais·es pour comprendre leur réalité qui diffère de la sienne.

Tous droits réservés @ Les Films du 3 Mars

«Le film s’adresse à tout le monde qui s’intéresse à cette question existentielle autour de notre relation avec la terre et à son histoire. Ce n’est pas une œuvre historique; c’est plutôt une sorte d’essai qui soulève davantage des questions philosophiques sur ce que ça signifie de vivre sur des fosses communes et sur ce que nous savons réellement à ce sujet. Cette réalité est vraie pour moi, non seulement en Pologne, mais aussi au Canada, où je vis sur des terres marquées par les sépultures autochtones», a conclu l’artiste en vous invitant à aller le voir en salle.

Ce long métrage philosophique vous plongera dans des réflexions profondes et permettra d’ouvrir le dialogue. Profitez d’ailleurs des ciné-rencontres pour poser vos questions à Kinga Michalska et pour échanger avec le public, qui apportera fort probablement aussi davantage de points de vue.

Le film Bedrock (Roche-mère), présenté en langue originale polonaise et sous-titré en français et en anglais, prendra l’affiche du Cinéma Beaumont à Québec le 19 février en compagnie de Kinga Michalska. Il sera ensuite projeté au Cinéma du Musée de Montréal dès le 20 février. La cinéaste se joindra aux projections des 20 et 22 février (en anglais seulement) ainsi qu’à celle du 21 février au Cinéma Public. Pour tous les détails, suivez la page Instagram de l’œuvre. Bon film!

*Cet article a été produit en collaboration avec Les Films du 3 Mars.

Nos recommandations :

Vos commentaires

Revenir au début