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Crédit photo : Guy Saint-Jean Éditeur
Je ne pensais pas aimer autant ce genre de littérature. Un roman mêlant romance historique, voyage temporel et codes de la Régence anglaise. Et pourtant, dès les premières pages, où une carte du Londres de 1816 s’offre à nous comme une promesse d’ailleurs, j’ai été aspirée dans un univers fascinant, riche et étonnamment vivant.
Comme lors de ces matins où l’on ne sait pas encore ce que la journée nous réserve, la lecture débute sans grand fracas, avant de devenir une traversée émotionnelle où passé et présent se répondent, où les rêves prennent corps, et où une jeune femme découvre bien plus que l’amour: elle découvre qui elle est véritablement.
Rebecca: une héroïne entre deux mondes
Rebecca Sheridan est une étudiante en égyptologie qui travaille dans une bibliothèque et qui rêve d’un autre temps. Celui de la Régence anglaise, où les codes amoureux semblent plus lents, plus raffinés, presque romantiques dans leur rigidité. Elle rêve de courtisanerie, d’élégance, d’un amour construit dans le respect des règles.
Elle est pucelle, idéaliste, maladroite dans ses rencontres modernes, quelques catastrophes issues d’un site de rencontre en témoignent, elle se réfugie dans un journal épistolaire où elle s’invente une vie parallèle. Une autre version d’elle-même. Une orpheline entourée d’une famille fictive, d’une meilleure amie inventée, d’un monde où tout semble ordonné.
Sa relation avec Gwenda, une voisine âgée passionnée de la Régence, agit comme une courroie vers cet univers rêvé. Et c’est justement lors d’une reconstitution historique qu’un évènement inattendu fait basculer son univers: Rebecca se retrouve projetée en 1816.
Ce qui n’était qu’un simple fantasme devient réalité.
Une Londres vivante, vibrante, parfois brutale
Felicia Kingsley réussit quelque chose de rare: rendre l’époque crédible sans la romancer aveuglément. Oui, il y a des bals, des robes, des voitures tirées par des chevaux et des salles où l’on chuchote sous les draperies. Mais il y a aussi les absurdités médicales, les règles sociales étouffantes et une vision du monde profondément inégalitaire.
On apprend que les femmes risquaient d’être considérées comme hystériques pour un rien. Que l’ablation du clitoris pouvait être proposée comme traitement médical. Que les malades étaient offerts en spectacle au public une journée par semaine dans les hôpitaux psychiatriques. Que se laver trop souvent était jugé dangereux.
Cette immersion historique devient presque une encyclopédie vivante, fascinante pour quiconque s’intéresse à l’évolution des mentalités.
Ayant marché dans les rues de Londres il y a quelques années, j’ai ressenti un plaisir particulier à reconnaître les lieux, à retrouver l’ombre de Buckingham, l’omniprésence de la monarchie, cette sensation étrange de vivre dans une ville où l’histoire respire à chaque coin de rue.
Entre enquête, mystère et romance
Si l’histoire commence comme un rêve devenu réalité, elle bascule rapidement vers une intrigue plus sombre: la mort mystérieuse d’Emily, personnage issu du journal de Rebecca et désormais bien réel. Avec Reedlan Knox, pirate ou encore corsaire, espion naval et héros à la Mr Darcy, Rebecca entame une enquête mêlant complots, secrets et dangers réels.
Leur relation oscille entre tension, ironie et désir retenu. Oui, certains codes rappellent les romances classiques, presque à la manière des romans Harlequin. On croit parfois deviner la trajectoire. Mais le livre gagne en profondeur grâce aux multiples intrigues qui s’entrelacent: espionnage, critique sociale, réflexion sur la condition féminine.
Et surtout, grâce à l’évolution personnelle de Rebecca.

Felicia Kingsley. Photo: Tous droits réservés @ Guy Saint-Jean Éditeur
Grandir dans un monde qui ne nous appartient pas
Ce qui touche particulièrement, au-delà de l’histoire d’amour, c’est le cheminement d’une jeune femme confrontée à ses propres illusions. Rebecca rêvait d’une époque qu’elle idéalisait, mais elle découvre une réalité plus dure, faite de contraintes invisibles: être femme en 1816 signifie naviguer entre silence et conformité.
Écrire peut être dangereux. Désirer peut être condamnable. Et pourtant, elle écrit. Elle signe des chroniques sous pseudonyme. Elle ose exister autrement.
Une lecture addictive malgré ses invraisemblances
Soyons honnêtes: tout n’est pas parfaitement crédible. Le téléphone portable qui conserve sa batterie pendant des semaines, certains rebondissements romantiques attendus, mais ces graffignes deviennent secondaires tant le roman se révèle immersif.
Les chapitres courts créent un rythme entraînant. On s’attache rapidement aux personnages. On veut savoir. Comprendre. Continuer.
Et puis, il y a ces moments où l’histoire nous rappelle pourquoi nous aimons lire: cette possibilité de devenir quelqu’un d’autre, d’être ailleurs, pendant quelques heures.
Je me suis surprise à rêver d’être Rebecca.
Une grande histoire d’amour et un éveil
Au fil des pages, la romance devient plus charnelle, plus assumée. L’éveil sensuel de Rebecca accompagne son éveil passionnel. Elle apprend à choisir, à dire non, à refuser les compromis imposés par la société.
L’amour n’est plus seulement un fantasme romantique: il devient un acte de liberté.
Et c’est peut-être là que le roman touche juste: dans cette transformation intime qui dépasse les clichés du genre.
Pourquoi ce roman marque
Le carnet de Lady Rebecca réussit à atteindre l’équilibre délicat entre divertissement et réflexion. Il parle d’amour, oui, mais aussi d’identité, de choix, de liberté. Il explore la fascination pour les époques passées, tout en rappelant que chaque époque possède ses chaînes.
On referme le livre avec un sourire et une légère tristesse, celle que l’on ressent quand on quitte un univers où l’on s’était senti chez soi.
Felicia Kingsley ne se contente pas de raconter une romance historique; elle offre un voyage dans le temps qui questionne nos rêves, nos attentes et notre rapport au passé.
Et pour celles et ceux qui aiment les récits d’époque, les intrigues romantiques et les héroïnes qui apprennent à s’affirmer, ce roman pourrait devenir une saine obsession.
Parce qu’au fond, lire ce livre, c’est accepter de se poser une question simple et terriblement humaine: si nous pouvions vivre ailleurs, autrement, serions-nous vraiment prêt∙e à abandonner notre présent?
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de la rédaction
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