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Crédit photo : Alice Larrivée

Rau_Ze. Photo: Alice Larrivée
Rau_Ze et Renon: deux recrues québécoises aux voix brutes et aux univers assumés
Le duo qu’on voit de plus en plus sur les scènes locales depuis deux ans, Rau_Ze, était attendu à 15 h 20 sur la scène de la Vallée. «Le seul band québécois sur un gros stage», a souligné Rose Perron dès le début, entourée de ses musicien·nes.
«Sumerset», «Partie déjà», «Virer nos vies»… Les pièces de l’album, lancé en 2024, se sont enchaînées, alors que Rose prenait peu à peu possession de l’espace, féline, féroce, fébrile. Son complice Félix Paul, à la console et au clavier, est resté discret, mais a apporté, par sa présence, une stabilité essentielle — sonore et psychique pendant que Rose se libérait.
Sur «Pas la peine», elle dansait, elle était à quatre pattes, elle buvait, elle fumait, elle écrasait sa cigarette sur scène et la tendait à son band. C’est le basculement: la jeune chanteuse crachait sur les conventions, gémissait, grognait, se roulait par terre, criait dans le micro, criait à la caméra. La lionne sortait de sa cage.
Entre «L’Habitude», «Cinq minutes pile» et «Parle-moi pas», elle nous a balancé toute sa vulnérabilité et sa rage à travers une performance crue, brute, mais parfaitement maîtrisée. Avec une énergie et des pointes punk et métal qu’on ne retrouve pas sur Virer nos vies, Rau_Ze a prouvé qu’elle peut occuper les grandes scènes. Et qu’elle est plus que prête à y revenir.

À quelques pas de là, sur la scène Sirius XM, Renon, artiste originaire de Montréal, présentait… ses propres funérailles! Écriteau rose «In loving memory of Renon», musiciens en complets noirs et cravates roses, et elle, au centre, goth-glam dans une robe de mariée noire.
On a eu droit à une plongée dans un univers dark-pop où la féminité était performée sans compromis. «Is it okay if we go sexy? We have a very sexy song for very sexy girls», a-t-elle lancé avant «LIQUORLIPS», chantée avec MINOE, habillée d’un costume blanc kinky. Mouvements lascifs, sensualité assumée, le duo a même échangé un baiser à la fin. Le spectacle, porté par une mise en scène audacieuse, s’est clos sur «White Girl Wasted».
C’est à deux spectacles contrastés auxquels j’ai assisté, chacun porté par une artiste ayant trouvé sa propre manière de forger son chemin vers les grandes scènes.

The Beaches. Photo: Alice Larrivée
MARINA et The Beaches, icônes queer à leur manière
Pour poursuivre dans la veine féminine de cette dernière journée, direction la scène de la Montagne pour voir le quatuor rock canadien The Beaches, programmé à 17 h 45. Mais juste avant, j’ai attrapé la fin de la performance de MARINA: talons hauts, mini-shorts, haut rose, univers tout aussi rose.
Des allures de Barbie pop, oui, mais ne vous y méprenez pas: la chanteuse galloise est une icône gay, féministe assumée et alliée de la communauté LGBTQIA+. Elle a clos son set sur l’entraînante «Bubblegum Bitch», avant de céder la place à The Beaches.
Sur scène: Les sœurs Jordan et Kylie Miller, Eliza Enman-McDaniel à la batterie, et Leandra Earl aux claviers et à la voix. Actif depuis 2009, le groupe est arrivé en force avec «Cigarette» et «Takes One to Know».
Les musiciennes ont rapidement instauré le ton avec des interventions crues, assumées, où il était autant question de masturbation que de polyamour ou de lesbianisme. Ici aussi, on rejette les conventions.
Leur indie-rock franc et audacieux est venu s’ajouter au riche éventail musical féminin de la journée. Avec deux albums et un tout nouveau microalbum (Touch Myself, qu’elles ont joué au complet), elles ont surtout pigé dans Blame My Ex (2023), livrant «What Doesn’t Kill You Makes You Paranoid», «Me & Me» et «Kismet» avec une énergie débordante. Jordan Miller, inébranlable, infatigable, a mené la charge du début à la fin.
Moment fort pendant «Jocelyn», lorsqu’elle a fait monter une fan sur scène en demandant: «Who wants to be our Jocelyn?». Le spectacle s’est terminé en puissance avec «Edge of Earth» et la populaire «Blame Brett», devenue virale sur TikTok — et qui a manifestement attiré une nouvelle vague de jeunes fans, visibles dans la foule compacte de filles chantant à tue-tête avec elles.

Chris Schultz, Cage The Elephant. Photo: Alice Larrivée
Indie nostalgie avec Cage The Elephant
Les deux scènes principales ont ensuite été occupées par les seuls groupes masculins programmés pour la soirée. Le duo australien Royel Otis, pour sa part, a offert un excellent préambule indie à Cage The Elephant, avec, entre autres, une solide reprise de «Murder on the Dancefloor», et même de «Linger» des Cranberries, chantée en duo avec la chanteuse de The Beaches. Ils ont conclu leur passage avec «Oysters in My Pocket», leur plus gros hit à ce jour, sorti en 2022.
Puis, place à Cage The Elephant, groupe rock américain mené par les frères Shultz. Sur la scène de la Montagne, Matt Shultz est arrivé en feu (littéralement, avec des flammes sur scène), lançant le bal avec «Broken Boy».
«This is too good to be true. There are many other places we could have been, collectively, and we chose to be here so thank you so much for coming out!», a-t-il lancé à la foule.
Le groupe a enchaîné les morceaux phares: «Cold Cold Cold», «Spiderhead», «Telescope» et la très attendue «Cigarette Daydreams», tirée de Melophobia (2013), sans oublier «Neon Pill», pièce titre de leur plus récent opus. Et bien sûr, les classiques «Back Against the Wall» et «Ain’t No Rest for the Wicked», de leur premier album paru en 2009, ont déclenché une belle vague de nostalgie indie-rock-grunge dans la foule.
Pas besoin de mise en scène élaborée pour Cage The Elephant: donnez-leur de l’espace, des amplis et quelques flammes, et ils sont en business. Les frères Shultz, Matt au chant et Brad à la guitare, occupent la scène avec une complicité palpable, livrant un set sincère et généreux. Avec des mouvements de danse ska, le chanteur se disloque et s’époumone sur scène avec une énergie contagieuse.
Ils ont terminé sur «Come a Little Closer», pile au moment où l’énergie du show atteignait son sommet. Une finale vibrante, qui a laissé les fans ravis… et fin prêts pour la suite.

Olivia Rodrigo. Photo: Alice Larrivée
Olivia Rodrigo: la reine du dimanche
Le clou de la soirée pour beaucoup de festivaliers était sans contredit Olivia Rodrigo. Toute la journée, sur le site, on voyait fleurir les tenues mauves et noires, sa palette signature.
L’auteure-compositrice-interprète américaine, déjà auréolée de plusieurs hits, particulièrement populaire auprès des jeunes filles, ne fait jamais les choses à moitié. Vêtue de paillettes et accompagnée d’un band complet — lui aussi majoritairement féminin — elle a livré un spectacle pop-rock impeccable, entraînant une foule qui a chanté sans relâche.
Celle qui a battu des records de streaming avec «drivers license» a prouvé qu’elle a du coffre. À seulement 22 ans, elle maîtrise toutes les facettes de son art: tantôt au piano et au chant avec «vampire», tantôt à la guitare électrique, délivrant des riffs puissants.
Rodrigo scintille sur scène, rappelant une Avril Lavigne en version girly. Qu’on aime ou pas sa musique, on ne peut ignorer l’impact qu’elle a auprès de sa génération. Devant moi, une foule immense de jeunes filles, certaines accompagnées de leurs parents, habillées à l’image de leur idole, vibraient à l’unisson, réalisant leurs rêves le temps d’une soirée.
Olivia a su captiver un Parc Jean-Drapeau entier, le faire s’illuminer, bouger les bras, taper des mains, et surtout, faire croire à ces jeunes filles que tout est possible. Sur «jealousy, jealousy», elle s’est mêlée à la foule, serrant les mains des fans qui avaient des étoiles dans les yeux. Elle a conclu en force avec les plus rock «good 4 u» et «get him back!»
Ce dimanche d’Osheaga, c’était bien plus qu’une simple série de concerts: c’était une célébration à la liberté d’expression, une ode à l’appropriation de la féminité et de son pouvoir — dans toutes ses couleurs, formes et nuances.
Une journée où les femmes ont clairement revendiqué leur place sur scène… et dans la société.
Mes 3 coups de cœur de la journée
- Cage The Elephant, pour la nostalgie et l’intensité de leur show;
- Rau_Ze, pour son énergie punk sur scène;
- The Beaches, pour leur belle complicité et leur spectacle sans failles.
Voilà! C’est ce qui met le point final à notre couverture d’Osheaga 2025! Pour lire la couverture du vendredi 1er août, rédigée par Manon Beauchemin, c’est par ici, et pour lire celle du samedi 2 août, rédigée par Claire Groulx-Robert, c’est ici. Sur ce, bon restant d’été!
L'ambiance du jour 3 d'Osheaga 2025 en images
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Rau_Ze -
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Renon. Photo: Alice Larrivée -
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Renon. Photo: Alice Larrivée -
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The Beaches -
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The Beaches. Photo: Alice Larrivée -
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Cage The Elephant -
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Olivia Rodrigo -
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Olivia Rodrigo. Photo: Alice Larrivée -
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Par Alice Larrivée



