Future Islands – Une performance signée Samuel T. Herring
Dès son arrivée sur scène, Samuel T. Herring donne le ton: «We have 45 minutes and we’re going to give the best we got! » Et il a tenu sa promesse!
Dès «King of Sweden», l’artiste virevoltait déjà d’un bout à l’autre de la scène, livrant chaque ligne comme si c’était la dernière. Ses mimiques, ses gestes dramatiques et ses pas de danse théâtraux m’ont parfois donné l’impression d’assister à une comédie musicale indie-rock.
Pendant ce temps, le reste des membres de Future Islands — actif depuis 2006 et originaire de la Caroline du Nord — restait en retrait, presque invisible. Et c’est voulu: Herring est le spectacle à lui seul.
La foule était étonnamment peu dense pour un groupe ayant un aussi gros répertoire. On devine que la majorité des plus jeunes festivaliers étaient amassés de l’autre côté du site pour voir Shaboozey. Ici, peu de body chains, mais un bon nombre de cheveux blancs — et des fans fidèles et captivés.
Entre «The Tower», «A Dream of You and Me», «Plastic Beach» et «Peach», Future Islands a enchaîné ses titres avec une intensité remarquable, jusqu’à livrer la très attendue «Seasons (Waiting on You)».
Herring vit chacune de ses chansons avec cœur, justesse et vulnérabilité. Une performance qui vivra encore longtemps dans nos cœurs.

bbno$. Photo: Alice Larrivée
bbno$, le fabuleux cirque du «Eminem des Gen Z»
Quelle découverte! S’il y a eu un set complètement déjanté à Osheaga cette année, c’est bien celui de bbno$. Avant même son entrée sur scène, une vidéo dramatique a fait monter la tension d’un cran avec un montage de présentateurs qui prononçaient, en boucle, « baby no money » sur l’air d’«Ainsi parlait Zarathoustra» de Strauss!
Et puis, le rappeur canadien de 29 ans a surgi sur scène tel un maître de cérémonie: chapeau haut de forme, veston rouge vin, boucle de ceinture Internet Explorer (oui, oui), s’époumonant: «OSHEAGA! Are you ready to party?» Le ton était donné.
C’est à un vrai cirque hip-hop qu’on a eu droit: jongleurs, contorsionnistes, acrobates, projections cartoonesques et références Gen Z en rafale.
Dès les premières secondes de la très énergique «it boy», toutes les mains étaient levées dans les airs. J’ai rarement vu un artiste réussir à captiver et à entraîner une foule aussi rapidement.
Il a enchaîné avec «C’est la vie», puis a sorti un livre de recettes des années 1980 du type 30-minute-meal pour rapper sur les noms des ingrédients. «Popcorn chicken! One small onion!» a-t-il scandé, pendant qu’un jongleur de balles en verre performait. Oui, c’est vraiment ça, son show.
Celui dont le vrai nom est Alexander Leon Gumuchian a transformé son set en un véritable spectacle de cirque à haute teneur en dopamine. Il performe, il joue, il divertit à 100%!
Avec son acolyte Yung Gravy (Matthey Raymond Hauri), avec lequel il forme le duo Baby Gravy, ils ont enchaîné «mathematics», «antidepressants», «1-800», «Welcome to Chili’s», «check», «Lil Freak», «edamame»… Tout y est passé, même une nouvelle track aux airs de Dance Dance Revolution sur le speed!
C’était absurde, brillant, rodé au quart de tour. Ça a fait des pirouettes, ça en a mis plein la vue. Et surtout, ça a fait du bien. C’était un moment à ne pas se prendre la tête, à sauter et à se déhancher, à se laisser ensorceler par la magie du jeune rappeur.
Tyler, The Creator, le Parc Jean-Drapeau en mode Tylerland
L’orage qui s’est abattu sur l’île a mis tout le site sur Pause, interrompant le set des Chainsmokers qui ont succédé à bbno$ sur la scène voisine.
Pendant que tous attendaient le feu vert, j’en ai profité pour me glisser vers la scène principale. En ligne de mire: Tyler, The Creator, tête d’affiche attendue de la journée.
L’artiste multidisciplinaire — rappeur, chanteur, compositeur, producteur, graphiste, designer, acteur… — est apparu avec environ 25 minutes de retard, météo oblige: seul, juché sur un immense conteneur à l’effigie du nom de son nouvel album, DON’T TAP THE GLASS.
Sobriété visuelle, mais puissance sonore: basses qui cognent, huit projecteurs, quelques flammes pour lancer le tout. Il n’avait visiblement pas l’intention de bâcler quoi que ce soit.
Après un spectacle haut en couleur offert en juillet dernier au Centre Bell, axé sur son album CHROMAKOPIA, paru en 2024, le prolifique artiste californien a cette fois aligné sa performance autour de son nouvel opus. Il a enchaîné «Big Poe» et «Sugar on My Tongue», puis est plongé tête première dans CHROMAKOPIA avec «Rah Tah Tah», «Noid» et «Darling, I».
Il a aussi pigé dans IGOR (2019) avec «EARFQUAKE» et «ARE WE STILL FRIENDS?». Infatigable, habité, Tyler s’est littéralement vidé sur scène, s’offrant toutefois des moments de vulnérabilité, et quelques pauses, pour reprendre son souffle.
«The energy is so good so far, let’s keep that shit up!», a-t-il lancé à la foule, qui ne demandait que ça.
Il a terminé en beauté avec la très populaire «See You Again».
Si certains craignaient un spectacle écourté à cause du retard, pas de panique: Tyler, The Creator a livré un show complet, puissant et sans compromis.
Mes 3 coups de cœur de la journée
- bbno$, pour sa mise en scène circassienne, son énergie, son univers (et pour la belle découverte);
- Future Islands, pour le charisme et la théâtralité du chanteur Samuel T. Herring;
- Tyler, The Creator, pour son œuvre, son talent et l’ovni musical et artistique qu’il incarne.







