ThéâtreEntrevues
Crédit photo : Eve B. Lavoie
Cette œuvre, écrite à la fin des années 1980, évoque à la fois l’instinct de violence, la hiérarchie, les jeux de pouvoir, l’opinion publique dirigée, ainsi que le rôle des arts et de la culture au sein d’une société.
Ces thématiques situées dans une histoire du XVIe siècle résonnent encore sombrement avec le monde d’aujourd’hui.

Photo: Eve B. Lavoie
Les origines d’un personnage plus grand que nature
Par l’immensité de son courage et de sa volonté, le personnage de Galactia ne recule devant rien pour faire entendre les voix de sa communauté. Par son art, elle véhicule des messages puissants qui sont étouffés par les hommes au pouvoir.
«Je redécouvre chaque jour cette pièce incroyablement vraie d’une peintre qui s’obstine à vouloir montrer la vérité. Galactia veut faire peur et elle le fait avec violence, comme un pinceau trempé dans le sang», a déclaré Sylvie Drapeau d’entrée de jeu.
Ce personnage féministe d’envergure a été inspiré par la peintre Artemisia Gentileschi à l’époque de la Renaissance, comme l’a confié son interprète: «Barker a imaginé la fameuse Artemisia dans un contexte où elle aurait accepté de peindre la bataille de l’époque alors qu’elle était torturée dans ce monde patriarcal et misogyne.»
«Galactia évoque une volonté de puissance, comme celle décrite par Friedrich Nietzsche, qu’on peut résumer par une puissance, pas qui écrase, mais plutôt dans le sens du dépassement de soi», a-t-elle ajouté en nous confiant sa fébrilité d’incarner une figure aussi imposante.
«En tant que comédien·nes, on incarne une pensée. On vous offre ce qu’on a compris de la pièce. J’y perçois chaque jour de nouvelles facettes, sonorités et résonances. En plus de la compréhension du texte, il y a aussi un processus de mutation, et chacun de mes partenaires m’influence, ainsi que la vision du metteur en scène et celle du public. Je me retrouve dans ce grand tourbillon de Galactia.»

Photo: Eve B. Lavoie
Une relation en constante confrontation
De son côté, la comédienne Anne-Marie Binette incarne Supporta, la fille de Galactia, un personnage partageant cette même quête de vérité.
«Mon personnage se veut un peu l’œil du public. C’est comme l’espèce d’esprit qui essaie de tempérer sa mère, parce qu’au fond d’elle, il y a le même feu, mais avec une inquiétude de plus, du courage en moins, une impression qu’il y a des choses qu’elle ne veut pas perdre, comme sa sécurité, l’amour de sa famille, le respect de ses pairs… De son côté, Galactia, bien sûr qu’elle veut tout ça, mais il y a quelque chose de plus grand en elle qui combat tout», a-t-elle révélé.
L’artiste a puisé dans ses souvenirs d’adolescence pour jouer des scènes mère-fille aussi réactives, puisque la relation entre Galactia et Supporta est parfois très intense.
«La relation qu’on a essayé de bâtir, Sylvie et moi, est sanguine. Galactia et Supporta se connaissent très bien, elles travaillent ensemble, elles savent tout l’une de l’autre. C’est ce qui peut être confrontant», a raconté Anne-Marie Binette. «C’est formidable de jouer ça, car il y a beaucoup d’amour, mais elles n’utilisent pas du tout le même moyen pour se rendre à leurs fins. Supporta va essayer de gagner la confiance de ses pairs et du pouvoir en ne déplaçant pas trop d’air pour tranquillement faire sa place, tandis que Galactia défonce des portes et fait de grands coups d’éclat pour faire de l’espace. En fin de compte, toutes les deux souhaitent que la place des femmes soit reconnue.»

Photo: Eve B. Lavoie
Une riche distribution sur scène
Le metteur en scène Michel Monty a longuement cherché les interprètes parfaits pour chacun des personnages et, selon Sylvie Drapeau, il a eu raison d’être aussi spécifique dans la distribution, puisque chacun des rôles leur colle à la peau.
Les deux comédiennes partagent la scène avec Jonathan Buaron, Frédéric Charbonneau, Patrice Coquereau, Maxime Denommée, Jean-Moïse Martin, Marcel Pomerlo et Ève Pressault.
«On apprend tellement dans une distribution complexe comme celle-là! On va un peu dans tous les sens, mais ce qui nous rassemble, c’est l’amour de notre métier, l’envie d’être ensemble et de rendre ce spectacle au public», a confié Anne-Marie Binette en mentionnant que la plupart des comédien·nes travaillaient ensemble pour la première fois.
«En répétition, on a l’impression d’être une équipe envers et contre tout et si on pouvait avoir ce sentiment en tant que communauté, ce serait formidable!»
Une tragédie qui ouvre la porte à plusieurs niveaux de réflexions
Après tout, cette pièce relevant tout autant les atrocités du monde que sa beauté parviendra assurément à vous faire réfléchir tant sur l’intrigue de son histoire que sur sa philosophie.
Peu importe le type de pièce que vous aimez habituellement, vous y trouverez votre compte.
«C‘est une bonne histoire avec des revirements de situation, et c’est à la fois monstrueusement drôle», a souligné Sylvie Drapeau en ajoutant que les zones troubles et la fin ouverte accompagneront probablement les pensées du public un petit moment.
«Selon le point de vue de chaque personnage, tout le monde a raison et tort à la fois. C’est plein de nuances», a conclu Anne-Marie Binette en souhaitant que le public retienne le message d’empathie au cœur de cette histoire qu’elle qualifie d’accessible malgré les différents niveaux de langages.
Ne manquez pas ce grand moment de théâtre qui marquera la rentrée culturelle cette année!
La pièce Tableau d’une exécution, traduite par Jean-Michel Déprats et mise en scène par Michel Monty, sera présentée au Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 25 octobre. Réservez vos billets en ligne et prenez note qu’une causerie en compagnie des artistes aura lieu à la suite des représentations du 2 et du 24 octobre. Celles du 22 et du 24 octobre se feront avec théâtrodescription, et celle du 23 octobre se déroulera avec surtitrage codé en français. Maintenant, place au théâtre!
La pièce «Tableau d’une exécution» en images
Par Eve B. Lavoie
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Photo: Eve B.Lavoie -
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