ThéâtreCritiques de théâtre
Crédit photo : Valérie Remise
À Hiroshima, quelques années après la Seconde Guerre mondiale, une jeune actrice française tombe amoureuse d’un Japonais. Tous deux fragiles, à fleur de peau, ils se parlent sans détours de comment, chacun à leur manière, ils ont vécu cette période horrible de notre Histoire.
Il était soldat et a perdu une grande partie de sa famille sous la bombe nucléaire. Elle était amoureuse d’un Allemand, l’a vu mourir, a été déshonorée par sa propre famille et en a perdu la raison.

Photo: Valérie Remise
Hiroshima mon amour, œuvre phare d’une grande écrivaine française, est un récit sur l’amour qui naît dans les décombres et sur les liens qui se tissent alors que les peuples s’entredéchirent.
La place de l’opéra
La parole de Marguerite Duras est très lente, très contemplative. Ses écrits comportent généralement peu de dialogues, ce sont donc surtout les images et les silences qui deviennent porteurs d’émotions.
Ainsi, transposer pour la scène un texte de Duras, dans une forme aussi grandiose et pleine d’intensité que l’opéra, est un choix plutôt inusité et qui, à plusieurs moments du spectacle, crée un décalage dérangeant entre l’œuvre présentée et ce que le public reçoit.
L’opéra semble plaqué sur le film d’Alain Resnais, et ce qui naît de ce mélange n’est pas organique.
Au cœur de la distribution constituée de trois chanteurs, c’est Marie-Annick Béliveau qui se démarque le plus, autant par sa voix que par sa présence scénique naturelle et rafraîchissante.
Malheureusement, les deux chanteurs principaux ont faussé à plusieurs reprises, et l’intensité de leur jeu était plutôt inégale. Bien que la distribution ne soit pas constituée d’acteurs, mais plutôt de chanteurs, on peut quand même s’interroger sur la formule du spectacle à ce niveau-là…
Un contexte sociopolitique particulier
Le parallèle entre la tragédie d’Hiroshima et le conflit armé qui sévit présentement à Gaza a été souligné à la toute fin du spectacle par une image de ville bombardée avec la mention «Cessons le génocide à Gaza».
Il s’agit là d’un parallèle à la fois troublant et brillant qui aurait gagné à être davantage mis en lumière dans cette adaptation. Le message est clair: c’est la tragédie qui risque de se répéter, c’est le même malheur qui nous attend.
Le public a réagi fortement à la vue de cette image, et c’est ce type d’engouement et d’engagement qui aurait pu être généré pendant toute la durée du spectacle.
Une mise en scène audacieuse
La mise en scène du spectacle était quant à elle bien pensée. Sur un grand écran transparent, les images originales de l’adaptation du roman de Marguerite Duras étaient diffusées alors que les chanteurs, costumés pour incarner les deux personnages principaux, chantaient les dialogues. À certains moments, l’écran se divisait pour afficher, d’une part, l’image originale, et de l’autre, celle qui était recréée sur scène, sous nos yeux.
À d’autres moments, des images abstraites en noir et blanc sont diffusées et nous empêchent de bien voir les visages des gens sur scène. Si le mariage entre l’opéra et le film n’est pas très réussi, c’était un choix judicieux d’utiliser les images originales du film de 1959 et de jouer avec elles. Pour les membres du public n’ayant jamais vu ce film, les images d’origine constituent une base solide et agissent comme d’excellents repères pour bien comprendre la suite de l’histoire.
Le dispositif scénique, bien que réfléchi, finit lui aussi par contribuer à cette impression de distance. Le fait de doubler les dialogues du film en direct, en synchronisation avec les images projetées, crée un certain effet de dédoublement qui, plutôt que de susciter l’émotion, renforce une impression d’artificialité.
On observe les interprètes, on reconnaît la prouesse technique que cela demande, mais on reste spectateur d’un exercice de style, plutôt que d’être happé par l’histoire qui se déroule sous nos yeux.
En somme, cette adaptation de l’œuvre Hiroshima mon amour, présentée jusqu’au 29 mai à l’occasion du FTA, déploie un imaginaire scénique audacieux et revendique une posture artistique assumée, mais elle échoue à créer un lien fort avec le public. Ce dernier reste à distance, admirant parfois la forme, regrettant souvent l’absence de chair…
La pièce «Hiroshima mon amour» en images
Par Valérie Remise
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Photo: Valérie Remise -
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