«Et si je ne suis pas sage?» d'Iva Brdar au Théâtre de Quat'Sous: non à la docilité féminine! – Bible urbaine

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«Et si je ne suis pas sage?» d’Iva Brdar au Théâtre de Quat’Sous: non à la docilité féminine!

«Et si je ne suis pas sage?» d’Iva Brdar au Théâtre de Quat’Sous: non à la docilité féminine!

Un appel à la transgression profondément libérateur

Publié le 7 octobre 2025 par Edith Malo

Crédit photo : Frédérique Ménard-Aubin

Le Théâtre de Quat'Sous ouvre sa saison 2025-2026 avec «Et si je ne suis pas sage?» de l’autrice serbe Iva Brdar, pièce coup de poing profondément libératrice! Véritable ovni scénique naviguant entre les codes de l'horreur et de l'humour décalé, ce spectacle met en scène une mère et sa fille campées en alternance par un duo d'actrices prodigieuses, Macha Limonchik et Tiffany Montambault. Et pour couronner le tout, Catherine Vidal signe une mise en scène qui élève la réflexion féministe et qui célèbre le désir de rébellion et d'émancipation.

Présentée en 15 tableaux complètement déglingués et subversifs, Et si je n’étais pas sage? dépeint la relation entre une mère aux allures psychorigides qui prodigue des conseils, voire des mises en garde fatalistes, à sa fille. Chaque tableau se conclut par la mort inéluctable de la jeune fille, des moments truculents où l’absurdité est à son apogée.

Cette enfant surprotégée grandit dans un monde aseptisé d’une blancheur immaculée. La scénographe Geneviève Lizotte a d’ailleurs imaginé plusieurs cocons duveteux en ouate et une immense sorte de chrysalide, métaphore de la chenille qui se métamorphose en papillon.

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Photo: Frédérique Ménard-Aubin

Toutefois, même si la vie de la protagoniste s’étale entre 9 et 93 ans (un tableau indicatif des âges sur scène nous situe dans le temps), la fillette devenue femme éprouve toujours autant de difficulté à s’émanciper, à sortir de sa carapace, de son cocon. Elle a été conditionnée à obéir et à se conformer sans jamais remettre en question les règles établies.

Une actrice chevronnée et une aspirante surdouée: un duo gagnant

Macha Limonchik et Tiffany Montambault forment un duo gagnant dans cette pièce. L’une possède plus de 30 ans d’expérience en jeu, alors que la seconde a gradué du Conservatoire d’art dramatique de Montréal en 2021. Pourtant, la novice arrive à la cheville de la comédienne chevronnée, notamment lors de la scène où elle se fait mansplanner. À ce moment, un homme au ton paternaliste et condescendant lui indique comment manœuvrer la technique du stationnement en parallèle alors qu’elle sait pertinemment comment faire.

Après s’être contenue et soumise pendant presque l’entièreté du spectacle, elle accouche d’un pétage de coche épique et, disons-le, tellement jouissif pour nous, le public!

Macha Limonchik ne laisse pas sa place elle non plus lors d’une scène que l’on pourrait qualifier «d’exutoire profondément libérateur» où elle est littéralement bouleversante. Une fragilité et une candeur émanent d’elle. On est littéralement suspendu à ses lèvres. Je n’en dis pas plus.

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Photo: Frédérique Ménard-Aubin

Ainsi, les comédiennes s’échangent en alternance les rôles de la mère et de la fille. Elles maîtrisent chacune deux partitions somme toute complexes, où le rapport de force varie, la docile devant se contraindre et se soumettre à une bienveillance maternelle intransigeante qui alimente la culture de la peur.

Vêtues d’une robe et d’une perruque avec des nattes noires identiques, les actrices ressemblent à des poupées dociles et manipulables qui se départiront, au cours de la pièce, de certains éléments de costume, symbole du corps féminin qui s’affranchit du patriarcat. D’ailleurs, les costumes conçus par Oleksandra Lykova ne sont pas sans rappeler les habits traditionnels russes aux couleurs vives, clin d’œil aux tensions politiques soviétiques d’une autre époque.

Une esthétique de films de série B

Tous les ingrédients sont rassemblés pour créer une ambiance de style série B, mais avec une bonne dose d’humour décalé. Ne serait-ce que la scène où la jeune fille succombe à l’ingestion de 21 verres de Coca-Cola. Le personnage baigne dans un éclairage rouge sanglant. La musique lugubre et les bruitages inquiétants confèrent une aura glauque à la scène.

«Ne bois pas de Coke, ne bois jamais de Coke, parce que, si tu bois du Coke […] tous tes organes vont se décomposer, tous tes organes vont pourrir, ton estomac, tes intestins, ton foie, ta vessie, tes reins, ta rate et tu pourriras complètement de l’intérieur […]», la met en garde sa mère.

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Photo: Frédérique Ménard-Aubin

La jeune fille meurt dans une agonie caricaturale des plus désopilantes où tout son corps semble se putréfier. Il y a dans ce tableau une métaphore du capitalisme américain qui s’est infiltré dans une Yougoslavie révolue, comme une pourriture qui a exterminé leur culture.

Catherine Vidal démontre une fois de plus sa perspicacité avec une mise en scène ingénieuse et surprenante. Même si, comme tout bon film d’horreur, on sait que le moins ingénu des personnages crève à la fin, on est curieux de découvrir la fin funeste de chaque tableau.

Se ravitailler en dopamine

En somme, Et si je ne suis pas sage? est une pièce drôle, subversive et profondément libératrice. On sort du Quat’Sous chargé à bloc comme un enfant de sept ans qu’on aurait gavé de bonbons.

Autant, l’esthétique est spectaculaire et étrange, autant le propos est touchant. Si la pièce est teintée d’une réflexion féministe soi-disant non revendicatrice, sincèrement, c’est comme si on venait d’aller se ravitailler en munitions de dopamine et en empowerment.

La pièce «Et si je ne suis pas sage?» d'Iva Brdar en images

Par Frédérique Ménard-Aubin

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    Photo: Frédérique Ménard-Aubin
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