«À coups de fil» au Vieux Bureau de Poste: une comédie qui décroche tous les rires – Bible urbaine

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«À coups de fil» au Vieux Bureau de Poste: une comédie qui décroche tous les rires

«À coups de fil» au Vieux Bureau de Poste: une comédie qui décroche tous les rires

Des quiproquos, des éclats de rire et une distribution remarquable

Publié le 3 juillet 2026 par Nancy Boulay

Crédit photo : Étienne Lévesque Barbeau

Chaque été, les salles de théâtre de régions rivalisent d'ingéniosité pour offrir au public quelques heures de pur divertissement. Certaines productions amusent, d'autres font sourire, mais il y en a de plus rares qui réussissent à créer cette impression d'avoir passé la soirée chez de vieux amis, tant les personnages deviennent rapidement familiers. «À coups de fil», présentée cet été au Vieux Bureau de Poste, fait partie de celles-là. C'est une comédie vive, intelligente et parfaitement rythmée qui, derrière ses nombreux quiproquos, raconte aussi quelque chose sur la famille, les apparences, et ce que l'on est prêt∙e à faire pour protéger ce qui nous est cher.

Avant même que la pièce ne commence, la directrice du Vieux Bureau de Poste a pris la parole pour remercier une impressionnante liste de partenaires, de commanditaires et de collaborateurs. On comprend aisément qu’un tel projet ne peut voir le jour sans eux.

Cela dit, cette longue série de remerciements a fini par s’étirer… Le geste était nécessaire, certes, mais j’ai vite senti que le public avait hâte que le spectacle commence. Heureusement, dès les premières secondes de la représentation, ce moment a vite été oublié!

Tout a débuté par une sonnerie de téléphone. Puis, une voix de répondeur qui détourne avec humour les traditionnelles consignes d’avant spectacle. Le ton est donné.

Maxime Méthot dans le rôle de Simon. Photo: Étienne Lévesque Barbeau

Dans le petit chalet hérité du père de Simon, interprété par l’excellent Maxime Méthot, Cindy (Marianne Locas) et lui gagnent tous les deux leur vie grâce au téléphone. Elle travaille sur une ligne érotique sous différentes couvertures, modulant accents et personnalités selon les préférences de ses clients. Lui se fait passer pour un voyant mystérieux répondant au nom de Zanzor.

Leur équilibre précaire est toutefois menacé lorsqu’ils réalisent que le puissant promoteur Mancini a progressivement racheté tous les chalets et commerces entourant le lac, leur maison étant la dernière à lui résister.

Lorsque Pierre (Nicolas Cholette), le frère de Simon, débarque avec son épouse Marion (Juliette Bussières) afin de les convaincre de vendre, une succession de mensonges, de manipulations et de malentendus s’enclenchent. Les identités se croisent, les appels téléphoniques deviennent explosifs, et chaque nouveau rebondissement complique encore davantage une situation déjà complètement déjantée.

Un texte qui n’a rien perdu de son efficacité

Écrite par Maxime Champagne, la pièce célèbre cette année ses treize ans. L’auteur, présent dans la salle lors de la représentation, semblait lui-même prendre un réel plaisir à entendre son texte reprendre vie devant le public.

Et on comprend pourquoi.

L’écriture demeure étonnamment actuelle. Les dialogues sont rapides, les jeux de mots abondent et chaque scène nourrit la suivante sans jamais laisser retomber le rythme. On rit beaucoup, mais jamais au détriment de la cohérence. Tout est présenté avec précision.

Marianne Locas dans le rôle de Cyndi. Photo: Étienne Lévesque Barbeau

Mention spéciale à cette scène où un père consulte Zanzor afin de savoir comment gérer sa fille adolescente. Par la petite fenêtre aménagée à l’arrière du décor, la même comédienne (Juliette Bussière) interprète successivement la mère et la fille. Lorsque le père (Nicolas Cholette) lance à cette dernière qu’elle ressemble énormément à sa mère, la salle éclate instantanément de rire. Un clin d’œil tout simple, mais remarquablement efficace.

Une distribution qui impressionne

On oublie très rapidement que les quatre interprètes sont de jeunes diplômés du Conservatoire. Aucun cafouillage, aucune hésitation, aucune perte de rythme. Leur préparation est irréprochable.

Cindy est aussi drôle qu’attachante. Dès les premières minutes, alors qu’elle se lime tranquillement les ongles en étant en plein appel érotique avec un client, elle s’installe immédiatement. La facilité de la comédienne à changer de voix, d’accent et de personnalité est remarquable.

Mais celui qui vole véritablement le spectacle demeure Maxime Méthot dans le rôle de Simon. Il crève littéralement la scène. Chaque apparition déclenche les rires. Son énergie semble inépuisable. Qu’il imite la voix de sa mère, celle de son frère, ou qu’il improvise un numéro complètement absurde sur «La fête» de Michel Fugain, il possède un sens du timing comique exceptionnel. C’est le genre d’interprétation qui porte une production entière.

Nicolas Cholette, dans le rôle de Pierre, réussit lui aussi un numéro particulièrement savoureux. Lorsqu’on découvre progressivement qu’il est en réalité Carlos, le client régulier de Cindy, les situations deviennent encore plus absurdes. Sa difficulté à cesser d’appeler sa femme Marion par le prénom Maria nourrit certains des meilleurs moments de la soirée.

Juliette Bussières dans le rôle de Marion. Photo: Étienne Lévesque Barbeau

Juliette Bussière complète admirablement la distribution. Son personnage de Marion est délicieusement naïf. Sa bataille répétée avec cette fameuse valise qui semble rouler… carrée, provoque des éclats de rire chaque fois qu’elle traverse la scène. Même son interprétation au karaoké d’«Entre l’ombre et la lumière» de Marie Carmen devient un moment de pur bonheur.

Une mise en scène chaleureuse et inventive

La mise en scène et le décor, signés Léa Deschamps, contribuent énormément au succès de la pièce.

Le chalet est chaleureux, crédible et immédiatement accueillant. On s’y sent presque invité. La petite fenêtre aménagée à l’arrière permet d’intégrer les différents appels téléphoniques de façon extrêmement dynamique, tandis que certaines scènes débordent jusque dans la salle, rapprochant les comédiens du public et créant une complicité très agréable.

Tout est pensé pour servir le rythme. Même les nombreux déplacements sont minutieusement chorégraphiés.

Quelques petits détails qui n’enlèvent rien au plaisir

L’avant-première s’est ouverte, comme je le mentionnais plus haut, sur une longue série de remerciements adressés aux nombreux partenaires et collaborateurs ayant contribué au projet. Ce moment s’est étiré un peu plus qu’il ne l’aurait fallu, mais il faut préciser qu’il était propre à cette soirée de première destinée à un certain public et qu’il ne fera pas partie des représentations régulières.

Nicolas Cholette, dans le rôle de Pierre. Photo: Étienne Lévesque Barbeau

Une fois la pièce lancée, le seul véritable bémol est d’ordre technique. Le rideau derrière le bar, adjacent à la scène, était mal fermé, laissant apparaître une ampoule nue dont la lumière venait agresser les spectateurs. Cela ne nuit pas au spectacle en lui-même, mais c’est un petit détail qui mériterait d’être corrigé.

Quant à l’alcool, qui fait partie de la pièce, il est omniprésent du début à la fin. Les personnages boivent pour se donner du courage, pour célébrer, pour oublier ou simplement pour survivre aux situations complètement rocambolesques dans lesquelles ils se retrouvent. Loin de devenir envahissante, cette présence participe pleinement au ton de la pièce et alimente plusieurs des scènes les plus drôles.

Une pièce à ne pas manquer

Il y a des spectacles qui nous font passer une belle soirée, et il y a ceux qu’on recommande spontanément autour de soi. À coups de fil appartient sans hésiter à cette deuxième catégorie.

Avec son texte brillant, sa mise en scène créative, son décor chaleureux et une distribution d’une qualité remarquable, cette production offre tout de ce que l’on espère d’une excellente comédie d’été. Si je ne devais conseiller qu’une seule pièce à voir cet été, ce serait celle-ci.

Parce qu’on rit énormément. Parce que les personnages sont aussi attachants qu’imprévisibles. Parce que Maxime Méthot y livre une performance tout simplement mémorable.

Et parce qu’en sortant du Vieux Bureau de Poste, je n’avais qu’une envie: en parler… et convaincre quelqu’un d’y aller à son tour.

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