«L'entrevue éclair avec...» Andrée Christensen, pour qui la création est une manière d'habiter le monde – Bible urbaine

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«L’entrevue éclair avec…» Andrée Christensen, pour qui la création est une manière d’habiter le monde

«L’entrevue éclair avec…» Andrée Christensen, pour qui la création est une manière d’habiter le monde

Une plongée envoûtante dans le parcours labyrinthique d'Ariane!

Publié le 24 septembre 2025 par Éric Dumais

Crédit photo : Nancy Vickers

Dans le cadre de «L’entrevue éclair avec…», Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur sa personne, sur son parcours professionnel, ses inspirations, et bien sûr l’œuvre qu’il révèle au grand public. Aujourd'hui, on a eu le plaisir de faire la connaissance d'Andrée Christensen, une artiste franco-ontarienne mordue d'écriture, de lecture et d'arts visuels. Et l'occasion était toute désignée, puisque Les Éditions David viennent de faire paraître en librairie son plus récent ouvrage de fiction, «Une forêt dans la voix», le deuxième volet du cycle dédié à des personnages issus de ses romans antérieurs. C'est maintenant au tour d'Ariane «de se plonger dans sa propre quête de résonance et d'authenticité»!

Andrée, c’est un plaisir de vous accueillir pour la toute première fois à cette série d’entrevues! Artiste franco-ontarienne originaire de Vanier, en Ontario, vous êtes une véritable touche-à-tout, puisque, tout au long de votre carrière, vous avez exercé plusieurs métiers – poétesse, romancière, traductrice, professeure, réviseure et artiste visuelle. Et à ce jour, vous avez publié vingt-huit ouvrages, parmi lesquels on retrouve autant des recueils de poésie que de romans de fiction. On est curieux : comment avez-vous réussi ce tour de force de trouver le temps et l’énergie nécessaires pour naviguer d’une passion à l’autre durant toutes ces années?

«Pour répondre à cette question, je dirais d’abord que rien ne s’est fait par miracle. Gagner ma vie, écrire et publier, peindre et aménager un jardin d’un acre en œuvre d’art (40 ans de travail) ont exigé une organisation minutieuse de mon temps, des choix parfois difficiles, et une discipline personnelle. J’ai aussi choisi une profession offrant une certaine souplesse d’horaire et nécessitant des compétences complémentaires à l’écriture.»

«Cela dit, je suis convaincue que les êtres passionnés trouvent toujours le temps et l’énergie nécessaires pour exprimer leur passion, tout en sachant que celle-ci n’est pas un feu sans contrôle, mais un feu maîtrisé, que l’on entretient avec patience et sensibilité jour après jour. Ainsi, la création est devenue pour moi aussi naturelle et essentielle que respirer, boire et manger — une manière d’habiter le monde.»

Au cours de votre carrière, vous vous êtes vue honorée d’une trentaine de prix et de distinctions, dont le Prix du livre d’Ottawa et le Prix littéraire Le Droit (Épines d’encre, 2017), ainsi que le Prix Christine-Dumitriu-Van-Saanen (Racines de neige, 2013), parmi tant d’autres. Et c’est sans compter les nombreuses fois où vos œuvres ont rayonné à titre de finalistes! Par quelle palette d’émotions êtes-vous passée chaque fois que vous avez appris ces heureuses nouvelles, et quelles sont les forces en vous qui ont le plus séduit les jurys?

«J’ai toujours éprouvé une profonde gratitude envers les organismes qui soutiennent fidèlement les prix littéraires et, par là même, la littérature d’ici. Nous savons tous combien la vie d’un livre peut être éphémère, d’où l’importance des prix littéraires pour relancer les ouvrages, leur offrir un second souffle et une visibilité qui leur échappe souvent.»

«Pour moi, ces prix symbolisent également une marque de confiance de la part de mes pairs, un encouragement à poursuivre mon cheminement artistique et à continuer à contribuer, à ma manière, à la richesse de notre communauté d’auteurs.»

«Mais ma plus belle récompense ne vient pas des honneurs; elle réside plus souvent dans les mots d’un lecteur, souvent inconnu, qui m’avoue que mon livre l’a conduit vers un chemin qu’il n’aurait pas emprunté autrement, ou dans ceux d’une lectrice qui me remercie d’avoir eu le courage d’écrire ce qu’elle n’aurait même pas osé penser.»

«Ce sont de tels témoignages qui me donnent la force de poursuivre mon travail de création.»

Les Éditions David, qui ont récemment levé le voile sur leur rentrée littéraire d’automne, ont fait paraître en librairie votre plus récent roman, Une forêt dans la voix, un récit initiatique envoûtant où, à travers l’histoire d’Ariane Delmage, une enfant élevée dans un village bucolique en pleine nature, vous nous invitez «à réfléchir à notre rapport à la terre, à éveiller nos sens et à ressentir la richesse et la complexité de notre propre parcours.» Pouvez-vous nous raconter brièvement l’histoire, et nous dire comment l’inspiration vous est venue?

«Une forêt dans la voix est le deuxième volet du cycle dédié à des personnages issus de mes romans antérieurs. En 2023, c’est Freya, un personnage de mon premier roman, Depuis toujours, j’entendais la mer, qui s’est imposé avec urgence, sa manifestation donnant lieu au récit poétique Plonge, Freya, vole!»

«Aujourd’hui, c’est le tour d’Ariane de se lancer dans sa propre quête de résonance et d’authenticité. Depuis longtemps, une question m’habitait: Qu’était advenu d’Ariane, personnage de mon deuxième roman, La mémoire de l’aile (2010) qui, en jeune adulte, avait fait une entrée fracassante à la dernière scène du livre? Elle était apparue en coup de vent de fraîcheur, une étrangère à la beauté singulière, qui avait laissé le lecteur en suspens. Se peut-il qu’en concluant ainsi le roman j’avais ouvert une brèche vers une nouvelle narration? Celle d’Ariane, désireuse de dévoiler le chemin sinueux que le destin lui avait tracé?»

«Dans un récit intime, à la première personne, elle nous raconte son parcours labyrinthique, l’invention de soi en osmose avec la musique, transmise par son père et avec la nature, mais également ses rencontres fortuites avec des personnages hors de l’ordinaire, qui l’aideront à découvrir sa propre voix et le sens du nom qui lui a été donné à sa naissance.»

Alors que votre protagoniste Ariane menait une vie en apparence normale, à un moment clé du récit – et ici, on préfère rester mystérieux sur le choix des mots! – on lui révélera un secret sur ses origines qui l’ébranlera jusque dans ses fondations, à un point tel qu’elle entreprendra, comme propulsée par une impulsion plus grande que nature, un voyage initiatique qui lui sera, au terme d’une grande aventure, d’un grand secours. Que pouvez-vous nous révéler, histoire de nous mettre l’eau à la bouche?

«Ce que je peux révéler sans divulgâcher, c’est que ce secret va bouleverser tout ce qu’Ariane sait d’elle-même, l’entraîner dans une quête qui va bien au-delà de la simple recherche de ses origines.»

«À travers le mystérieux labyrinthe qui s’ouvre devant elle, elle nous révélera des secrets de famille étonnants, nous fera découvrir la beauté magique des mondes cachés des forêts, nous présentera des personnages hors du commun. Elle-même se transformera sans cesse en célébrant des rituels sauvages, en faisant des découvertes à la frontière du réel, qui nous pousseront à nous interroger sur notre propre rapport à la réalité.»

«En somme, Ariane nous fera découvrir une autre façon d’habiter le monde en harmonie avec la nature; elle éveillera nos sens, nous invitera à ressentir la richesse et la complexité de notre propre parcours.»

Par curiosité, avez-vous déjà commencé à esquisser les contours d’une prochaine œuvre artistique? Si ce n’est pas un secret d’État, bien sûr, on est tout ouïe!

«Oui, et je navigue souvent entre plusieurs projets, tant littéraires que visuels, ce qui me permet de vivre avec sérénité le syndrome de la page blanche. Il m’arrive fréquemment de faire une pause dans l’écriture et de me tourner vers une œuvre picturale. Cette respiration visuelle m’aide à exprimer autrement ce que les mots me semblaient refuser. Inévitablement, l’image m’inspire de nouvelles idées et souvent me relance dans le livre avec un élan nouveau.»

«Après avoir mené à bien un projet visuel en décalcomanie, j’achève maintenant le troisième volet consacré à l’exploration des personnages de mes livres antérieurs. Il se présentera sous la forme d’une fugue à deux voix, Aube dans le bleu de la nuit, où dialogueront Aube, le personnage de mon ouvrage de 2001, Le livre des sept voiles, et l’écrivaine qui l’a créée.»

«Par ailleurs, je travaille sur un autre roman, Murmures des cendres, qui prendra racine partiellement sur les mystérieuses îles Féroé, cet archipel entre l’Islande et la Norvège. Il mettra en scène une jeune nécrologue, dont le don semble lui permettre de parler aux morts; l’un d’eux, particulièrement, la mènera au cœur d’un mystère lié à son passé.»

Une forêt dans la voix d’Andrée Christensen est présentement disponible en librairie  au coût de 28,95 $ (papier). Pour lire nos précédents articles «L’entrevue éclair avec» et faire le plein de découvertes, consultez le labibleurbaine.com/nos-series/lentrevue-eclair-avec.

*Cet article a été produit en collaboration avec les Éditions David.

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