«Dans la peau de…» Nancy Vickers, auteure fascinée par les accumulateurs compulsifs – Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Nancy Vickers, auteure fascinée par les accumulateurs compulsifs

«Dans la peau de…» Nancy Vickers, auteure fascinée par les accumulateurs compulsifs

Plongez dans l'univers troublant des «hoarders»

Publié le 4 février 2022 par Mathilde Recly

Crédit photo : Iman Wehbe, Magenta Studio Photo

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Aujourd'hui, on s'est glissé dans la peau de l'autrice Nancy Vickers, dont le plus récent livre «Capharnaüm» paraîtra le 8 février aux Éditions David. Préparez-vous à être transporté dans un drôle de monde: celui d'Elsa, sa protagoniste fascinée par les araignées et la collection d'objets en tous genres...

Nancy, c’est un plaisir de discuter avec vous! Vous qui avez écrit bon nombre de romans de fiction et de contes au cours des dernières décennies, à quel moment exactement avez-vous su que la littérature et l’écriture allaient devenir votre passion de tous les jours ?

«À la petite école, j’étais nulle en maths, en chimie et en sciences, mais j’adorais inventer des histoires et les raconter. Je n’étais bonne qu’à cela.»

«Ah oui! J’étais aussi bonne en religion – que je n’étudiais jamais d’ailleurs, car ce n’était pour moi que de belles histoires que j’inventais ensuite à mon tour.»

«Quand j’ai quitté l’école, à 15 ans, la religieuse qui m’enseignait le français et qui savait que j’écrivais des poèmes m’a offert le premier roman de Marie-Claire Blais, La belle bête, en me disant que ce n’était pas son genre, mais que moi je l’aimerais.»

«En effet, je suis tombée amoureuse de cette “monstrueuse histoire de haine et de mort” et, depuis, j’ai su que j’allais écrire un tas d’histoires et que cela allait devenir ma vie.»

À vous lire, on réalise vite quels sont vos genres de prédilection! D’une parution à l’autre, on y trouve des traces de fantastique, de gothique et d’érotisme. On dit aussi de vous que vous êtes «fascinée par les accumulateurs compulsifs, mieux connus sous le nom de hoarders». Pouvez-vous nous expliquer ce concept qui fait l’objet d’une telle fascination chez vous?

«J’ai toujours été fascinée par les hoarders. J’en connaissais plusieurs, dont une femme dans mon quartier où la Ville est venue vider sa maison trois fois. Des histoires d’horreur… Je voulais explorer le côté psychologique des hoarders et des personnes qui aiment les objets et ne veulent pas s’en défaire, parce que les objets ne peuvent pas leur faire de mal, et qu’elles ont peur des relations humaines.»

«Or, leurs rapports avec les biens peuvent remplacer et évincer leurs liens avec les personnes et les activités. Mon plus récent ouvrage raconte la relation amoureuse d’une personne avec ses objets, une histoire “fameusement drôle, émouvante, voire pathétique”, selon Gloria Escomel, ma collaboratrice pour ce livre.»

Le 8 février, votre plus récent roman, Capharnaüm, sera disponible dans toutes les bonnes librairies. Dans ce récit qu’on qualifie de «déjanté», on découvre Elsa, une femme singulière et étonnante, dont la passion pour les araignées et les objets trouvés devient vite une vilaine manie… qui finira par avoir raison de ses relations interpersonnelles! D’où vous est venue l’inspiration pour cette histoire? Parlez-nous brièvement de votre protagoniste pour qu’on puisse l’apprivoiser davantage.

«L’inspiration pour cette histoire m’est d’abord venue après avoir parlé à une femme qui souffrait de syllogomanie ou de troubles de thésaurisation. Moi, j’ai toujours adoré les araignées! Croyez-le ou non, quand j’ai la chance d’en voir passer une chez moi, je suis persuadée que c’est soit pour m’apporter de l’argent, soit pour m’annoncer un événement heureux ou malheureux. Je ne tue donc jamais une araignée.»

«J’ai regardé presque tous les épisodes de la télémétrie américaine Hoarding: Buried Alive, en prenant des notes afin de percer le côté psychologique des accumulateurs compulsifs. Capharnaüm est donc une plongée dans l’univers des humains envahis par les objets. Je voulais explorer différentes sortes de collectionneurs, d’accumulateurs compulsifs (syndrome de Diogène, trouble qui se caractérise par l’accumulation d’objets inutiles); l’objectophilie (qui consiste à entretenir une forme d’attraction sexuelle ou romantique avec des objets inanimés); la nécrophilie; la mécanophilie (l’attrait, parfois sexuel, pour les voitures); le syndrome de Noé.»

«Elsa, ma protagoniste, est donc une femme qui aime plus que tout les araignées et les objets hétéroclites. Dès l’enfance, et jusqu’à sa mort, elle accumule toutes sortes d’objets trouvés, achetés ou même fabriqués sur mesure pour elle, qui finissent pas encombrer sa maison à un tel point qu’elle en devient insalubre.»

«Cette manie nuit à toutes ses relations interpersonnelles: avec sa mère qui l’expulse de la maison familiale; son mari qui la quitte; sa fille qui est prise en charge par ses beaux-parents, ainsi de suite.»

«Elsa est une maman-araignée dans la toile amoureuse de ses enfants-objets.»

Capharnaüm_Nancy-Vickers_couverture

À travers cette histoire qui se tisse telle une toile d’araignée, et malgré les conséquences déplorables qui incombent à Elsa, elle croisera sur sa route des personnages féminins tous aussi singuliers qu’elle! Sans tout nous dévoiler, bien sûr, pouvez-vous nous dire ce que ces rencontres représenteront, pour elle ?

«Laura Sansterre, écrivaine. Elsa lui voue une admiration sans bornes et achètera ou cherchera des objets semblables à ceux qui sont dans ses romans.»

«Melora, la sculptrice, qui lui fera une commande très spéciale sur mesure.»

«Nadia, qui recueille tous les animaux blessés ou abandonnés qu’elle trouve ou qu’on lui apporte.»

«Sandrine, passionnée par les objets qui viennent des morts et qui aime collectionner des objets en verre.»

«Malvina, qui ne collectionne que les choses de la mort. Sa maison est un véritable musée de la mort.»

«Gaëlle, musicienne qui entretient une relation amoureuse avec son violoncelle.»

«Céleste, la fille d’Elsa, qui essayera de remettre sa mère sur le droit chemin.»

«Mini-chérie, la Mini Cooper dont Elsa tombe amoureuse inconditionnellement, car elle se sent fusionnelle avec sa voiture lors de ses randonnées solitaires.»

En tant qu’écrivaine, il y a forcément des voix littéraires fortes qui ont marqué votre imaginaire. Si vous aviez l’occasion inespérée de rencontrer l’un de vos auteurs ou l’une de vos autrices préféré.e.s, qu’il ou qu’elle soit vivant.e. ou décédé.e., qui serait-il, qui serait-elle, et de quoi auriez-vous envie de discuter autour d’un bon repas?

«Comme je l’ai écrit plus haut, Marie-Claire Blais est l’écrivaine qui m’a ouvert au monde de l’écriture avec son roman La belle bête, qu’elle a publié en 1959.»

«Marie-Claire est ensuite devenue mon amie et elle m’a d’ailleurs beaucoup encouragée dans mon écriture. Quarante-sept ans plus tard, mon fils cinéaste, Karim Hussain, a adapté La belle bête au cinéma. C’était comme un cercle qui se refermait.»

«Or, si j’avais à rencontrer un auteur, ce serait Charles Baudelaire. Je lui dirais combien Les Fleurs du mal ont joué un rôle important dans ma vie.»

«Aussi, il y aurait Marilyn Monroe. Saviez-vous qu’elle n’était pas seulement un sex-symbol et une actrice, Marilyn? Elle écrivait également de très beaux poèmes, et c’est ce que j’aimerais lui dire, que j’ai aimé ses poèmes au point d’en partager un dans mon roman Capharnaüm

«En effet, mon personnage principal, Elsa, s’éprend de Marilyn et de Baudelaire, dont elle fera faire des têtes en cire qui viendront rejoindre sa grande famille d’objets. Je leur dirais qu’il n’y a pas que les objets qui nous possèdent, car eux aussi m’ont possédée.»

Pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le labibleurbaine.com/nos-series/dans-la-peau-de.

*Cet article a été produit en collaboration avec les Éditions David.

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