«Dans la peau de...» José Del Pozo, auteur de livres axés sur l'histoire de l'Amérique latine – Bible urbaine

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«Dans la peau de…» José Del Pozo, auteur de livres axés sur l’histoire de l’Amérique latine

«Dans la peau de…» José Del Pozo, auteur de livres axés sur l’histoire de l’Amérique latine

Pleins feux sur un ouvrage qui présente l'Amérique latine sous un angle nouveau

Publié le 10 octobre 2025 par Éric Dumais

Crédit photo : Silvia Alfaro

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Aujourd'hui, on s'est glissé dans la peau de José Del Pozo, ex-enseignant à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), aujourd'hui retraité et auteur de livres d'histoire. Tout récemment, les éditions du Septentrion ont fait paraître son plus récent ouvrage, «Quand l’Amérique latine fait date: 50 faits qui ont marqué l’histoire du monde», un ouvrage à travers lequel il souhaite faire connaître l'Amérique latine aux Québécois et Québécoises sous un angle nouveau. On était curieux d'en savoir plus!

José, c’est la première fois que nous vous accueillons à cette série d’entrevues! On vous souhaite la bienvenue. Vous êtes diplômé en histoire et géographie de l’Université du Chili, pays où vous avez, à l’époque, enseigné dans divers collèges et universités. Et à la suite de votre arrivée au Québec, en 1973, vous avez obtenu votre doctorat à l’Université de Montréal, et enseigné durant 40 belles années à l’Université du Québec à Montréal, UQAM. Qu’est-ce qui vous a poussé, au début des années 1970, à quitter votre terre natale, et qu’avez-vous trouvé en arrivant au Canada?

«C’est le coup d’État au Chili, en septembre 1973. Je ne pouvais pas vivre sous une dictature et je suis parti, avec mon épouse et notre fils, comme des milliers d’autres.»

En plus de votre travail comme enseignant – et de votre passion pour l’histoire latine –, vous êtes également un mordu d’écriture, puisque vous avez publié une trentaine d’articles dans diverses revues spécialisées, ainsi que des chapitres de livres, en plus d’avoir écrit, à ce jour, 16 livres, publiés aux éditions du Septentrion, Boréal et VLB Éditeur, en guise d’exemples. Pour ceux et celles qui ne connaissent pas encore vos écrits, parlez-nous de vos œuvres phares et des grands thèmes qui ont mérité votre attention ces dernières années.

«J’ai beaucoup aimé l’expérience d’écrire deux de mes livres, basés sur des enquêtes orales, avec beaucoup d’entrevues. Le premier, paru en 1992, Rebeldes, reformistas y revolucionarios (qui n’a jamais traduit en français), retrace les trajectoires des militants de la gauche chilienne et analyse les raisons pour lesquelles∙ils-elles avaient adhéré à une cause et comment ils avaient vécu leur expérience politique, avant et durant les années du gouvernement Allende. Le deuxième, publié en 2009 par Boréal, Les Chiliens au Québec: immigrants et réfugiés, de 1955 à nos jours, raconte l’histoire de l’arrivée des Chiliens ici, les raisons de leurs départs, et leurs expériences de vie dans leur nouveau pays.»

«Mon Historia del vino chileno, publié au Chili en 1998 et plus tard, en 2014, en version mise à jour, non traduite), a été une expérience unique, celle d’analyser l’histoire d’un pays à travers un produit, le vin: comment il a été produit, commercialisé, consommé, sa relation avec la société et avec le pouvoir politique. Avec mon Histoire de l’Amérique latine et de la Caraïbe, paru d’abord au Chili en 2002 et traduit au Québec en 2008, j’ai offert au public un véritable manuel pour connaître l’histoire de toute une région.»

«Enfin, en 2023, conjointement avec ma collègue Geneviève Dorais, nous avons publié Québec-Chili, 1973-2023: mémoire d’un coup d’État et d’une expérience de solidarité, publié par VLB. Ce livre recueille des témoignages de Chiliens et de Québécois qui ont vécu la journée du coup d’État et des analyses sur les conséquences que cet événement a eue pour le Québec.»

Le 23 septembre, les éditions du Septentrion ont fait paraître en librairie Quand l’Amérique latine fait date: 50 faits qui ont marqué l’histoire du monde, un ouvrage de 288 pages hyper bien fouillé et fort bien vulgarisé, à travers lequel vous revisitez l’histoire de l’Amérique latine, «de la domestication du maïs par les peuples autochtones en l’an 4 700 avant notre ère, jusqu’au 21e siècle». On est curieux: qu’est-ce qui vous a donné le courage de vous lancer la tête première dans ce projet d’envergure?

«Merci de dire qu’il s’agit d’un projet d’envergure, même si je le vois comme une œuvre de vulgarisation, car je me suis basé sur les écrits d’autres auteurs, sans faire une longue recherche de terrain, comme dans mes autres livres. J’ai voulu présenter un livre qui permettrait au public québécois de connaître l’Amérique latine sous un angle nouveau, celui de sa relation avec le monde, ses apports en matière de la connaissance de la planète, de l’alimentation mondiale (par exemple, avec la pomme de terre et le maïs), la littérature, la culture populaire (Mafalda, la bande dessinée), les idées (la théologie de la libération), la défense de l’environnement, la science et la critique du capitalisme.»

«Si c’est vrai que l’Amérique latine n’a pas été à l’origine de grands événements internationaux, comme les guerres mondiales (et c’est tant mieux!), on ne peut pas ignorer sa contribution à l’humanité dans bien d’autres domaines.»

Pour vous, c’est indéniable: l’Amérique latine occupe une place de choix dans l’histoire mondiale. C’est la raison pour laquelle vous avez procédé à la sélection de 50 moments marquants qui ont, à votre avis, changé la face du monde. Pouvez-vous nous en dire plus afin d’éveiller notre curiosité?

«En quelque sorte, j’ai voulu répondre à la remarque méprisante du secrétaire d’État américain, Henry Kissinger. Il avait affirmé, en 1969: «Rien d’important ne peut venir du Sud. L’axe de l’histoire commence à Moscou, continue à Bonn, traverse vers Washington, et ensuite à Tokyo». Curieusement, il a omis de mentionner Londres et Paris. Cette affirmation a été lancée lors d’une importante réunion diplomatique à Washington, alors que tous les ministres des relations extérieures des pays latino-américains s’étaient réunis pour présenter au président Richard Nixon un document exprimant leur désaccord sur les termes du commerce international, qui désavantageaient les pays du Sud.»

«J’imagine que Donald Trump aurait endossé la réaction de Kissinger, qui ne voulait rien savoir du point de vue des Latino-Américains.»

Vous savez, on est persuadé qu’un projet n’attend pas l’autre avec vous! Quelles sont les activités personnelles et professionnelles qui occupent votre temps ces jours-ci, et sur quels thèmes allez-vous écrire dans un futur proche? Peut-être aurons-nous l’occasion, à ce moment-là, de poursuivre la discussion!

«Dans les dernières années, profitant du fait que je suis à la retraite, j’ai diversifié mes activités. Je continue à porter le chapeau d’historien, mais j’ai fait aussi un peu de fiction, avec un roman autobiographique sur mon arrivée au Québec, El viaje interminable (Le voyage inachevé), publié à Gatineau en 2019. Il est peu connu, car il est difficile de faire circuler un livre en espagnol au Québec.»

«Actuellement, je travaille sur un projet consistant à retracer la trajectoire d’un cinéaste chilien, arrivé à Montréal peu après le coup d’État, comme moi, et qui a beaucoup bûché pour se frayer un chemin dans son domaine. C’est un peu un hommage aux artistes étrangers, pour qui le fait de se tailler une place dans un nouveau pays n’est pas toujours évident. Je l’écris en français, et j’espère ainsi que, une fois publié, il aura un peu plus de visibilité.»

Quand l’Amérique latine fait date: 50 faits qui ont marqué l’histoire du monde de José Del Pozo est présentement disponible en librairie au coût de 34,95 $ (papier) ou 16,99 $ (PDF et ePub). Pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le labibleurbaine.com/nos-series/dans-la-peau-de.

*Cet article a été produit en collaboration avec les éditions du Septentrion.

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