«Dans la peau de...» Johanne Daigle, professeure titulaire et spécialiste de l’histoire des femmes au Québec – Bible urbaine

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«Dans la peau de…» Johanne Daigle, professeure titulaire et spécialiste de l’histoire des femmes au Québec

«Dans la peau de…» Johanne Daigle, professeure titulaire et spécialiste de l’histoire des femmes au Québec

L’histoire de la YWCA: un univers fascinant, aussi complexe qu'inédit

Publié le 29 août 2025 par Éric Dumais

Crédit photo : Gracieuseté Les éditions du Septentrion

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Aujourd'hui, on s'est glissé dans la peau de Johanne Daigle, professeure titulaire au département des sciences historiques de l’Université Laval et spécialiste de l’histoire des femmes et de l’histoire sociale au Québec aux XIXe et XXe siècles. Et l'occasion était toute désignée, puisque les éditions de Septentrion ont fait paraître en librairie, le 26 août dernier, son livre, «YWCA Québec: 150 ans au cœur de la vie des femmes», alors qu'une exposition gratuite est actuellement ouverte au public au Musée de la civilisation de Québec!

Johanne, c’est avec plaisir que nous vous accueillons à cette série d’entrevues! Tout d’abord, parlons de votre parcours académique et professionnel: vous êtes professeure titulaire au département des sciences historiques de l’Université Laval, spécialiste de l’histoire des femmes et de l’histoire sociale au Québec aux XIXe et XXe siècles. Votre passion pour l’histoire – notamment celle de la profession d’infirmière! – vous a permis, durant 40 belles années, d’enseigner cette discipline. Parlez-nous brièvement des moments charnières de votre parcours, et dites-nous ce qui vous rend fière aujourd’hui.

«J’ai amorcé mes études universitaires à l’Université du Québec à Montréal en 1976, dans une période d’intense ébullition sociale. L’UQAM était un carrefour des études féministes et de genres, et faire de l’histoire comme on poursuit un projet militant pour transformer des rapports sociaux inéquitables m’interpellait fortement. En réalisant maîtrise et doctorat, j’ai eu la chance de mener des recherches comme assistante en vue de la première synthèse d’histoire des femmes au Québec et comme membre d’une formidable équipe, et de documenter l’éducation des filles dans les congrégations religieuses enseignantes.»

«Formée dans cette marmite, je suis devenue chargée de cours dès 1982. Embauchée à l’Université Laval en 1989 comme professeure d’histoire sociale et d’histoire des femmes, je terminais ma première session lorsqu’est survenue la tuerie à l’École Polytechnique le 6 décembre. Le climat venait de changer…»

«Ce qui me rend le plus fière avec le recul, c’est ce lien privilégié que j’ai pu tisser avec les étudiant∙e∙s dans leur cheminement.»

Vos adhésions en tant que membre du Réseau québécois en études féministes (RÉQEF) et de la Chaire Claire-Bonenfant – Femmes, Savoirs et Sociétés ont certainement contribué à ouvrir grand vos perspectives, puisque, durant votre carrière – vous êtes aujourd’hui retraitée – vous avez mené de nombreuses recherches sur l’engagement des femmes dans les services sociaux et les professions féminines. Parlez-nous de cette implication au service des femmes qui vous tient tant à cœur.

«Dans les années suivant le drame de Polytechnique, on pouvait ressentir une certaine suspicion dans les universités comme dans la société en général envers les mouvements féministes, un backlash touchant aussi les études féministes. J’ai pu poursuivre mes recherches et développer de nouveaux cours qui restaient en marge des cursus généraux.»

«L’histoire des femmes, en dépit d’un développement spectaculaire des études, des chaires, des centres et des instituts de recherches, est restée le plus souvent une histoire à part. L’affiliation à la Chaire Claire-Bonenfant comme au RÉQEF offrait des espaces de solidarités et des ressources pour briser l’isolement ressenti dans nos unités d’appartenance. J’ai pu créer de nouveaux cours, poursuivre mes recherches et m’intéresser aux approches postcoloniales.»

«De fait, le modèle original derrière le recours aux infirmières pour desservir des régions excentrées de la province – l’infirmière de district – et celui de dame patronnesse pour dispenser des services aux populations marginales à Québec, venaient tous deux d’Angleterre. De nouvelles pistes s’ouvraient.»

Le 26 août, votre livre YWCA Québec: 150 ans au cœur de la vie des femmes, publié aux éditions du Septentrion, est paru en librairie. Dans cet essai de 272 pages, vous ouvrez une fenêtre inédite sur la vie des femmes de la Ville de Québec depuis les 150 dernières années, notamment en vous intéressant à la Young Women’s Christian Association (YWCA), une institution fondée en 1875 par des dames anglo-protestantes, et qui accompagne les femmes et les filles de la région, dans le but de leur servir de maison d’accueil, de lieu d’entraide, de centre de formation, et plus encore. Dites-nous: qu’est-ce qui vous a motivé à plonger au cœur de l’histoire de la YWCA Québec?

«J’avais depuis longtemps ressenti un décalage entre les recherches universitaires et les exigences et nécessités des groupes de femmes œuvrant sur le terrain. Les recherches-actions visaient à amoindrir les difficultés et, pour ma part, j’adorais les enquêtes par entrevues avec des personnes impliquées.»

«J’estimais toutefois important de faire quelque chose dans ce sens. D’autant qu’une des membres du conseil d’administration de la YWCA me sollicitait depuis quelques années pour explorer les archives de l’organisme ou convaincre une étudiante d’en faire son sujet de thèse, sans succès. Je déclinais faute de temps, soupçonnant que cette histoire soulèverait un vaste univers.»

«Lorsque la directrice générale de la YWCA m’a sollicitée en octobre 2023, j’étais retraitée depuis peu et en train d’examiner mes données de recherche sur les services sociaux dans la ville. Pour une publication sur l’histoire de la YWCA en 2025, il devenait urgent de se lancer. J’ai, de fait, découvert un univers fascinant, aussi complexe qu’inédit!»

Et un coup votre livre refermé, qu’espérez-vous que nos lecteurs et lectrices auront retenu de cette lecture?

«J’ai abordé le sujet comme j’aime explorer une ville étrangère en m’imprégnant d’un certain esprit des lieux jusqu’à ce que je développe quelques repères.»

«Après avoir dépouillé les archives des cinquante dernières années à la YWCA, il me manquait des clés pour comprendre cette floraison d’ambitieux projets et services. J’ai repris depuis le commencement en dépouillant les archives plus anciennes de l’organisme conservées à la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Cela m’a permis d’en saisir les fondements et de replacer les dernières pierres sur l’édifice.»

«Cette histoire met en scène les femmes qui ont fondé et développé l’organisme en retraçant leurs motivations, les énormes efforts déployés autour d’ambitieux projets en contournant les obstacles lorsqu’elles se sont butées aux limites imposées aux femmes, et les nombreuses réalisations qui ont contribué à humaniser la ville que l’on connaît aujourd’hui.»

«Insérée dans l’histoire de Québec, celle de la YWCA dévoile un apport méconnu de la communauté anglo-protestante, l’existence d’importants réseaux internationaux, des innovations en tous genres par et pour les femmes, et l’adaptation inédite de l’organisme dans une communauté urbaine francophone!»

Par ailleurs, une exposition-installation gratuite retraçant l’évolution de la YWCA au sein de la communauté de Québec sera présentée au Musée de la civilisation de Québec du 4 septembre au 9 novembre prochains. Voilà une autre belle façon – en complément de votre livre – de célébrer l’importance de cette «institution vivante qui continue d’écrire son histoire avec et pour les femmes»! On est curieux de savoir: est-ce vous qui êtes derrière la création de cette expo qui promet d’être fort enrichissante?

«L’idée ainsi que la réalisation de l’exposition présentée au Musée de la civilisation émanent de la YWCA. Pour rappel, l’organisme avait déjà présenté une exposition au musée en 2005 pour souligner ses 130 ans d’existence dans la ville, en s’inspirant notamment d’une brochure réalisée pour l’occasion: 130 ans d’œuvres de femmes, et des photos provenant de ses riches archives.»

«La présente exposition puise largement dans l’ouvrage YWCA Québec: 150 ans au cœur de la vie des femmes, tel des vases communicants, tout en exposant d’autres images et en utilisant ses propres mots.»

YWCA Québec: 150 ans au cœur de la vie des femmes de Johanne Daigle est présentement disponible en librairie au coût de 39,95 $ (papier) ou 19,99 $ (PDF et ePub). Pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le labibleurbaine.com/nos-series/dans-la-peau-de.

*Cet article a été produit en collaboration avec les éditions du Septentrion.

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