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Crédit photo : TMDB @ Tous droits réservés
Le cinéaste britannique Edgar Wright propose un long métrage bien plus ludique que celui de Paul Michael Glaser sorti en 1987. En utilisant son style dynamique qu’il a su développer à travers la Trilogie Cornetto (Shaun of the Dead, Hot Fuzz, The World’s End) ou Scott Pilgrim vs. The World, cette relecture moderne de l’œuvre du King n’est que du pur plaisir et mérite d’être vue au grand écran.
À défaut de réinventer la roue scénaristiquement parlant, Wright et le directeur photo Chung-hoon Chung (ancien collaborateur fétiche de Park Chan-wook) en mettent plein la vue dans une succession de séquences d’action à fort déploiement qui débutent au moment où le protagoniste accepte de participer à l’émission The Running Man.

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Dans ce concours télévisé, trois participants doivent tenter de survivre durant 30 jours de poursuite intense par un groupe de chasseurs et de citoyens ordinaires qui doivent les repérer et les tuer afin de remporter une récompense considérable. Si les trois concurrents réussissent à survivre au terme de ce long mois (ce qui n’est jamais arrivé à ce jour), les points accumulés par le gagnant se traduisent par une coquette somme d’un milliard de dollars.
C’est la proposition qu’offre le producteur de l’émission, Dan Killian (Josh Brolin), à Ben Richards, alors qu’il a juré à son épouse (Jayme Lawson) qu’il n’y participerait pas. La première scène du film montre Richards en train de supplier son ancien patron de le réengager, afin qu’il puisse prendre soin de sa fille Cathy (jouée par Alyssa et Sienna Benn), qui est très malade. Et le couple ne peut pas se permettre d’acheter des médicaments coûteux pour traiter ses symptômes.
Ainsi, si Ben ne souhaite pas voir sa femme travailler doublement pour qu’ils arrivent à joindre les deux bouts, il doit trouver de l’argent, et rapidement.
C’est la raison pour laquelle il prend la décision de se tourner vers la télévision, qui lui offre une panoplie d’émissions lui permettant d’obtenir de l’argent, mais la chance n’est pas toujours au rendez-vous. Malgré le fait qu’il n’avait pas du tout prévu de participer au concours télévisé le plus dangereux qui soit, Killian le sélectionne pour The Running Man et lui offre une opportunité qui semble trop belle pour être vraie. Ben accepte, mais il finira par constater que la compétition est truquée et que c’est la chaîne de télévision qui décide quand ses participants – dont Tim Jansky (Martin Herlihy) et Jenni Laughlin (Katy M. O’Brian) – vont mourir…
Tous pensent qu’ils ont une chance de survivre, mais l’émission est déjà jouée d’avance, et le producteur, qui est aux commandes de son évolution, essaie de recréer une histoire dramatique semblable à une bonne série télévisée avec des surprises ici et là, pour aider le public à s’attacher aux trois concurrents, avec l’espoir qu’ils demeurent vivants jusqu’à la fin.

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Lorsque Ben Richards réalise que l’émission en entier est une tricherie, par le biais de plusieurs figures dissidentes s’opposant au totalitarisme du gouvernement américain actuel et à la propagande nourrie à travers les membres des médias qu’il rencontre (dont l’un d’eux est joué par Michael Cera, dans sa première collaboration avec Wright depuis Scott Pilgrim), il décide de se venger de Killian et de détruire le réseau télévisuel asservissant les Américains une bonne fois pour toutes…
Un film dynamique ancré par le jeu impeccable de Glen Powell
Edgar Wright maintient le film à un rythme soutenu avec une multitude de scènes de poursuites hyperkinétiques et exagérées, et ce, à travers une photographie immersive qui répond fréquemment aux sentiments de son protagoniste.
Le montage rapide dynamise chaque moment fort du film, comme si le public devait être injecté d’adrénaline, et les chorégraphies, tout droit sorties d’une bande dessinée, ajoutent une touche ludique aux scènes d’action, qui n’ont rien à voir avec celles de la version de 1987. Visuellement, The Running Man est son film le plus jouissif depuis Scott Pilgrim (le meilleur film de sa carrière à mon avis, et son œuvre tournée en numérique la plus réussie, grâce aux mouvements de caméra expressifs du maître Chung-hoon Chung.
Il y a une réelle tactilité à travers les scènes d’action que nous ne retrouvons pas assez souvent au cinéma. Pour ce faire, Wright se concentre d’abord sur sa caméra et sur son désir de répondre aux prouesses physiques de sa star principale, avant de se tourner vers ses effets spéciaux numériques à haut niveau, qui confèrent au film un poids émotionnel que plusieurs productions actuelles n’ont pas (je pense notamment au risible Predator: Badlands, sorti la semaine dernière). Wright et Chung réussissent avec brio à mettre en scène leurs multiples poursuites avec une tension palpable, ce qui permet aux spectateurs de s’attacher facilement au protagoniste.
C’est d’ailleurs grâce à lui que The Running Man est un divertissement aussi délicieux, puisque la quasi-totalité des personnages secondaires, à travers le scénario de Michael Bacall, sont sous-développés. Il y avait davantage de chair autour de l’os dans la version de 1987, notamment avec son antagoniste principal, qui est incroyablement sous-utilisé dans le film de Wright en faveur de l’assassin masqué Evan McCone (Lee Pace) et de l’animateur de l’émission Bobby T (Colman Domingo). Ceux-ci occupent une place beaucoup plus importante que Killian, qui contrôle l’émission depuis les coulisses non à l’avant-plan.

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Cette différence notable entre les deux adaptations rend le poids du méchant un peu moins important lorsqu’il se met à manipuler les enregistrements de Richards à l’aide de l’intelligence artificielle. Malgré cela, le commentaire social d’Edgar Wright est incroyablement pertinent dans un monde qui accepte davantage une nouvelle technologie sans réellement être au fait de ses implications éthiques, environnementales et, plus important encore, politiques. Brolin est également toujours excellent dans ses rôles, et il ne fait pas exception à la règle ici.
Cependant, on aurait aimé en profiter davantage à travers l’histoire, mais le charisme contagieux de Powell, qui trouve un bel équilibre avec son intensité dramatique, suffit à nous tenir en haleine du début à la fin. Cette performance solidifie les talents de l’acteur américain et fait de lui une véritable star du cinéma, comme nous l’avions vu dans Top Gun: Maverick de Joseph Kosinski, Twisters de Lee Isaac Chung, ou, dans son meilleur rôle, Hit Man de Richard Linklater.
Dans The Running Man, il fait montre du même charisme, mais avec une dose beaucoup plus intense d’action que dans ses autres rôles. Wright l’emmène au bout de ses limites comme il ne l’a encore jamais fait à l’écran, ce qui culmine en une scène finale qui est non seulement satisfaisante pour le protagoniste, mais également pour le public. Durant ce moment-clé du film, il doit faire tout son possible pour que cette société se «réveille» et résiste à cette tyrannie projetée sur leurs écrans, et dans leur vie personnelle.
Ici, le message politique est un peu moins raffiné que celui du film de Glaser, mais Wright en a quand même beaucoup à dire dans ce reflet d’une Amérique sous l’emprise d’un gouvernement autoritaire qui offre de nombreuses similitudes avec celui qui a été mis en scène récemment dans One Battle After Another de Paul Thomas Anderson et dans Anniversary de Jan Komasa. The Running Man, cependant, reste un peu plus d’actualité, puisque King avait visualisé, dans son roman de 1982, que les États-Unis allaient succomber au totalitarisme… en 2025.
Si on regarde ce qui se passe à l’heure actuelle, sa prédiction est tombée en plein dans le mille.
Le film «The Running Man» d'Edgar Wright en images
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