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Crédit photo : Elevations Pictures
Christy, la nouvelle œuvre du cinéaste australien David Michôd, porte sur la vie de la boxeuse Christy Salters (Sydney Sweeney) et sur le mariage toxique qu’elle a entretenu avec son entraîneur Jim Martin (Ben Foster).
Lors de sa première mondiale au Festival international du film de Toronto (TIFF), plusieurs voix proéminentes de la sphère des Oscars ont vite déclaré que Sweeney, actrice américaine de 28 ans, livrait une performance digne d’une statuette dans cette biographie souvent difficile à regarder.
Certes, la vie de cette boxeuse n’a pas été un long fleuve tranquille; fort heureusement, elle a réussi à surmonter de nombreuses épreuves à la fois physiques et psychologiques pour en arriver à ce qu’elle est devenue aujourd’hui, mais aucun aspect de cette «catastrophe» ne mérite toutefois d’être oscarisé!

Sydney Sweeney, dans le rôle de Christy Martin, n’a jamais été aussi mal sélectionnée: sa prestation n’est pas du tout convaincante, alors que nous la suivons de ses débuts en tant que boxeuse, jusqu’au tournant triste de sa relation avec Jim.
La première partie du film de Michôd est beaucoup plus conventionnelle que la seconde moitié, qui s’attarde chronologiquement sur le parcours de Christy.
Bien sûr, nous comprenons qu’elle possède un talent naturel pour la boxe dans un monde qui, jusqu’à tout récemment, n’acceptait pas aisément les femmes. Malgré cela, comme spectateur, on peine à réellement comprendre ce qui a poussé Christy Martin à pratiquer la boxe. Mis à part quelques séquences où nous la voyons se battre à l’école, alors qu’elle se faisait intimider en raison de son orientation sexuelle, et une narration en voix off, qui explique qu’elle aime le sport parce qu’elle y gagne chaque fois, on n’en sait guère plus sur ses principales motivations à vouloir boxer.
Un biopic qui n’intériorise pas ses sujets dans sa première partie
Il n’y a aucune intériorisation ni réelle profondeur que David Michôd et sa coscénariste (également son épouse) Mirrah Foulkes présentent chez Christy – ou chez tout autre personnage secondaire, d’ailleurs – pendant plus de deux heures et quinze minutes.
Nous avons accès seulement à la surface du récit, présentée à la manière d’une biographie sur Wikipédia, avec quelques éléments, ici et là, qui ajoutent un peu de style, comme une coupe au noir représentant sa chute dans le monde du sport et son mariage avec Jim.
En passant, cette union a été forcée par la mère de Christy (jouée par Merritt Wever, une excellente actrice dans son pire rôle à l’écran), qui a renié sa fille lorsqu’elle a appris que celle-ci est lesbienne et entretient une relation avec Rosie (un personnage basé sur Sherry Lusk, jouée par Jess Gabor).
Dans cette partie, Michôd et Foulkes distillent quelques indices sur la nature détestable et contrôlante de Jim, un homme beaucoup plus âgé que la jeune Christy et pour lequel elle n’éprouve aucun sentiment amoureux. À un moment, Jim prend tous ses appels et prétexte qu’elle n’est pas disponible; il lui ment constamment sur une tonne de détails relatifs à l’univers de la boxe; et pire encore, il lui dérobe une part considérable de l’argent qu’elle gagne grâce à ses victoires.

Même lorsque Jim et elle rencontrent le promoteur légendaire Don King (Chad L. Coleman), qui prend un risque considérable à cette époque en recrutant une femme dans un monde sportif dominé par des hommes, surtout à la télévision, son mari souhaite que son contrat soit révisé (possiblement pour son propre bénéfice et non celui de Christy). Or, King le démasque aussitôt et lui dit de manière directe: «Le contrat ne sort pas de mon bureau. Vous le signez ici ou vous ne le signez pas du tout».
Tout cela est mis en scène de façon rudimentairement. La panoplie de séquences de boxe n’a aucune esthétique particulière et le manque (voulu) de chimie entre Sweeney et Foster (puisqu’ils ne s’aiment pas) sonne faux. Ce n’est pas spectaculairement mauvais, mais ce n’est pas non plus si intéressant que cela. On ne nous donne jamais une vraie raison de nous attacher au parcours inspirant de Christy, surtout à cette époque où elle a accompli ses exploits et a ouvert la voie aux femmes pour qu’elles soient acceptées dans le monde de la boxe, en particulier celles issues de la communauté LGBTQ+.
Michôd illustre, cette fois avec une grande pertinence, la manière dont plusieurs athlètes féminines, dont Lisa Holewyne (jouée par Katy M. O’Brian, qui livre la seule bonne performance du film, mais qui est incroyablement sous-utilisée), cachaient leurs orientations sexuelles afin d’être acceptées dans un univers sportif masculin, alors que Christy a brisé tous les tabous en assumant son identité pour que davantage de femmes veuillent suivre le même parcours qu’elle.
Une deuxième partie, hélas, catastrophique!
C’est arrivé à la deuxième partie du film que la catastrophe débute réellement. Dans cette section, le réalisateur s’est davantage concentré sur la relation toxique entre Christy et Jim, qui adopte un tournant abusif au sein duquel l’entraîneur commence à droguer son épouse dans le but évident de l’affaiblir physiquement. Mais ce n’est pas tout: il enregistre des vidéos à caractère sexuel à son insu, alors qu’elle est sous l’effet de substances, et il ira même jusqu’à la battre lorsqu’elle sera en désaccord avec ses méthodes d’entraînement.
Tout cela culmine en une tentative de meurtre en 2010, après que Jim ait découvert que Christy et Rosie (dans la vraie vie, son amante se prénommait Shelly) avaient recommencé à se parler. La boxeuse a été poignardée et blessée par balles à plusieurs reprises par son mari, puis laissée pour morte dans sa chambre. Elle a miraculeusement survécu à ses blessures, ce qui a mené à l’arrestation – et à l’emprisonnement – de Jim Martin, décédé en prison l’année dernière.
Comme je l’ai mentionné précédemment, le parcours qu’a vécu Christy aux mains de Jim a été très difficile pour elle, mais son expérience de vie a fait d’elle une défenseuse des victimes d’abus familial avec la fondation de «Christy’s Champs», une organisation soutenant les victimes et les familles des survivants qui ont vécu de l’abus ou de la violence domestique. Juste pour cette raison, elle aurait mérité mieux qu’un film qui s’éloigne du drame sérieux et qui traite de cette période sombre en mettant l’accent sur des scènes d’une violence inouïe et qui se rapproche davantage d’une œuvre d’exploitation.
La musique tonitruante, qui signale aux spectateurs que quelque chose d’horrible va se produire, ajoute au caractère de misery porn que plusieurs films biographiques perpétuent. Il est très compliqué de filmer des séquences comme telles avec une certaine compassion pour la victime, mais une chose est claire: il n’y a aucunement besoin d’utiliser une bande-son aussi forte pour inciter le public à avoir pitié d’elle, alors que la situation qu’elle vit est déjà assez éprouvante pour elle.

En somme, le jeu franchement cartoonesque de Sydney Sweeney et de Ben Foster fait chuter Christy en mode knockout, sans réanimation possible. Qui plus est, les perruques ridicules que les acteurs portent pour avoir l’air plus vieux ressemblent plus à un mauvais déguisement d’Halloween qu’à une transformation totale pour ces deux acteurs qui n’ont jamais été aussi risibles dans un biopic par un réalisateur qui, jusqu’ici, n’avait fait que de bons films.
La réalisation de David Michôd est ici plus que bancale, et je n’arrive toujours pas à comprendre comment il a pu en arriver à faire de tels choix esthétiques et scénaristiques qui étouffent totalement le message positif de l’histoire incroyablement résiliente d’une figure de la boxe qui mérite tout notre respect.
Christy Martin mérite tellement mieux que ce désastre cinématographique, qui est sans aucun doute le pire film biographique que j’ai vu cette année.
Le film «Christy» de David Michôd en images
Par Elevations Pictures
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