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Crédit photo : Disney+
C’est entre autres la raison pour laquelle Swiped est une œuvre assez ordinaire, qui, malgré tout, nous brosse un portrait inspirant d’une femme qui a su surmonter plusieurs épreuves personnelles et professionnelles afin de devenir l’une des entrepreneures les plus influentes des États-Unis.
L’actrice Lily James (Cendrillon, Baby Driver) interprète Whitney Wolfe dans Swiped, film qui montre le parcours de cette femme de façon chronologique, de ses débuts à Tinder jusqu’à la fondation de Bumble, une application de rencontres qui est non seulement sécuritaire et agréable à utiliser pour la gent féminine, mais où celles-ci sont en total contrôle de leur expérience.

L’expérience de travail hostile chez Tinder l’a convaincue qu’il faut définitivement faire mieux pour les femmes qui désirent s’inscrire à diverses applications ou sites de rencontres. Cela l’a menée à signer un partenariat avec le fondateur de Badoo, Andrey Andreev (Dan Stevens), qui a personnellement financé son aventure pour mettre sur pied Bumble.
Avant que Whitney ne fonde Bumble et devienne une personnalité influente dans le monde de l’entrepreneuriat, elle a d’abord travaillé à la création de Tinder avec Rad (joué dans le film par Ben Schnetzer) et Mateen (Jackson White). Ce qui était, d’emblée, une opportunité professionnelle rêvée tourne rapidement au cauchemar, alors que la relation amoureuse qu’elle a développée avec Justin devient de plus en plus toxique et impacte son travail.
À cette époque, les cofondateurs masculins de Tinder ne sont pas du tout préoccupés par la montée grandissante du harcèlement vécu par les femmes qui utilisent l’application. Plusieurs d’entre elles reçoivent de la part d’hommes des messages sexuellement explicites ou même des photos inappropriées…
Sean et Justin, quant à eux, n’ont d’yeux que pour l’expansion de Tinder, qui a rapidement franchi le cap du million d’utilisateurs, et ils ne sont pas du tout préoccupés par l’idée de renforcer les règles de modération de leur application, leur objectif étant seulement de se remplir les poches. Leur explication? Tinder doit laisser les utilisateurs s’exprimer librement! Sauf qu’il y a une différence évidente entre «liberté d’expression» et «harcèlement», et, malgré le fait que Whitney Wolfe Herd tente de défendre son point, les deux hommes préfèrent l’ignorer.

Rad ne prend pas, lui aussi, les préoccupations de Whitney sur sa relation avec Justin au sérieux, c’est pourquoi il préfère qu’elle démissionne de la compagnie plutôt que de s’adresser à son cofondateur et meilleur ami sur son comportement, qui devient, en vérité, de plus en plus contrôlant, voire abusif et violent.
Une séquence démontrant l’enfer que vit Whitney, tournée avec main de maître par le directeur de la photographie Doug Emmett, est représentée symboliquement par l’utilisation du rouge remplissant le couloir qu’elle emprunte, alors qu’elle se fait harceler par Justin.
Lors de ces moments dramatiques intenses, le spectateur se retrouve plongé dans l’intériorité de la protagoniste, alors que son monde se rétrécit davantage, jusqu’au moment où ses partenaires chez Tinder discréditent complètement son implication dans la création de l’application, comme si ses contributions n’avaient jamais existé.
Et comme si ce n’était pas assez, après avoir fondé Bumble, le partenariat que Whitney a entretenu avec Andreev a été mis à rude épreuve lorsqu’une série d’allégations sérieuses sur le fondateur de Badoo ont été rendues publiques. Cela a permis à Wolfe de dénoncer ses actions, tout en commençant à façonner son propre chemin loin d’un environnement de travail dominé par les hommes.

Lily James, dans la peau de Whitney Wolfe Herd, est excellente du début à la fin, et particulièrement dans ces séquences complexes où elle doit jouer les étapes charnières d’une carrière florissante qui s’effondre petit à petit, suite à la démission de la principale intéressée.
Pour ceux et celles qui se souviennent de la poursuite judiciaire qu’a entamée Wolfe contre Tinder, vous vous rappelez sans doute que la cofondatrice a vécu une campagne de salissage médiatique, et ce, avant l’ère #MeToo, car ses allégations de harcèlement sexuel n’ont pas été prises au sérieux par le tribunal de l’opinion publique – et sur les médias sociaux – ce qui a terni une bonne fois pour toutes sa réputation professionnelle et mis en péril sa sécurité, puisqu’elle a commencé à recevoir une panoplie de messages haineux, notamment sur Twitter.
L’entente de confidentialité qu’elle avait signée lorsque la poursuite a été réglée à l’amiable insinuait qu’elle cachait quelque chose et n’était pas entièrement honnête avec le public, alors que Tinder a voulu taire sa version des faits.
La seule raison pour laquelle Rachel Lee Goldenberg et les coscénaristes Bill Parker et Kim Caramele ont pu raconter son histoire, c’est qu’ils ont eu accès aux documents de la poursuite, au sein desquels l’histoire de Whitney chez Tinder est écrite noir sur blanc.

Lily James brille au cœur d’un film plutôt moyen
Ce portrait de Wolfe est quand même assez complet, et le développement narratif, quoique conventionnel, fonctionne très bien, surtout grâce à une prestation solide de Lily James. Malheureusement, je ne peux pas affirmer la même chose à propos des performances des personnages secondaires du film qui sont, à mon humble avis, sous-développés et qui mettent de l’avant des clichés trop familiers au genre biographique.
Et même si vous n’avez aucune familiarité avec l’histoire de Whitney Wolfe, il est très facile de deviner qui, dans cette affaire, est toxique, et qui cache plusieurs squelettes dans son placard.
Malheureusement, le jeu de Dan Stevens, en particulier dans une scène qui devrait théoriquement être prise au sérieux, frôle le ridicule. Alors que ce dernier emprunte un accent russe incroyablement mauvais, digne d’un sketch parodique par Marc Labrèche, il se voit décrédibiliser le moment le plus important de la carrière de Wolfe, qui se tient debout face à des hommes qui abusent de leurs pouvoirs.
C’est sans aucun doute la pire performance de sa carrière – ou du moins une qui passera probablement à l’histoire comme étant l’une des plus terribles du cinéma américain – qui n’a rien à voir avec son rôle mémorable dans Downton Abbey ou ses collaborations avec Adam Wingard dans The Guest et Godzilla x Kong: The New Empire. Chaque fois qu’il apparaît dans Swiped, toute tension dramatique établie à travers l’histoire de Wolfe disparaît aussitôt, et on se met à rire de sa perruque cartoonesque et de son accent qui le transforme en méchant sortant tout droit d’un James Bond!
C’est l’actrice Lily James qui réclame le mot de la fin et qui assure au public qu’il est en mesure de comprendre l’impact qu’a Whitney Wolfe dans la sphère publique.
Swiped n’est peut-être pas le biopic le plus inventif réalisé à ce jour, mais il reste néanmoins une œuvre admirable qui souligne la résilience et le courage extraordinaire d’une femme de tête qui a vu à de nombreuses reprises ses efforts être bafoués. Grâce à sa résilience, elle a trouvé la force de se relever, plus déterminée que jamais, et elle est devenue une figure qui, de nos jours, inspire de plus en plus de femmes à se lancer dans l’entrepreneuriat et à défier le statu quo.
Et s’il y a bien un seul élément à retenir de son parcours – et de ce film de Goldenberg qui n’a rien de marquant – c’est bien cela!
Le film biographique «Swiped» de Rachel Lee Goldenberg en images
Par Disney+
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