«Mickey 17» de Bong Joon Ho: la mort à répétition – Bible urbaine

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«Mickey 17» de Bong Joon Ho: la mort à répétition

«Mickey 17» de Bong Joon Ho: la mort à répétition

Une nouvelle œuvre (légèrement) amusante du cinéaste sud-coréen

Publié le 7 mars 2025 par Maxance Vincent

Crédit photo : Warner Bros. Entertainment Inc.

Cinq ans après une victoire sensationnelle aux Oscars avec «Parasite», le cinéaste sud-coréen Bong Joon Ho nous livre son troisième film en anglais, «Mickey 17», une adaptation du roman de science-fiction d'Edward Ashton, intitulé «Mickey 7». Pourquoi 17 au lieu de 7 pour ce long-métrage? La réponse du cinéaste: «Parce que je le tue dix autres fois». Oui, l'objectif du personnage éponyme, joué par Robert Pattinson, est de mourir. Plus Mickey meurt, plus il contribue aux efforts d'une mission de colonisation d'une planète jusque-là inhabitée par l'être humain, donnant des connaissances sur l'environnement dans lequel l'ex-politicien Kenneth Marshall (Mark Ruffalo) désire créer une colonie humaine. Il n'y a aucun problème au fait que Mickey meurt, puisque son corps sera régénéré par une machine de clonage chaque fois qu'il se fait tuer, devenant ainsi le cobaye ultime pour la mission de Marshall.

Mickey n’a plus rien à vivre sur terre, et son désir de devenir un expendable est purement égoïste. Cela est illustré par une narration en voix off par Pattinson qui nous informent constamment sur le personnage principal, soit à travers de multiples flashbacks contextualisant le passé de Mickey, ou en ajoutant de l’information supplémentaire sur ce qui se déroule dans le présent du récit.

À travers cette narration, nous constatons que tous les personnages que Bong Joon Ho introduit dans son film ont des objectifs visant à assurer leur propre gain et non pour assurer la survie de la colonie: le meilleur ami de Mickey, Timo (Steven Yeun), utilise les ressources du vaisseau de Marshall pour s’enrichir; la femme du dirigeant, Ylfa (Toni Collette), contrôle son mari afin d’obtenir ce qu’elle veut; et la nouvelle recrue, Kai Katz (Anamaria Vartolomei), cache ses réelles intentions à Mickey.

Photo: Warner Bros. Entertainment Inc.

Évidemment que le plus narcissique de tous est Marshall lui-même, un ancien politicien qui encourage ses adhérents (aux casquettes rouges) à soutenir son projet de colonisation!

La satire politique de Bong Joon Ho n’a jamais été subtile, et il est très clair que Mark Ruffalo caricature (à sa manière) les gestuelles et la rhétorique de Donald Trump. Son discours vide contenant des slogans avec peu de substance impressionne ses supporteurs, qui le suivent aveuglément, en ne contestant pas ses intentions qui sont beaucoup plus sinistres qu’il le fait paraître. Tout cela est mélangé avec un commentaire sur la nature de la mort, notamment sur la façon dont l’humain approche toujours son voyage final avec appréhension plutôt qu’en acceptant son sort.

Mickey 17 aborde également un message environnementaliste lors de sa dernière partie, maintenant un thème récurrent de la filmographie du cinéaste, avec The Host, Snowpiercer et Okja.

Un message politique non subtil, mais nullement approfondi

Contrairement à ses films politiques précédents, Joon Ho n’arrive pas à bien ficeler sa satire sur le Trumpisme, son message environnementaliste, et le commentaire qu’il désire développer sur la mort. Autant ses œuvres précédentes mélangeaient aussi plusieurs fils sociopolitiques, leurs messages étaient beaucoup plus clairs que Mickey 17, même si la narration constante de Pattinson, du début à la fin, nous explique tout sur le récit et les thèmes que son cinéaste souhaite aborder.

Malheureusement, rien n’est exploré en profondeur, ou du moins à son plein potentiel.

Photo: Warner Bros. Entertainment Inc.

Ce n’est pas anodin que Mark Ruffalo joue un politicien fort d’un discours qui ressemble fortement aux paroles de Trump (et il l’incarne avec brio, peut-être même mieux que la prestation nommée aux Oscars de Sebastian Stan dans The Apprentice).

Ce n’est également pas une coïncidence que ses supporteurs portent tous des casquettes rouges, avec un slogan qui frôle le «Make America Great Again». Cependant, le cinéaste arrête son commentaire aux similitudes visuelles entre Marshall et Trump, et ne désire pas vouloir discuter, par exemple, sur les conséquences de l’autoritarisme ou, plus spécifiquement, sur la manière dont la race humaine finit toujours par élire des despotes au pouvoir, et ce, malgré le danger qu’ils posent.

Ce sont des messages qui sont introduits et illustrés à travers le jeu caricatural de Ruffalo et Collette – il y a même un petit numéro musical montrant le fanatisme religieux de ses figures politiques –, mais jamais enrichis plus loin que son introduction.

La même chose se produit lorsque la mort y est abordée, surtout lorsque le dix-septième clone de Mickey rencontre son dix-huitième, par accident. Alors que le fait de mourir était devenu une routine pour Mickey, sachant qu’il allait renaître tout de suite après, l’arrivée d’un clone ayant été créé lorsque l’on a cru que le dix-septième était mort pousse Mickey à vouloir vivre. Évidemment, Mickey 18 veut aussi rester vivant, ce qui crée un conflit entre les deux.

Le désir soudain de vivre des deux clones devrait être un élément révélateur du fil narratif de Mickey 17, mais il est malheureusement passablement traité par la narration de Pattinson au lieu d’être senti à travers le double jeu de l’acteur dans la diégèse du film.

Photo: Warner Bros. Entertainment Inc.

D’ailleurs, la narration est beaucoup trop présente et tient constamment la main aux spectateurs afin qu’ils puissent comprendre la totalité de l’histoire. Cela n’est pas commun dans la filmographie de Bong Joon Ho, qui utilise habituellement le langage visuel qu’il crée de film en film pour donner du sens à son récit et à ses thèmes.

Était-ce une décision du réalisateur d’inclure cette narration ou de Warner Bros, qui a changé la date de sortie de Mickey 17 quatre fois avant qu’il arrive dans nos salles cette semaine? Il est difficile de l’affirmer avec certitude, puisque la narration ajoute une certaine saveur divertissante au film, même si elle est plaquée sur les images captivantes de Darius Khondji et du découpage saisissant du monteur Yang Jin-mo, qui a travaillé avec Bong depuis Snowpiercer.

Bong Joon Ho n’a jamais été un cinéaste qui épèle ce qu’il veut dire au public. Parfois, il y a des moments au sein de sa filmographie qui ne sont pas subtils, mais la manière avec laquelle il aborde ses thèmes est beaucoup plus fine et ne requiert pas d’artifices ou d’explications destinés à un public qui n’aura pas besoin de regarder ses images pour savoir ce qui se passe.

La narration vient ainsi réduire l’impact émotionnel qu’aurait Mickey 17 sans (ou avec une utilisation plus éparse), puisque la subjectivité du protagoniste rend difficile son attachement pendant plus de deux heures.

Robert Pattinson et Anamaria Vartolomei sont sensationnels!

Heureusement, Pattinson est excellent et livre un jeu beaucoup plus léger que ses performances précédentes. Il éprouve un malin plaisir à mouler différents accents et tonalités vocales pour rendre les répliques du film plus drôles et encore plus mémorables.

Le contraste entre les deux clones est bien équilibré par l’acteur, qui nous tient toujours en haleine lorsqu’il se retrouve (constamment) aux pieds de la mort.

Photo: Warner Bros. Entertainment Inc.

Mention spéciale également à Anamaria Vartolomei qui, avec son premier rôle en anglais, vole carrément la lumière à Robert Pattinson avec la réplique du film durant une scène où Mickey et Kai sont invités à dîner aux côtés de Marshall. La nature de cette ligne ne sera pas révélée dans cette critique, mais il est à espérer que le succès qu’elle a obtenu en France avec des films comme L’Événement, Le Comte de Monte-Cristo et Maria deviendra mondial lorsque Mickey 17 fera sa sortie.

Ce qui sauve Joon Ho cette fois-ci, c’est sa touche visuelle, tout aussi absorbante que ses œuvres précédentes. Les plans en IMAX de Khondji sont à couper le souffle, surtout lors d’une scène d’action à grand déploiement qui boucle le film, mais c’est réellement la façon dont le long métrage est monté qui nous fait plonger naturellement dans son monde.

L’opus est beaucoup plus axé sur un enchaînement de scènes dialoguées que sur des rebondissements par le biais de scènes explosives, et son rythme y est très lent et délibéré. Ce choix d’être très patient dans sa trame narrative pourrait aliéner des spectateurs et spectatrices à la recherche d’émotions fortes, mais la façon que Jin-mo travaille le montage nous force à regarder ce dernier avec une attention très précise, puisqu’il cherche à nous envelopper progressivement dans ses soubresauts narratifs qui, malgré des thèmes politiques minces, sont plutôt amusants.

Le réalisateur est très chanceux d’être un grand artiste visuel, puisque les images de Mickey 17 rendent son film vivant. Il est malheureux, cependant, que son message politique s’avère plutôt vide, et que des choix scénaristiques viennent diluer l’impact émotionnel d’une œuvre soulevant plusieurs questions intéressantes sur une panoplie de sujets, mais qui ne sont jamais très bien travaillées.

Lorsque nous pensons à ce que nous venons de voir, le résultat final, quoique divertissant et agréable, est relativement froid et manque sévèrement de chair autour de l’os. Malgré cela, Robert Pattinson reste un acteur en réinvention constante, et Bong Joon Ho, quant à lui, un cinéaste toujours à l’avant-plan de l’innovation formelle.

D’ailleurs, sa prochaine création sera un film d’animation, une première pour un créateur qui, après avoir remporté la Palme d’Or et plusieurs Oscars, cherche toujours la meilleure façon de nous émerveiller et de nous surprendre…

 
 
 

Le film «Mickey 17» de Bong Joon Ho en images

Par Warner Bros. Entertainment Inc.

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    Photo: Warner Bros. Entertainment Inc.
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