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Crédit photo : Studio Luciole
Aux environs de 20 h, Claude Montminy, auteur de la pièce, et Sébastien Dorval, metteur en scène, montent sur scène pour présenter la soirée. Puis ils quittent. Les premières notes de «Bad to the Bone» de Georges Thorogood envahissent la salle.
Instantanément, quelque chose s’installe. Une ambiance, une promesse. Celle que l’on ne passera pas une soirée beige.

Photo: Studio Luciole
Au centre de la scène, Cougar, interprété par Emmanuel Pelletier-Michaud, est assis seul à une table. Cheveux lissés, vêtements noirs, regard dur. On comprend immédiatement que cet homme n’est pas un doux. À côté de lui, Papou, joué par Jocelyn Paré, tente de se faire pardonner une vieille erreur. Jadis, lui et son complice Jambon ont volé Cougar. Aujourd’hui, ils souhaitent lui présenter leurs excuses.
Cette prémisse simple devient rapidement le point de départ d’une succession de quiproquos et de catastrophes.
Massage secret est la suite de Voleurs d’occasion, une pièce que je n’ai pas vue. Heureusement, cela ne m’a absolument pas empêché de comprendre l’histoire. Les références au premier volet sont suffisamment bien intégrées pour que les nouveaux venus embarquent facilement dans l’aventure.
Et quelle aventure!
Une erreur en cuisine transforme un simple repas en tentative de meurtre présumée. Jambon aurait confondu du vin blanc avec de l’eau de javel. Convaincu qu’on cherche à l’empoisonner, Cougar déclenche une série d’évènements complètement absurdes qui mèneront Papou et Jambon à se cacher dans un centre de massage.
C’est là que la pièce prend véritablement son envol.
Le changement de décor est particulièrement réussi. Après un noir complet, le rideau s’ouvre sur une salle de massage lumineuse et accueillante. Nathalie Séguin y interprète avec beaucoup de variété deux personnages: Nathalie, l’amoureuse de Jambon, et Brigitte, sa sœur, la propriétaire du centre. Pour protéger les deux fugitifs, elle leur invente une nouvelle identité. Jambon devient Pierre et Papou devient Jean.
Dit comme ça, cela semble banal. Sur scène, c’est hilarant.
Claude Montminy réussit l’exploit de transformer un simple changement de prénoms en filon comique qui revient sans jamais s’essouffler.

Photo: Studio Luciole
Mais celui qui vole véritablement la vedette est Samuel Bouchard dans le rôle de Jambon.
Drôle, touchant, maladroit, sans jamais tomber dans la caricature facile, il possède ce talent rare de faire rire tout en restant profondément attachant. Chaque apparition apporte son lot de moments mémorables. Sa complicité avec Jocelyn Paré fonctionne à merveille. L’un improvise, l’autre réfléchit. L’un crée de nouveaux dégâts, pendant que l’autre tente de réparer les précédents. Leur dynamique constitue sans doute la plus grande force de la pièce.
Et les éclats de rire sont nombreux.
Que ce soit lors de la séance de yoga complètement déjantée, lorsque le faux Jean exécute une posture qu’il baptise «Akuna Matata» pendant que son partenaire chante la célèbre chanson du même nom, ou encore lorsque le premier décide d’expérimenter toute une collection de produits homéopathiques aux effets plus que douteux.
La mise en scène est également soutenue par d’excellents choix musicaux. «Travailler» de Michel Pagliaro, «J’lâche pas» de Marjo, ou encore «J’t’aime comme un fou» de Robert Charlebois arrivent toujours au bon moment. Ces chansons ne servent pas simplement à meubler les transitions: elles participent à l’humour et à l’ambiance générale.
J’ai aussi particulièrement aimé le rappel récurent du succès «Bad to the Bone» comme sonnerie de téléphone de Cougar. Chaque fois qu’elle retentit, elle provoque presque automatiquement un sourire dans la salle.
Emmanuel Pelletier-Michaud relève également avec brio le défi de camper deux personnages distincts: le redoutable Cougar, qui se trouve être Monsieur Grotovski, et Monsieur Brochu, résident au centre. La transition entre les deux est fluide et démontre une belle maîtrise du jeu.
Tout n’est toutefois pas parfait.

Certaines blagues faisant référence à Éric Salvail ou à Richard Martineau m’ont semblé gratuites. Elles n’ajoutent rien à l’intrigue, ne développent aucun personnage, et paraissent davantage insérées pour provoquer une réaction rapide du public plutôt que pour servir le récit. Dans une pièce qui regorge déjà de situations comiques efficaces, ces références inappropriées auraient facilement pu être évitées.
Cela dit, il faut aussi remettre les choses dans leur contexte.
Le théâtre d’été possède ses propres codes. On ne s’y rend pas pour assister à une tragédie shakespearienne; on y va pour décrocher, pour rire, pour passer un bon moment. C’est un théâtre plus burlesque, plus populaire, parfois plus gros dans ses traits, mais qui assume pleinement ce qu’il est.
Et de ce côté, la pièce Massage secret remplit parfaitement sa mission. On ressort avec le sourire. On ressort plus léger. Et on se surprend même à repenser à certaines répliques plusieurs heures plus tard!
Impossible également de ne pas parler de La Roche à Veillon sans mentionner son restaurant. Les plats d’antan qui y sont servis valent à eux seuls le détour. Dans un monde où tout semble aller toujours plus vite, il est agréable de s’arrêter dans un endroit qui célèbre encore les saveurs d’autrefois.
Au final, ce spectacle est une comédie efficace portée par une distribution forte, un rythme soutenu et plusieurs moments franchement hilarants. Mais si cette soirée reste gravée dans ma mémoire, ce n’est pas uniquement en raison des rires: c’est aussi parce qu’elle aura été vécue avec mon père.
Et lorsqu’une pièce de théâtre réussit à devenir le décor d’un souvenir que l’on sait déjà précieux au moment même où on le vit, alors elle a accompli quelque chose d’encore plus grand que nous divertir.
Elle nous a offert un moment de vie.
Le spectacle «Massage secret» en images
Par Studio Luciole
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Photo: Studio Luciole -
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