«Un chien en laisse qui jappe» de Gabriel Samson I au Diamant à l'occasion du Festival Carrefour – Bible urbaine

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«Un chien en laisse qui jappe» de Gabriel Samson I au Diamant à l’occasion du Festival Carrefour

«Un chien en laisse qui jappe» de Gabriel Samson I au Diamant à l’occasion du Festival Carrefour

L’irrévérence persistante d’un premier élan

Publié le 6 juin 2026 par Guy-Philippe Côté

Crédit photo : Festival Carrefour @ Tous droits réservés

Le Festival Carrefour présentait, les 4 et 5 juin au Studio Lepage-Beaulieu du Diamant, «Un chien en laisse qui jappe», la première création solo de Gabriel Samson I. Retour sur une proposition brute qui poursuit sa trajectoire.

En février dernier, le Théâtre Premier Acte accueillait Le Québec est un pays scandinave. J’avais alors salué la rigueur structurelle et la lucidité politique de cette proposition.

Cette semaine, le Festival Carrefour de Québec m’a permis de découvrir la genèse de cette démarche avec Un chien en laisse qui jappe. Loin d’être une nouveauté, ce premier solo accompagne Gabriel Samson I depuis 2023. Il a en effet été présenté à la Maison natale de Louis Fréchette, puis à La Charpente des Fauves en 2025.

C’est donc une œuvre mûrie, bien que volontairement chaotique, qui investit maintenant Le Diamant.

Photo: Festival Carrefour @ Tous droits réservés

L’avant-garde institutionnalisée

Se positionner en rupture dès son premier spectacle est une démarche saine. Toutefois, la présentation de cette charge au Studio Lepage-Beaulieu modifie sa réception. En effet, Le Diamant n’est pas un simple lieu de diffusion; c’est une technocratie du spectaculaire. Il s’agit d’un supermarché du risque calculé où un public privilégié vient consommer une audace assainie.

Dans ce contexte, l’irrévérence de Gabriel Samson I prend une dimension cynique. Lorsqu’il mime un acte sexuel avec une pancarte d’Eric Duhaime devant un auditoire figé, il ne subvertit pas l’institution. Au contraire, c’est l’institution qui s’approprie sa marge pour valider sa propre modernité.

Et le fait que Robert Lepage dirige la discussion post-spectacle illustre cette dynamique. Finalement, la mégastructure encadre la révolte pour mieux l’absorber.

Du cabotinage à la virtuosité

Si Un chien en laisse qui jappe souffre d’un défaut, c’est celui des premières œuvres: le désir de tout dénoncer en même temps. Durant deux heures sans entracte, l’artiste déploie une attaque frontale. Ses cibles vont de la médiocrité banlieusarde aux institutions politiques, en passant par les archives familiales de l’enfance.

Cette surcharge multidisciplinaire dilue parfois la trajectoire globale. L’interprète gère lui-même la régie, multiplie les vidéos et affronte un François Legault virtuel lors d’un combat de battle rap. De plus, la scénographie «ti-pop» participe à cette saturation. Heureusement, la polyvalence du jeu scénique transcende ce chaos. Samson I démontre une réelle virtuosité «caméléonique», notamment en déclinant des satires autour de la réplique «Le théâtre est mort».

Par ailleurs, le spectacle atteint une redoutable efficacité comique avec l’imagerie du début des années 2000. Le segment consacré au Village Vacances Valcartier constitue un sommet. La conclusion de ce sketch, avec sa vidéo amateur de 2006 — typographie Papyrus rouge vif et chanson «Embarque ma belle» — s’avère d’une justesse satirique irrésistible.

La mise au monde par l’excès

C’est toutefois dans la dernière étape que la proposition bascule vers l’action viscérale. Sous des effets stroboscopiques, Samson I déverse un fiel torrentiel. Il expulse ses mots dans un geste de catharsis brute.

S’enchaînant avec une laisse et un fil électrique, il pousse l’allégorie canine à son paroxysme. Ensuite, il mange dans un bol posé au sol devant le public. Ce dénouement dépasse la simple provocation. C’est une violente mise en abyme de sa condition d’artiste.

Il exécute sa révolte dans une cage dorée, nourrie littéralement par l’institution. Ainsi, il incarne rigoureusement le chien du titre.

Photo: Festival Carrefour @ Tous droits réservés

L’aboiement comme fondation

Un chien en laisse qui jappe demeure un spectacle imparfait. Néanmoins, il est indispensable pour comprendre la démarche globale de Gabriel Samson I. C’est le laboratoire brut d’un artiste qui refuse les compromis.

Si la structure s’égare parfois dans son excès, l’audace théâtrale confirme sa place dans le paysage culturel. C’est une œuvre de jeunesse désordonnée, persistante et résolument nécessaire.

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