ThéâtreCritiques de théâtre
Crédit photo : Franco Barrios
L’histoire se déroule aux abords d’un parc éolien où un incident y a provoqué la mort massive de chauves-souris. C’est pourquoi un expert doit rédiger un rapport d’impact écologique. Pour ce faire, il recueille les propos des dirigeants de l’entreprise et interroge les travailleurs de nuit de la centrale.
On appelle ces derniers des «vampires» en raison de leur horaire décalé.

Photo: Franco Barrios
Un jeu corporel marquant
La force de cette œuvre réside dans le jeu des acteurs. En effet, David Gaete et Marcela Salinas livrent un jeu hyper physique, qui s’avère à la fois grotesque et clownesque. Leurs corps se transforment d’ailleurs sans cesse sur scène, navigant entre l’homme et l’animal avec une grande aisance.
Ce choix esthétique permet d’incarner les êtres touchés par cette industrie. Ainsi, le rythme des corps possède une vraie force captive.
Et le décor soutient bien ce travail physique. Des souffleurs à feuilles animent ainsi des sacs à poubelle noirs. Ce choix simule alors le vol fou des bêtes de nuit.
Un obstacle technique réel
Cependant, le public se heurte vite à un mur technique, alors que les acteurs interprètent le texte en langue espagnole. La pièce impose donc la lecture de surtitres en français. Or, naviguer entre le texte et les gestes forts demande une attention totale.
Dès lors, ce double effort visuel fatigue vite le regard. Ce mouvement crée ainsi un écran pour le public et cela brise le lien dramatique, en plus d’amener une distance nuisible.

Photo: Franco Barrios
Le piège de la théorie
C’est pourtant dans l’usage théâtral de la métaphore que le bât blesse. Certes, l’analogie de départ s’avère très fertile; utiliser le symbolisme du vampire pour dénoncer le capitalisme insatiable offre un angle incisif. De plus, l’œuvre attaque l’écoblanchiment avec force. Les firmes sacrifient la faune locale au profit d’énergies dites vertes.
La pièce se construit ainsi autour d’une boucle théorique claire: l’œuvre compare les ouvriers à des morts-vivants, raison pour laquelle ils doivent travailler sans relâche. La production calque leur rythme sur une demande infinie.
Par ailleurs, la metteuse en scène a évoqué la pensée de Georges Bataille. Elle a fait ce choix lors de la discussion d’après spectacle. Son but, c’était d’appuyer l’idée d’une dépense énergétique absolue. Certes, cette grille d’analyse s’avère stimulante pour les chercheurs, mais son usage réel sur scène alourdit le propos. En effet, amener ces abstractions philosophiques reste une erreur. On fait face ici à la perte de milieux naturels réels.
Cette surchauffe théorique rate donc son but.
Cette tendance à compliquer la réflexion agit tel un écran de fumée. Au lieu de proposer un théâtre ancré, l’œuvre s’égare. Elle tourne en effet à vide dans un piège de concepts. Cela rappelle d’ailleurs un travers du milieu de l’art: les créateurs préfèrent souvent analyser les crises sans fin plutôt qu’agir.

Photo: Franco Barrios
Mon verdict
En somme, le spectacle Vampyr jouit d’acteurs de talent. Il présente également des idées visuelles fortes. Néanmoins, si vous cherchez un théâtre ancré dans l’urgence écologique, cet exercice de style vous laissera de glace. En effet, la production met la dissertation avant l’essentiel.
Une approche moins théorique aurait pourtant mieux servi le propos, puisque cela aurait permis au jeu corporel des acteurs de toucher encore plus le public.
L'avis
de la rédaction



