LittératureDans la peau de
Crédit photo : Alma Kismic
Gabrielle, on te souhaite la bienvenue! Tu es une passionnée d’activité physique et de plein air, et ce n’est pas pour rien que tu sois devenue une massothérapeute et kinésiologue professionnelle. Parle-nous brièvement de ta passion pour le sport et pour le bien-être que tu procures aux autres à travers ta pratique.
«J’ai toujours été une personne active. Devenir kinésiologue rejoignait mon côté performant, parce que, même si je n’ai pas été une athlète de haut niveau, j’aime me donner des défis et augmenter mes capacités physiques. Aller chercher mon diplôme en massothérapie, ensuite, m’a permis de voir le corps sous une autre facette.»
«Je trouve l’humain fascinant. Avec ces deux professions, j’ai la chance d’accompagner des gens à travers leur réalité bio-psycho-sociale, tout en analysant ce qui fait que, anatomiquement parlant, il y a des choses à travailler. Ça stimule mon côté créatif aussi, parce que je dois souvent m’adapter, que ce soit à cause des blessures, contraintes de matériel, changements d’objectifs ou autre, chez une clientèle variée.»
«Bref, une journée dans ma vie, ce n’est pas plate!»
Dans tes temps libres, tu aimes voyager, partir en road trip, t’échapper en nature, connecter avec toi-même, et accessoirement photographier la nature, grandiose, qui déploie ses atouts tout autour de toi. Qu’est-ce qui te plaît tant dans cette bulle de liberté à travers laquelle tu peux reconnecter avec toi-même?
«Je trouve qu’être en nature permet de relativiser les choses. Ça nous rappelle qu’on est tout petit dans le vaste monde qu’on habite.»
«Quand on est dehors, les seules choses importantes sont se nourrir, avoir un abri, dormir et, en prime, connecter avec les gens qui nous entourent. Pas besoin de réseaux sociaux; tout est là, devant nous. Même si c’est dur, surtout dans des contextes d’expédition, tout devient… simple. Et souvent, on fait la blague qu’il semble y avoir du gaz hilarant dans les montagnes, parce qu’on rit beaucoup plus facilement!»
«On prend aussi conscience de la richesse du partage et du fait qu’on a besoin des autres pour avancer, ce qu’on oublie facilement lorsqu’on est pris dans notre char vers le travail le matin.»

Parlant de reconnexion avec sa voix intérieure, le 21 mai dernier, tu as fait paraître un premier roman aux Éditions Hurtubise. Dans Souffler sur les braises, on découvre Olivia, une célibataire de 28 ans, qui entame un road trip en solo sur la Côte-Nord pour fuir la cadence infernale de son travail. En fuyant ce quotidien à travers lequel elle ne se reconnaissait plus, Olivia espère renverser la vapeur et retrouver la personne libre qu’elle était avant. D’où t’est venue l’inspiration pour ce personnage qui n’était clairement plus en phase avec lui-même?
«Une partie de l’inspiration vient de mon retour d’expédition dans les Monts Groulx. En 2022, j’ai fait la traversée d’est en ouest de ce massif montagneux avec neuf autres personnes, incluant deux guides et un photographe. Un hydravion nous transportait à 100 kilomètres du camp de Guy Boudreau, l’organisateur de l’expédition, et de là, il fallait marcher pour revenir au camp.»
«Il faut comprendre que, dans les Monts Groulx, il n’y a pas de sentiers tracés; c’est un territoire vierge. On s’y sent totalement libre. Pendant dix jours, j’ai donc marché, échangé et partagé des moments forts avec ce groupe de personnes incroyables.»
«En revenant à ma routine quotidienne, j’ai vécu un gros clash. J’étais triste de ne plus partager mon quotidien avec ces gens, triste de ne plus côtoyer la nature chaque jour, et frappée d’à quel point la vie allait vite. Je voyais aussi, de plus en plus autour de moi, l’espèce de fatigue thérapeutique dans le milieu de la santé en clinique privée, et le désir de vouloir aider les autres, parfois aux détriments de nos limites.»
Durant son voyage, Olivia va faire des rencontres marquantes, notamment celle d’Annabelle, une chaleureuse habitante des Escoumins, et celle de Pierre, un quarantenaire vivant au pied des Monts Groulx en mode ermite et avec lequel elle entretiendra une relation passionnée. Mais prise entre son désir de liberté et leurs modes de vie opposés, et une catastrophe qui mettra en péril leur idylle, rien ne va plus. Intrigant! Dis-nous-en plus sur les thèmes explorés à travers ce livre et sur l’importance qu’ils revêtent à travers cette histoire.
«J’avais envie d’une histoire d’amour dans laquelle il n’y a pas la pression du ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Dès le début, les modes de vie des deux protagonistes s’opposent. Même si être au camp fait un bien énorme à Olivia, ce n’est pas nécessairement la vie qu’elle veut avoir à long terme.»
«Après ça, c’est de se dire: Hey, mais je trouve que ce qu’on peut vivre ensemble, ça vaut la peine quand même! Je voulais aussi montrer que, malgré notre peur d’être incompris par nos proches, notre réseau de soutien est toujours prêt à nous aider. Il faut juste lui permettre de le faire plutôt que de se renfermer sur soi-même.»
«Olivia, elle part seule, mais finalement, elle est toujours épaulée, par ses parents, par Annabelle, par Pierre et par Samuelle, sa meilleure amie.
«Finalement, il m’était impossible de ne pas aborder l’environnement, surtout lorsqu’on entend que le nombre de feux de forêt augmente chaque année! Le roman rend hommage à la Côte-Nord, avec une twist qui, j’espère, sensibilisera les gens aux changements environnementaux.»
Et alors, comment se sent-on, comme primo-romancière, lorsqu’on tient enfin son tout premier roman en main? Est-ce que ça te donne l’impulsion d’en écrire un autre, peut-être? Au plaisir de se reparler dans un futur proche!
«On se sent… bizarre? Je ressens une grande fierté. C’est vraiment un rêve que je réalise! En plus, c’est l’une de mes illustratrices préférées qui a fait la couverture… je capote!»
«D’un autre côté, ma vie n’a pas changé, je reste la même Gabrielle. Je trouve ça riche d’échanger avec des gens qui m’écrivent sur leurs impressions et de partager l’univers d’Olivia et Pierre avec eux. Je suis touchée, aussi, de voir à quel point ça fait monter des émotions chez les lecteurs. Et j’adore quand on m’écrit que ça donne envie d’aller visiter la Côte-Nord!»
«Alors oui, c’est sûr, ça donne envie d’en écrire un autre. J’ai déjà quelques projets qui mijotent, donc c’est à suivre pour la suite!»



