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Crédit photo : Stéphane Bourgeois
Le défi de traduire une pièce aussi complexe que Hamlet, Prince du Danemark de William Shakespeare au médium de la danse est colossal. L’œuvre originale du dramaturge anglais est remplie d’intrigues politiques et d’introspection psychologique.
Ces éléments sont difficiles à communiquer sans paroles. En effet, les créations en danse ont davantage tendance à aborder des thèmes abstraits en mettant l’accent sur l’émotion plutôt que sur des trames narratives complexes.
Le mariage entre Hamlet et le monde de la danse semble donc au premier abord une idée ambitieuse et quelque peu risquée.

«Hamlet, prince du Danemark» de Robert Lepage et Guillaume Côté. Photo: Stéphane Bourgeois
Or, dans les mains de maître de Guillaume Côté et de Robert Lepage, le pari est très réussi.
Une adaptation empreinte de choix judicieux
Le spectacle reprend la structure globale de la pièce originale de Shakespeare en suivant les divisions en actes et en scènes. Cette fidélité permet au spectateur familier avec Hamlet de bien comprendre les événements, et ce, malgré l’absence complète de dialogues.
Le changement de médium en lui-même est suffisant pour réinventer l’œuvre et y ajouter de la nouveauté intéressante. Ainsi, la retenue exercée pour limiter les changements est fort appréciable.
Plusieurs décisions habiles permettent de simplifier et de clarifier la pièce. La danse des premières scènes repose sur un pantomime plus théâtral. Cela véhicule les relations entre les personnages rapidement, même pour un public qui serait moins habitué aux codes de la danse. Le travail chorégraphique de Côté insuffle à chaque personnage une identité distincte reposant sur des particularités stylistiques permettant de bien capturer leur personnalité.
De plus, certains éléments de l’œuvre de Shakespeare ont été retirés, notamment les tensions politiques avec la Norvège et le Prince Fortinbras. Cela permet d’exciser les moments qui auraient été les plus difficiles à faire comprendre sans paroles, en plus de réduire la distribution à neuf danseurs.
Autre point aidant la compréhension: les interprètes ont l’âge des personnages qu’ils jouent, établissant rapidement et visuellement les liens de famille et les relations de pouvoir. De surcroît, cette distribution permet de mettre en lumière des danseurs dans leur cinquantaine, alors que le milieu de la danse priorise très (trop) souvent de jeunes danseurs.
La seule exception à cette distribution artistique fidèle à l’âge des personnages est Guillaume Côté lui-même, qui interprète l’impétueux et tourmenté personnage titulaire. Hamlet est généralement conçu comme un personnage plus jeune, mais cette petite entorse est excusable. Guillaume Côté est encore un danseur d’exception capable de véhiculer l’émotion de la chorégraphie qu’il a conçue.

«Hamlet, prince du Danemark» de Robert Lepage et Guillaume Côté. Photo: Stéphane Bourgeois
Une pièce guidée par l’émotion
D’autre part, même si certaines nuances ou éléments narratifs pourraient échapper aux spectateurs n’ayant pas côtoyé l’œuvre de Shakespeare récemment, la création de Côté et Lepage met brillamment l’accent sur le drame de la pièce, jouant avec les forces du médium de la danse. Cela permet de connecter avec l’histoire d’une manière plus émotionnelle, même si la narrativité elle-même pourrait être plus difficile à saisir sans connaissance préalable du monde d’Hamlet.
Les scènes les plus marquantes bénéficient à la fois de la virtuosité de la chorégraphie de Guillaume Côté et du brio de la mise en scène de Robert Lepage. Elles soulignent et élèvent les moments dramatiques déjà présents dans le texte de Shakespeare.
La noyade d’Ophélia, par exemple, est un point fort évident. Passage difficile à rendre en théâtre, Côté et Lepage se permettent de bâtir une scène plus complète autour de l’événement.
Ophélia danse contre un énorme drap frémissant comme sous l’effet de vagues. Elle est portée par des danseurs invisibles de l’autre côté de la toile, donnant l’impression qu’elle flotte sur l’eau. La chorégraphie est sublime, tout comme l’interprétation par Carleen Zouboules. On ressent son désespoir et sa folie, ainsi que son besoin d’être complètement emportée, de se noyer dans ce chagrin.

«Hamlet, prince du Danemark» de Robert Lepage et Guillaume Côté. Photo: Stéphane Bourgeois
Ce moment n’est pas le seul à user d’une brillante mise en scène. Tout au long de la pièce, les rideaux rouge sang se replacent constamment. Leur reconfiguration crée différentes pièces, permettant aux personnages de s’y cacher pour s’épier. Leur présence communique visuellement l’atmosphère étouffante du monde.
L’apparition du fantôme est un autre point saillant, sa visite dépeinte comme grandiose et effrayante par un habile jeu de lumière sur des draps blancs.
Finalement, le point culminant du drame, le duel fatidique entre Laertes et Hamlet, est également visuellement stimulant, avec de longs morceaux de tissus attachés aux pointes des épées.
La seule fausse note de la production est que la pièce est accompagnée d’un écran où s’affiche périodiquement du texte. Celui-ci apparaît lettre à lettre, comme tapé sur une machine à écrire, un effet renforcé par un bruitage de clavier. L’intention de cet élément (et de sa stylisation anachronique) est difficile à comprendre.
Le texte affiché est principalement de courtes didascalies. Celles-ci sont trop éparses pour communiquer des informations pertinentes à un spectateur moins familier avec Shakespeare. Certaines font simplement énoncer des faits évidents, comme l’entrée de certains personnages dans une scène (même lorsque ce n’est pas la première apparition du personnage).
Le texte est en anglais. Cela nuit à l’universalité du langage de la danse en ajoutant inutilement une friction pour ceux ne parlant pas la langue. Le texte est placé en hauteur et attire donc l’attention du spectateur ailleurs que sur la scène. Ainsi, l’écran et le texte brisent quelque peu l’immersion dans une pièce pour le reste captivante.

«Hamlet, prince du Danemark» de Robert Lepage et Guillaume Côté. Photo: Stéphane Bourgeois
Malgré cela, la pièce est enlevante. La tension grimpe en un crescendo à couper le souffle, alors que le destin tragique des personnages semble de plus en plus inéluctable. C’est une rencontre rafraichissante avec une œuvre ayant perduré à travers les siècles.
Le ballet contemporain «Hamlet, Prince du Danemark» en images
Par Stéphane Bourgeois
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«Hamlet, prince du Danemark» de Robert Lepage et Guillaume Côté. Photo: Stéphane Bourgeois -
«Hamlet, prince du Danemark» de Robert Lepage et Guillaume Côté. Photo: Stéphane Bourgeois -
«Hamlet, prince du Danemark» de Robert Lepage et Guillaume Côté. Photo: Stéphane Bourgeois -
«Hamlet, prince du Danemark» de Robert Lepage et Guillaume Côté. Photo: Stéphane Bourgeois -
«Hamlet, prince du Danemark» de Robert Lepage et Guillaume Côté. Photo: Stéphane Bourgeois -
«Hamlet, prince du Danemark» de Robert Lepage et Guillaume Côté. Photo: Stéphane Bourgeois -
«Hamlet, prince du Danemark» de Robert Lepage et Guillaume Côté. Photo: Stéphane Bourgeois -
«Hamlet, prince du Danemark» de Robert Lepage et Guillaume Côté. Photo: Stéphane Bourgeois
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