«La locataire» de Freida McFadden: un thriller domestique ennuyeux à mourir – Bible urbaine

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«La locataire» de Freida McFadden: un thriller domestique ennuyeux à mourir

«La locataire» de Freida McFadden: un thriller domestique ennuyeux à mourir

Un récit superficiel qui déforme la réalité pour mieux nous tromper

Publié le 15 mai 2026 par Éric Dumais

Crédit photo : Éditions City @ Tous droits réservés

Depuis la parution en français de la trilogie La femme de ménage, chaque nouveau roman de Freida McFadden, que ce soit en grand format chez City ou en poche chez J’ai Lu, est accueilli en grande pompe, aux États-Unis, au Québec comme en France. En librairie, la plupart de ses livres se retrouvent dans les palmarès des meilleures ventes, sur Instagram ou TikTok, les influenceurs ne ratent pas une occasion de vanter son art de la twist, et en quelques années à peine, elle est devenue la coqueluche de tous amateurs de thrillers domestiques qui se respectent. Mais est-ce qu’on n’aurait pas créé un phénomène plus qu’une superstar du livre? Moi, je pense que oui!

Oui, La femme de ménage, c’est plutôt un bon roman, et d’ailleurs son adaptation cinématographique avec Sydney Sweeney dans le rôle de Millie Calloway est tout autant réussie. Cependant, les tomes deux et trois de la trilogie – sans oublier la nouvelle La femme de ménage se marie, un pur raté – comme je le confirmais dans cet article, se sont avérés bien décevants.

Avec la parution des thrillers addictifs La prof, La psy et Le boyfriend, Freida McFadden a réussi le défi de conquérir des fidèles aux quatre coins du globe – et j’en fait partie – puisqu’elle a le don d’embrouiller nos méninges avec de fausses pistes et des revirements de situation inattendus, jusqu’à un coup de théâtre qui agit comme une gifle.

Or, avec La locataire, l’Américaine, qui a récemment dévoilé sa véritable identité en révélant s’appeler Sara Cohen, signe son thriller le plus décevant à ce jour, avec une histoire insipide et trompeuse qui n’arrive pas à la cheville des romans cités ci-haut.

Pour une première fois chez Freida McFadden, la narration principale passe d’entrée de jeu entre les mains d’un homme, Blake Porter, un New-Yorkais de 32 ans qui, en apparence, semble avoir tout pour être heureux et accompli: il est grand et bien proportionné – en même temps, l’autrice n’a pas l’habitude «d’employer» des moches!  – il a été promu vice-président de la boîte de marketing Coble & Roy, et il vit le parfait bonheur avec sa nouvelle fiancée, Krista Marshall, à Manhattan.

Mais derrière le masque des apparences, la réalité est tout autre, et le monde de Blake s’écroule tel un château de cartes en équilibre précaire: son patron, Wayne Vincent, pour qui il travaille depuis dix ans, le licencie sans ménagement en prétextant une faute grave; le gros diamant qu’il a offert à son amoureuse en vue de leurs fiançailles lui a coûté la peau des fesses; et comme Blake est au chômage, le couple peine à payer sa mensualité.

Si Blake et Krista veulent éviter l’endettement, une décision s’impose: il leur faut un locataire.

Et cette fameuse locataire, au féminin, s’il vous plaît, ne tardera pas à faire son entrée en scène dans ce récit. Après quelques visites infructueuses et une envie irrépressible de revenir sur leur décision – surtout pour Blake – c’est Whitney Cross qui sera finalement l’heureuse élue. Blake, en la voyant, pense: «Certes, la première impression peut être trompeuse, mais cette fille semble vraiment inoffensive. En tout cas, ce n’est pas une cannibale, ça, j’en suis sûr à… quatre-vingt-dix-neuf pour cent

Évidemment, dans l’univers de Freida McFadden, tous les personnages ont leur petit jardin secret. Et l’auteure, en plus, s’amuse à leur prêter des gestes et des réactions déplacés pour que ses lecteurs se fassent une fausse opinion de ses personnages. Tout ça, dans un but de nous tromper, bien sûr.

Sara Cohen alias Freida McFadden. Photo: Mira Whiting

Whitney, la locataire, est évidemment très jolie; elle a les yeux brillants, elle est radieuse, quoi, et en plus, elle a le chic pour être sympa. Krista tombe d’ailleurs vite sous son charme, plus que Blake, en tout cas. Comme Nina Winchester dans les premières pages d’une histoire que vous avez assurément lue!

D’ailleurs, le personnage de Whitney Cross ne vous rappelle pas une certaine Millie Calloway? Elle a la jeune trentaine, elle vit seule, elle n’a pas un meuble à elle, et, côté vie privée, c’est le mystère total. Blake, comme Andrew Winchester, joue au début le jeu du gars indifférent, mais bien vite, et ce n’est pas un divulgâcheur, ne vous inquiétez pas, il finira par éprouver du désir pour Whitney… comme Andrew Winchester!

Freida McFadden joue ici la carte de la facilité en mettant en scène des personnages qui ont des airs de réchauffé et qui n’ont pas une psychologie infiniment détaillée.

Bien évidemment, l’arrivée de Whitney chamboulera le quotidien de Blake et de Krista, vous vous en doutez. Même qu’une série d’événements étranges – mais si insignifiants que c’en est risible – se produiront un peu après son arrivée: la mort de leur tant aimé poisson rouge Goldy, des odeurs nauséabondes qui prennent au nez, une nuée de mouches volant dans la cuisine, etc.

Si Freida MFadden espérait installer une ambiance sur les dents de scie avec des péripéties aussi peu convaincantes, c’est raté.

Et pour moi, la plus grande faiblesse de La locataire, c’est l’incohérence des situations. En effet, l’auteure a fait exprès de «mentir» sur la véracité de certains faits et sur les motivations des personnages dans la première partie du livre pour mieux nous tromper lors d’une deuxième partie où les révélations tombent enfin.

Je trouve que c’est un drôle de raccourci, pour une «sommité» reconnue pour son art de la twist, de modifier la réalité pour piéger ses lecteurs.

En somme, La locataire est l’un de ses romans les moins réussis à ce jour, mais je l’ai néanmoins préféré aux suites de La femme de ménage. Espérons que L’intruse, qui est arrivé en librairie depuis le 4 mai, saura me réconcilier avec son univers.

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