«Ne jamais trembler» de Stephen King: un polar où les innocents tombent comme des mouches – Bible urbaine

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«Ne jamais trembler» de Stephen King: un polar où les innocents tombent comme des mouches

«Ne jamais trembler» de Stephen King: un polar où les innocents tombent comme des mouches

Le retour de Holly Gibney, la nouvelle coqueluche du maître

Publié le 27 avril 2026 par Éric Dumais

Crédit photo : Albin Michel @ Tous droits réservés

Si vous avez aimé le suspense haletant de «Billy Summers», l’intense trilogie «Mr Mercedes», ou encore le déstabilisant «Holly», votre cœur battra en cadence lors de votre lecture de «Ne jamais trembler», même si ce n’est pas le meilleur thriller d’action de Stephen King. Ce monument de la littérature américaine, aujourd’hui âgé de 78 ans, maîtrise bien les codes d’un suspense bien dosé, même si les «vrais» rebondissements tardent à venir. Et force est d’admettre que ce fervent opposant de Trump n’a pas perdu de sa verve pour dépeindre, avec une ironie à peine dissimulée, le côté le plus sombre de l’Amérique.

«Il faut continuer jusqu’au bout. Sans jamais trembler, sans faire demi-tour.»

L’histoire démarre au courant d’un moins de mars particulièrement capricieux, à Buckeye City, en Arizona. On y retrouve un dénommé Trig, en chemin vers Straight Circle, pour une réunion des Narcotiques Anonymes ayant lieu au sous-sol de l’Église méthodiste Buell Street.

Lorsque vient son tour de parole, ce dernier préfère jouer la carte de l’économie de mots: «Je veux juste dire que je suis sacrément secoué aujourd’hui. Je ne souhaite pas en dire plus, mais je tenais à partager ce sentiment. C’est tout». S’il y a bien un lieu où le jugement de l’autre n’a pas sa place, c’est bien à une réunion des NA, donc Trig récolte des encouragements sincères, et non des questions indiscrètes.

Tant mieux pour lui, car ces pauvres gens sont loin de se douter du plan diabolique qu’il a en tête.

Trig, c’est évidemment un surnom. Ou du moins, l’un de ses surnoms. Car aux yeux des autorités, il préférera emprunter celui de Bill Wilson, fondateur des AA, dont il se servira environ un mois plus tard pour commettre l’irréparable.

De fait, notre homme enverra un courriel au lieutenant Louis Warwick et à la cheffe Alice Patmore pour leur annoncer d’emblée qu’il a l’intention de tuer 13 innocents et un coupable pour venger la mort d’Alan Duffrey, un homme ayant été accusé à tort et poignardé à mort en prison.

C’est pourquoi il est autant secoué.

Pour Trig, cette menace n’est rien d’autre que l’application du Principe de Blackstone, selon lequel il vaut mieux laisser dix coupables en liberté que de faire souffrir un innocent.

Mais alors, cet homme est-il complètement cinglé, complotiste, assassin, ou un dangereux mélange de toutes ses réponses? Je vous laisse l’heureux plaisir de le découvrir par vous-même.

Du côté des autorités, l’idée, c’est bien sûr de limiter les dégâts, au cas où leur homme soit décidé à mettre ses menaces à exécution.

Il n’en faudra pas plus pour causer un certain vent de panique du côté des forces policières de la région. Est-ce un canular, ou cet homme est-il déterminé à mettre sa menace à exécution? L’inspectrice Isabelle «Izzy» Jaynes, une amie de Holly Gibney, et son acolyte Tom Atta, s’empareront de cette affaire sans trop connaître la réponse. Pour l’instant, du moins.

Malheureusement pour la police de Buckeye City, une première victime aura eu la terrible malchance de croiser Bill Wilson sur sa route. Bam! Et d’un. Lorsque le macchabée est retrouvé, la police y trouve, dissimulé dans l’une des mains repliées, un bout de papier avec un nom griffonné dessus.

Stephen King. Photo: Shane Leonard

Et ce sera le même modus operandi pour les victimes suivantes: le tueur laissera un bout de papier avec un nom inscrit dessus près du corps de chacune de ses victimes, qui ont toutes eu la malchance de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment.

Stephen King, en bon conteur qu’il a toujours été, n’a jamais fait preuve d’empressement lorsque vient le temps de mettre la table. À l’image d’un serveur d’un cinq étoiles qui s’assure que chaque couvert brille de propreté avant de le disposer soigneusement sur une table, il invite son lecteur, comme à son habitude, à prendre place et à apprivoiser ceux et celles qui devront faire face au danger au cours des 519 pages qui suivront.

Dans Ne jamais trembler, les néophytes n’y verront que du feu, mais les adeptes, eux, reconnaîtront sans difficulté le rythme habituel et la multitude de clins d’œil qu’offre l’auteur à ses précédentes histoires. Je trouve personnellement que ça aide à renforcer le sentiment d’attachement face aux personnages.

L’héroïne du jour, c’est bien sur la frêle, mais courageuse Holly Gibney, une détective allumée qui n’a pas son pareil pour la résolution d’énigmes. Cette héroïne, devenue la coqueluche de Stephen King depuis ses apparitions dans quelques-uns des romans nommés ci-haut – sans oublier L’outsider, où elle a été confrontée pour la première fois de sa vie à une présence surnaturelle – a eu la chance d’apprendre du meilleur, le regretté Bill Hodges, héros de la trilogie Mr Mercedes. Alors qu’elle a joué sa vie dans Holly, un titre phare paru deux ans plus tôt, et que, depuis, elle avait trouvé un équilibre moins risqué, mais plus ennuyeux avec son agence Finders Keepers, un appel va venir perturber sa routine…

On fait aussi la rencontre de deux nouveaux personnages féminins qui croiseront la route de Holly: celui de Corrie Anderson, le bras droit de Kate McKay, une militante féministe et autrice vedette, qui fait la tournée des auditoriums pour aller à la rencontre de ses fans, au grand dam de ses détracteurs, pour proclamer haut et fort son «Woman Power» et le droit à l’avortement.

Enfin, on y retrouve une fois de plus Jerome Robinson, détective pour l’agence Finders Keepers et écrivain à ses heures, ainsi que sa sœur Barbara, alias Barb, une poétesse à succès qui se verra offrir une opportunité en or, celle de côtoyer Sista Bessie, une diva de la musique soul qui aimerait mettre en chanson l’un de ses poèmes, alors qu’elle entreprendra, d’ici peu, son grand coming back.

Même si Jerome et Barbara jouent un rôle plutôt secondaire dans cette histoire, reste que c’est un plaisir renouvelé de les voir évoluer ici. Et la familiarité qui règne entre eux fait toujours plaisir à lire. Que ce soit le «True, boo» de Hols (Exact, mon pote) ou le fameux «Hollyberry», surnom donné à Holly par Jerome, Stephen King s’amuse avec ses personnages, leur donnant ainsi plus de légèreté et d’humanité.

King n’a plus réellement la main pour écrire des histoires d’horreur qui secouent. Holly est l’exception à la règle. Il se plaît, désormais, à faire évoluer ses personnages d’une histoire à l’autre – signe qu’ils restent en vie! –, et il insère une touche d’humour çà et là dans un suspense qui n’a pourtant rien de drôle.

Personnellement, cette phrase m’a fait décrocher un rire spontané: «Il grimace, décolle son ventre de femme enceinte de la chaise longue et lâche un chapelet de pets sonores. Quand ils atteignent les narines d’Izzy, elle se dit que l’odeur pourrait faire cloquer la peinture.»

Or, là où l’écrivain vient percuter de plein fouet nos cordes sensibles, dans ce plus récent polar, c’est dans son ancrage direct avec l’actualité: l’image du tireur fou qui tue des victimes au hasard, ce n’est pas sans rappeler ces terribles tragédies qui secouent les États-Unis, que ce soit dans les établissements scolaires, les églises ou dans la rue. Les positions d’extrême droite des médias américains, aussi, viennent secouer les idéologies en place avec leurs discours radicaux. Et que dire de ces églises ultraconservatrices qui pullulent chez nos voisins et qui distillent leur venin dans la tête de leurs fidèles?

En somme, avec Ne jamais trembler, Stephen King offre un bon suspense que j’oserais qualifier de «valeur sûre», en ce sens qu’il contient juste assez de rebondissements pour nous tenir en haleine jusqu’au bout. Mais il faut s’armer de patience, car ce sont surtout les cent dernières pages qui installent un rythme soutenu, jusqu’à une finale qu’on voit toutefois voir venir de loin.

Ne boudez pas votre plaisir, lisez-le, mais ne vous attendez juste pas au roman de l’année.

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