«Nina Roza» de Geneviève Dulude-De Celles: quand le passé ressurgit dans notre esprit – Bible urbaine

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«Nina Roza» de Geneviève Dulude-De Celles: quand le passé ressurgit dans notre esprit

«Nina Roza» de Geneviève Dulude-De Celles: quand le passé ressurgit dans notre esprit

Une œuvre profondément contemplative et émotive

Publié le 21 avril 2026 par Maxance Vincent

Crédit photo : Colonelle Films @ Tous droits réservés

Depuis sa première mondiale à la Berlinale, le nouveau long métrage de la réalisatrice québécoise Geneviève Dulude-De Celles, «Nina Roza», brille sur la scène internationale. Lauréat de l’Ours d’argent pour la meilleure scénarisation (l’Ours d’or a été remporté par İlker Çatak pour son film «Yellow Letters»), la plus récente œuvre de la réalisatrice d’«Une colonie» nous plonge dans les pensées tourmentées de son protagoniste, lequel est rattrapé par son passé lorsqu'il doit voyager en Bulgarie, son pays natal, dans le cadre de son emploi.

Mihail (Galin Stoev) est un curateur pour un musée d’art à Montréal et il vit au Québec depuis plus de trente ans. Ce dernier vient de Bulgarie, mais il ne veut rien savoir de son ancienne vie ni même de sa famille, qui, elle, n’a jamais quitté son pays.

Comme spectateur, on ne comprend pas exactement pourquoi il réprime tous ses souvenirs de sa vie en Bulgarie ni la raison qui le pousse à utiliser le nom de Michel au travail. Il refuse même de montrer à son petit-fils des souvenirs de sa vie d’alors qu’il a vécue avec son épouse et sa fille, Rose (Michelle Tzontchev), avant d’immigrer au Canada.

Colonelle Films @ Tous droits réservés

Lorsque le patron de Mihail, Christophe (Christian Bégin), tombe sur une vidéo virale montrant les talents d’artiste de Nina (jouée par les sœurs jumelles Ekatarina et Sofia Stanina), une jeune fille bulgare de huit ans dotée d’un talent inné pour la peinture, il est contraint de se rendre au pays pour aller à sa rencontre.

Alors qu’au départ, il est venu seulement pour vérifier si les talents de Nina sont légitimes, Mihail devient alors hanté par les fantômes de son passé et n’a plus d’autre choix que de confronter directement son ancienne vie.

Une expérience de visionnement qui se déploie à travers le protagoniste

Geneviève Dulude-De Celles n’offre pas de réponses claires sur le passé auquel Mihail cherche à échapper dans Nina Roza. Cependant, elle nous fait vivre la perspective de son protagoniste en laissant parler ses (longs) silences davantage que ses mots.

En effet, nous voyons, dans ses yeux, que ce n’est pas une joie pour lui de retourner en Bulgarie ni même de tenter d’appeler sa sœur, qui vit toujours là-bas. Même lorsque son patron Christophe lui dit de profiter du temps qu’il passe au pays, le protagoniste préfère rester dans sa chambre d’hôtel, une cigarette au bec, à regarder le temps passer.

Lorsqu’il rencontre Nina, Mihail voit de nombreuses similitudes entre ses désirs et ceux de Rose (son nom de naissance étant l’appellation bulgare «Roza», d’où le titre du film). Le passé vécu par sa fille en Bulgarie n’est qu’un souvenir lointain qu’elle essaie de transmettre à son fils, mais Mihail n’est pas friand à l’idée de faire découvrir son héritage familial à son petit-fils.

Colonelle Films @ Tous droits réservés

Il y a, certes, des raisons politiques qui peuvent être compréhensibles (la Bulgarie a été un État totalitaire de 1946 à 1990, et les citoyens porteront toujours une part sombre de cette histoire), mais cela n’explique pas la raison pour laquelle le protagoniste ne souhaite pas discuter des moments joyeux qu’il a passés aux côtés de Rose lorsqu’elle était petite, et son épouse, qui apparaît parfois dans son esprit et qu’il essaie rapidement d’effacer.

Avec Nina, Mihail réalise qu’il a commis des erreurs et n’a d’autres choix que de réparer les ponts qu’il a brisés, puisque ces visions cauchemardesques vont continuer de le tourmenter s’il ne se décide pas d’enfin reconnaître d’où il vient. Cela est habilement mis en scène par un langage visuel immersif qui nous plonge directement dans la psyché subjective de Mihail, où il voit des revenants partout où il passe en Bulgarie.

Il en résulte, évidemment, une panoplie de séquences fort émouvantes menant vers le dénouement, au cours duquel ce dernier débat intérieurement de l’idée de discuter directement avec sa famille, et même d’acheter les tableaux de Nina à Montréal, car son art est très personnel.

L’artiste de huit ans refuse de partager son œuvre avec une curatrice italienne (jouée par Chiara Caselli) qu’elle appelle «la sorcière» et préfère brûler ses peintures, plutôt que de quitter sa Bulgarie natale pour étudier l’art à l’étranger.

Une performance exceptionnelle de Galin Stoev donne tout son sens à Nina Roza

Issu du monde du théâtre, le jeu très subtil de l’acteur Galin Stoev est presque entièrement ancré dans son faciès. Oui, il y a plusieurs scènes dialoguées entre Mihail et les citoyens du petit village où Nina habite, mais celles-ci n’ont pas le même poids que lors des moments où Dulude-De Celles se concentre sur l’intériorité du protagoniste.

Colonelle Films @ Tous droits réservés

Stoev incarne des décennies de douleur et de cauchemars à travers ses expressions faciales qui trahissent toujours ce qu’il dit par les mots. C’est une performance qui est très complexe et qui requiert un degré d’interprétation assez précis. Mais l’acteur réalise ce défi avec brio et donne tout son sens au récit interrelié entre Nina et Roza.

Malheureusement, la réalisatrice menace un peu son propre scénario vers la fin du film lors d’une conclusion relativement conventionnelle qui n’offre pas la même charge émotionnelle que les cauchemars évocateurs du personnage principal. Cela dit, nul ne peut ignorer un récit qui se concentre davantage sur les émotions et sur ce que son protagoniste ressent au plus profond de lui.

Reste qu’il est dommage que le film glisse autant dans la facilité à ce moment-là.

Nina Roza reste néanmoins un excellent film québécois, ce qui est, à mon avis, très rare de nos jours. Cette œuvre démontre bien les talents que possède Geneviève Dulude-De Celles derrière la caméra, et encore plus que dans Une colonie, son entrée dans l’univers du long métrage de fiction.

Arrivé à la fin du film, j’ai déjà hâte de voir son prochain qui, sans aucun doute, sera fort probablement plus exceptionnel encore que celui-ci…

Le film «Nina Roza» de Geneviève Dulude-De Celles en images

Par Colonelle Films @ Tous droits réservés

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