CinémaCritiques de films
Crédit photo : Laurence Grandbois Bernard
À l’entrée de la salle, on nous attendait: Lyraël Dauphin, Debbie Lynch-White, Ximena Ferrer, Samantha Fins, Juliette Gosselin, la comédienne-scénariste Gabrielle Côté, et la cinéaste Mélanie Charbonneau.
Sourires d’une oreille à l’autre, énergie de gang, rires qui fusent sans retenue. Elles posent pour des photos avec nous, elles prennent ce temps-là, sincèrement présentes, comme si nous faisons un peu partie de leur équipe. Déjà, on sait qu’on vit quelque chose de big.

Photo: Danny Taillon
Avant le film, la réalisatrice Mélanie Charbonneau a remercié l’une des trois productrices, Stéphanie Pages, ainsi que les membres de l’équipe qui étaient présents sur place: Suzie, Mélissa, Kim, Roxanne et Simone.
Devant nous, Gabrielle Côté a lancé qu’elle est heureuse de faire partie de ce film sportif entièrement féminin. Puis, chacune leur tour, elles ont raconté, presque toutes d’un même souffle, le plaisir immense qu’elles ont eu à tourner ce film, à se retrouver dans cette création résolument féminine, sportive, puissante. Déjà, elles résonnent.
On nous a aussi annoncé une surprise: cinq Post-it ont été cachés sous les bancs, échangeables contre des prix. Personne n’en trouve. C’est le bordel total. Les filles éclatent de rire, et nous aussi. Finalement, elles nous ont demandé de nous faire entendre pour gagner. Moment cacophonique pour nous réchauffer, clin d’œil aux Post-it inutiles du pilulier dans le film.
C’est signé: on s’apprête à assister à une œuvre vivante, drôle, humaine.
Et puis, le film commence. Le visage d’Antoine Bertrand apparaît et on comprend d’emblée que la distribution a été choisie avec un soin immense. Au Québec, on a nos chouchous, nos figures familières, et Les furies en aligne une brochette impressionnante. Ils sont tous excellents, tous à leur place.
L’histoire s’ouvre sur une bagarre entre Mélissa et son demi-frère Antoine. Mélissa, condamnée à faire des travaux communautaires au sous-sol de l’église, y débarque accompagnée de sa sœur Cassandre (incarnée par une Anne-Élisabeth Bossé absolument hilarante) et de ses jumeaux. Parmi eux, Arthur Arsenault, jeune acteur qui crève littéralement l’écran chaque fois qu’il y apparaît.

Photo: Danny Taillon
Sur place, Mélissa rencontre Léa, coupable d’avoir cassé des palettes en donnant un coup de tête à une coéquipière de cheerleading; Yvette (France Castel), qui doit aussi purger des travaux communautaires; et deux femmes supervisant tout ça, Janine (Thérèse Perreault) et Denise (Carmen Sylvestre).
Très vite, on réalise: Mélissa n’est pas du genre à tricoter tranquille. Elle bouille, a besoin d’action. Et quand Yvette, ancienne championne de roller derby, suggère de lancer une équipe, l’idée s’enracine immédiatement. Elles ne sont pas assez de joueuses? Elles en trouveront. Elles n’ont aucune expérience? Elles apprendront. Il y a chez elles une urgence de vivre qui déborde, une envie de se donner une place que personne ne leur donne.
C’est en sortant de cette première rencontre que Mélissa retrouve son pick-up peinturé du mot guedaille, signé de son demi-frère Antoine, encore amer en raison de l’héritage de la compagnie du père. Le film joue constamment entre humour franc, blessures familiales et tendresse.
On retrouve ensuite Yvette dans sa chambre à la résidence où Simone, son infirmière, la gronde parce qu’elle n’a encore pas pris ses pilules, malgré un Post-it sur le pilulier. Clin d’œil parfait à ceux qui n’ont jamais été placés sous les bancs avant la projection!
Les filles recrutent: Suzie la policière brute; Roxanne l’ancienne patineuse; Sonia la dame du casse-croute; Kathleen la barmaid; Amira l’éducatrice en garderie; Simone l’infirmière. Une parfaite mosaïque de femmes, de vies, de forces. Et quand retentit la chanson «Flashdance… What a Feeling», on sait qu’on est en train de voir naître une équipe, mais aussi quelque chose de plus grand: un groupe qui s’est choisi.
Cassandre, jouée par Anne-Élisabeth comme on l’aime, inattendue, vole chaque scène. Sandrine Bisson, déjantée, également. Elles livrent des répliques qui feront rire même les plus difficiles d’entre nous.

Photo: Laurence Grandbois Bernard
Les étapes pour réussir à former l’équipe s’enchaînent. Elles ne savent pas patiner? Elles apprennent. Elles n’ont pas les techniques? Elles échouent, elles recommencent. Elles ont tout réussi, sauf la whip, jusqu’à ce que Kim, l’éboueuse, arrive comme dernière pièce du casse-tête.
Survient alors une grosse chicane. L’équipe éclate. Mélissa rentre chez elle, se heurte à son ex, et finit par laisser tomber la façade. Elle se bat parce que personne d’autre ne le fait à sa place. Et là, sans qu’on s’y attende, le film nous tombe droit dans le cœur. Parce qu’on a toutes été Mélissa, un jour ou l’autre. Fatiguée, mais encore debout. Blessée, mais encore là.
Yvette fait une absence. La démence gagne du terrain. On la retrouve, vulnérable, fragile. Les filles accourent. Elles s’unissent à nouveau. Elles décident de continuer. Pour elle. Avec elle.
La partie finale, disputée dans le sous-sol de l’église, est à la fois touchante, drôle, exaltante. Le lieu est plein. Les Furies gagnent grâce à un dernier tour de piste d’Yvette. Et ça se termine sur ses mots: «On fait ça maintenant. On se reposera plus tard».
Et je pense que c’est ce qu’on a tous ramené chez soi. Cette urgence douce. Cette envie d’être vivant tout de suite. Cette conviction qu’on a le droit d’être en furie, dans le meilleur sens du terme, gonflé de courage, d’amitié, de rires, de solidarité.
Les furies est un film qui fait du bien. Qui fait rire. Qui fait réfléchir. Qui rappelle qu’on peut toujours apprendre. Et, surtout, qu’on peut choisir sa gang.
Allez voir ça. Vous vous reposerez plus tard.
Le film «Les furies» de Mélanie Charbonneau en images
Par Danny Taillon et Laurence Grandbois Bernard
L'avis
de la rédaction



