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Crédit photo : Sasha Onyshchenko
Un nouveau succès pour Côté danse
Fondée en 2021 par l’émérite danseur et chorégraphe Guillaume Côté, la compagnie Côté Danse est la force créatrice derrière cette nouvelle œuvre originale. Après sa production réimaginée d’Hamlet en 2024 (avec une mise en scène de Robert Lepage), Côté Danse nous offre ce mois-ci Burn Baby, Burn.
Aussi enflammée qu’audacieuse, la production repousse les codes de la danse contemporaine et mélange astucieusement différents styles.

Photo: Sasha Onyshchenko
Premier danseur du Ballet national du Canada pendant des années, Guillaume Côté est fréquemment cité comme l’un des meilleurs danseurs masculins de sa génération. Or, il a ici choisi de se concentrer uniquement sur la chorégraphie. Ainsi, pour la première fois de l’histoire de Côté Danse, il ne fait pas partie de la distribution.
Le résultat est époustouflant et mature, ne laissant planer aucun doute sur la grande expérience de son créateur. L’interprétation par les neuf danseurs composant la troupe est épatante et tient les spectateurs en haleine tout au long de l’heure du spectacle.
Une pièce en crescendo
La chorégraphie est extrêmement exigeante physiquement. La pièce alterne en effet entre des moments d’agitation frénétique et des parties lentes requérant un immense contrôle.
Après un départ plus lent, avec un interprète à la fois sur la scène, Burn Baby, Burn accélère soudainement. Pendant plusieurs minutes, les neuf danseurs se déchaînent sur scène. Des mouvements saccadés et brusques se succèdent avec une vélocité fulgurante. Les sauts puissants et le pantomime survolté s’enchaînent avec une énergie bouillonnante. La violence des mouvements semble incontrôlable et excessive: les interprètes se jettent au sol, portés par l’élan fougueux, presque maniaque, de la chorégraphie.
L’énergie et la force démontrées par les danseurs relèvent de l’exploit. Ces passages de mouvements débridés et fiévreux semblent repousser les limites du corps humain et sont exécutés avec une synchronicité prodigieuse.

Photo: Sasha Onyshchenko
L’impression qui s’en dégage rappelle l’effervescence impétueuse du feu, mais aussi celle de notre société de consommation, en pleine accélération, inarrêtable. L’effet est volontairement anxiogène et épuisant, comme l’est notre crainte collective des changements climatiques.
Puis, lorsque le paroxysme de ces moments d’exaltation surchauffée semble atteint, les danseurs enchaînent avec des passages qui, au contraire, sont tout en contrôle et en lenteur. Même après de longues minutes de danse enflammée et exténuante, la maîtrise des corps est totale. Aucune faiblesse n’est perceptible, alors que les interprètes exécutent des portés acrobatiques et des mouvements aussi originaux que sensuels.
La flexibilité, comme la force des danseurs, sont ahurissantes.
La frénésie et le contrôle se succèdent ainsi tout au long de la pièce, montant en intensité. Les interprètes exécutent sans faute la chorégraphie exigeante. Le résultat est un maelström hypnotisant qui confère une force poignante au tableau final, plus contemplatif.
Une métaphore incandescente de la crise climatique
Le thème des changements climatiques peut être délicat à aborder au sein d’une œuvre. Il s’agit d’un enjeu important, dont la complexité gargantuesque n’est pas toujours facile à exprimer artistiquement sans verser dans la sursimplification ou dans le mélodrame.
La ligne entre optimisme naïf ou pessimisme accablant peut être difficile à naviguer.
Or, pour Burn Baby, Burn le pari de ce thème ambitieux est extrêmement réussi. Guillaume Côté se sert avec brio des forces inhérentes au médium de la danse pour approcher le sujet. La signification précise de chaque portion demeure ouverte à l’interprétation.

Photo: Sasha Onyshchenko
Il n’y a pas une seule trame narrative évidente guidant le spectacle. Burn Baby, Burn s’appuie plutôt sur la passion de ses mouvements tantôt frénétiquement désespérés, tantôt lents et contrôlés. L’émotion et l’abstraction priment d’une manière propre à la danse.
De cette œuvre contrastée découle une profonde résonance émotive. Le spectateur doit réfléchir pour construire sa propre exégèse. Cette liberté d’interprétation, combinée à la puissance dégagée par la chorégraphie, pousse le spectateur à s’interroger sur ses propres émotions face à la menace climatique.
L’originalité de la chorégraphie, les prouesses physiques et l’enthousiasme des danseurs évitent de rendre l’œuvre lourde et inaccessible. Cependant, quand, par un brillant jeu d’éclairage, l’attention se retourne dans le dernier instant vers le public, impossible d’ignorer le message environnemental de la pièce.
Burn Baby, Burn continuera certainement de hanter plus d’un spectateur bien longtemps après la tombée du rideau.
Un style contemporain aux inspirations classiques dans une production minimaliste
Le spectacle brille aussi par la simplicité de sa mise en scène, qui conserve l’attention là où elle doit l’être: sur les thèmes, sur la chorégraphie époustouflante et sur la force des danseurs qui l’interprètent.
Le décor est minimaliste, gardant tous les yeux de la salle dirigés sur les danseurs. Les jeux de lumière par Simon Rossiter sont léchés, précis et dramatiques, sans détourner l’attention. Les costumes, conçus par Yso South, sont relativement sobres, mais très efficaces pour accentuer les mouvements des danseurs et guider les regards.
L’utilisation du rouge pour symboliser le feu, autant dans l’éclairage que dans les costumes, ajoute un fil conducteur cohérent au design du tableau. Ces accents vifs sont employés avec une retenue qui rend les endroits où ils apparaissent encore plus puissants.

Photo: Sasha Onyshchenko
La musique originale d’Amos Ben-Tal est aussi une grande force. Contemporaine et rafraîchissante, elle est, à l’image de la chorégraphie, pleine de contrastes intéressants.
Côté Danse offre à Guillaume Côté la liberté de se délier des codes plus classiques de la danse pour créer une œuvre originale redéfinissant le potentiel de cette forme d’art. Burn Baby, Burn est en effet un parfait exemple de l’ingéniosité déployée lorsqu’un artiste expérimenté jouit d’une grande liberté artistique.
Le spectacle est présenté à Montréal jusqu’au 29 novembre au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, ainsi que le 10 décembre au Théâtre de la Ville de Longueuil. La prestation du 29 novembre est offerte avec une audiodescription en direct pour les personnes aveugles ou malvoyantes. Une œuvre de danse à ne pas manquer!
Le spectacle «Burn Baby, Burn» de Guillaume Côté en images
Par Sasha Onyshchenko
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Photo: Sasha Onyshchenko -
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