Combat dans le ring: «Sans soleil, tomes 1 et 2» vs «Rouge Karma» de Jean-Christophe Grangé – Bible urbaine

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Combat dans le ring: «Sans soleil, tomes 1 et 2» vs «Rouge Karma» de Jean-Christophe Grangé

Combat dans le ring: «Sans soleil, tomes 1 et 2» vs «Rouge Karma» de Jean-Christophe Grangé

Et vous, lequel avez-vous préféré?

Publié le 4 novembre 2025 par Éric Dumais

Crédit photo : Tous droits réservés @ Éditions Albin Michel

La dernière fois que j’ai lu Grangé, ça remonte au COVID, en 2020, avec Le jour des cendres. Comme cet auteur fait partie de mes totems sacrés du monde du polar – aux côtés de Viveca Sten, Maxime Chattam, Jussi Adler Olsen, Frank Thilliez et Lars Kepler – j’étais plus que dû pour fouler à nouveau le sol cahoteux de son univers, surtout que j’avais accumulé un retard évident. Aujourd’hui, j’arbore ce sourire de satisfaction que vous ne voyez peut-être pas, chers lecteurs, mais qui est bien là, pourtant, car j’ai lu d’une traite les deux tomes de «Sans soleil», parus cette année, et «Rouge Karma», en 2024. Et, laissez-moi vous dire que j’en ai parcouru des kilomètres à partir de mon canapé!

C’est d’ailleurs l’un des points forts de Jean-Christophe Grangé: l’écrivain français de 64 ans, qui m’a toujours fasciné avec ses dialogues aussi aiguisés qu’un scalpel, a cette facilité de nous immerger aux quatre coins du globe, comme s’il avait un plan de Google Maps imprimé dans la tête.

Il bouscule sans scrupule ses protagonistes pour les envoyer à l’autre bout du monde sauver des vies, au risque et péril de la leur, pour partir à la recherche d’un tueur sadique, qui lui a perdu le nord.

Dans Sans soleil, l’action démarre à Paris, mais à un moment du récit, on quitte la cohue et les coups de klaxon pour la chaleur ardente du Sahara, au Niger, puis l’exotisme de Tanger, au Maroc. Et enfin, la cambrousse africaine, parce qu’il n’y en aura pas de facile. Dans Rouge Karma, le rideau se lève également sur la Ville lumière, mais dans un tout autre contexte historique. Cette fois, Paris est fourmillante de grévistes. Et plus tard, on a à peine eu le temps de cligner des yeux qu’on est déjà rendu à l’autre bout du monde, à Calcutta, puis à Bénarès, en Inde, avec un détour à Rome pour mettre le point final à une enquête d’une complexité sans nom.

Pour qui aime se dépayser, Grangé est une valeur sûre.

«Mais d’où provient une telle violence, une telle haine? Depuis quand, à Paris, débite-t-on les mourants à coups de machette?»

Avec sa saga en deux tomes, intitulée Sans soleil: le roi des ombres et Sans soleil: disco inferno, Jean-Christophe Grangé nous plonge au commencement des années 1980, en France, à l’ère de l’avènement du socialisme et de François Mitterand à la tête de la République française. Ça, c’est ce que l’on sait. Mais en trame de fond, un mal étend son venin insidieusement dans la société et plusieurs citoyens – majoritairement des personnes issues de la communauté homosexuelle – développent des symptômes inquiétants, avant de tomber comme des mouches.

Ce mal finira par avoir un nom qui fait l’unanimité: sida.

Mais le pire dans tout ça, c’est que non seulement les personnes qui en sont atteintes déclinent jusqu’à une mort certaine, mais un tueur d’une brutalité sans nom semble animer d’une vendetta qui donne froid dans le dos: il découpe à coups de machette ses victimes, pourtant déjà condamnées par la maladie, comme pour les faire expier plus vite. Mais pourquoi les envoyer valser plus vite vers la mort, alors qu’elle est imminente?

«Le tueur, pour une raison inimaginable, a décidé de s’attaquer à ces malades d’un type nouveau. Est-il contaminé lui aussi? Veut-il se venger de ses anciens amants? Ou au contraire, éradiquer ces immunodéprimés qui, à ses yeux, portent la marque de leurs péchés?» Nul ne le sait… Enfin, moi, je le sais, mais je ne piperai mot!

Et qui sont les héros de cette histoire? Daniel Ségur, diplômé de la faculté de médecine de Paris et expert en maladies tropicales, Patrick Swift, inspecteur principal à la Crime, ainsi que Heidi Becker, une amie proche du Chilien Frederico, Garzon, l’une des premières victimes à connaître les foudres du tueur sadique.

Et le pauvre homme aura souffert avant de rendre son dernier souffle… Et ce ne sera pas le dernier, hélas.

Dans Rouge Karma, paru l’année précédente, Jean-Christophe Grangé ne fait pas dans la dentelle non plus et il ne ménage pas nos nerfs déjà à vif.

De fait, l’écrivain nous plonge en pleine cohue, dans le Paris bruyant et chaotique de Mai 68, à l’époque où « l’ambiance était au couvre-feu, à la peur, à la guerre ». Partout, des poubelles renversées, des pancartes arrachées et des brasiers allumés qui diffusent une odeur de cramé dans les airs, bref, l’heure n’est pas à la bonne entente collective, et un vent de révolution souffle fort sur la Ve République, laquelle, à l’instar d’un vase sur un coin de table, vacille jusqu’à finir par terre en mille miettes.

Et nous, comme lecteurs, on se retrouve, hagards, dans les rues fourmillantes de la ville, immergés au cœur du chaos: ça court de partout, ça gueule à qui mieux-mieux, ça serre les poings de fureur, et ça casse. Tout.

Au détour d’un point névralgique de la capitale – la gare de Lyon, la Bastille ou encore la Bourse, on croise la route de Jean-Louis Mersch, flic qui se retrouvera non seulement coincé parmi tous ces manifestants qui ont la rage au cœur, mais il héritera en prime d’une enquête qu’il n’avait pas vu venir: une jeune manifestante, Suzanne Girardon, a été retrouvée morte, complètement dénudée et mutilée, dans une position de yoga où la scène, d’une théâtralité morbide, montre en gros plan ses tripes qui pendouillent. C’est déstabilisant d’horreur, c’est écœurant.

Mais la dure réalité, c’est qu’elle ne sera pas la seule et qu’un assassin animé d’un terrible dessein meurtrier court toujours. Mersch devra donc l’arrêter avant que les macchabées s’entassent. Et pour ce faire, il n’est pas tout seul: ses acolytes, Hervé, qui s’avère être son demi-frère, et Nicole, l’une des amies de la victime, tenteront par tous les moyens de faire la lumière sur les crimes atroces commis sur des étudiants.

Comme vous pouvez le constater, bien que les personnages et les enquêtes diffèrent à travers ces deux enquêtes où l’horreur atteint le même sommet, Jean-Christophe Grangé semble particulièrement attaché à ce concept de trinômes.

Or, moi, ça m’a fait tiquer, car ces associations sont carrément irréalistes (et je n’aime pas les non-sens): pourquoi l’auteur tient-il autant à impliquer des citoyens lambdas au cœur d’enquêtes policières dangereuses, alors qu’il y a des gens spécialisés dont c’est le métier d’aller se jeter dans la gueule du loup?

Autant dans Sans soleil que dans Rouge Karma, j’ai trouvé que c’était complètement tiré par les cheveux que des personnages, comme Hervé ou Nicole, ou encore Ségur et Heidi, participent à une chasse aux tueurs en série, alors qu’ils n’ont aucune expérience en la matière. Et le pire dans tout ça? C’est l’inspecteur responsable de l’enquête lui-même qui leur a tordu un bras, lui qui aurait tout intérêt à collaborer avec des pros.

Bref, à part cet élément qui m’a légèrement irrité, je dois admettre qu’il m’est difficile – comme avec ce combat dans le ring lors duquel j’ai opposé deux romans de Maxime Chattam (qui ont d’ailleurs fini ex æquo) – de déclarer un gagnant. Ce sont tous deux d’excellents thrillers.

Cela dit, c’est la saga Sans soleil qui marque le plus de points à mon sens, car le travail fouillé de l’auteur, la psychologie détaillée des personnages, et l’action qui déboule au fil de cette fresque de plus de 800 pages est un incontournable pour les amateurs de sensations fortes.

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