«Ballad of a Small Player»: une nouvelle adaptation médiocre signée Edward Berger – Bible urbaine

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«Ballad of a Small Player»: une nouvelle adaptation médiocre signée Edward Berger

«Ballad of a Small Player»: une nouvelle adaptation médiocre signée Edward Berger

Un acteur de la trempe de Colin Farrell mérite mieux que ça!

Publié le 29 octobre 2025 par Maxance Vincent

Crédit photo : Netflix @ Tous droits réservés

Suite au succès qu’Edward Berger a obtenu aux Oscars avec son adaptation de «All Quiet on the Western Front» d’Erich Maria Remarque et «Conclave» de Robert Harris, le cinéaste allemand s'est maintenant tourné vers «The Ballad of a Small Player», œuvre du romancier britannique Lawrence Osborne. Il est clair qu’avec la crédibilité qu’il a acquise grâce à la presse et à l'enthousiasme du public, tous les yeux allaient être rivés sur lui, dans la hâte de savoir comment il a su transposer au grand écran un roman qui, psychologiquement parlant, repousse les limites.

Dans cette nouvelle adaptation, nous suivons «Lord Doyle» (joué par Colin Farrell, qui adopte ce faux nom pour une grande partie du film) à travers les multiples casinos de Macao, alors qu’il essaie, tant bien que mal, de payer les dettes qu’il doit à une panoplie d’individus. Or, le problème, c’est qu’il est un joueur compulsif qui aime miser gros. Lorsqu’il gagne une somme faramineuse, au lieu de se retirer dignement et de rembourser ceux qui le poursuivent pour lui régler son compte, il préfère continuer de jouer et de miser encore plus gros.

Malheureusement, nous savons tous que les histoires qui mettent en scène des joueurs compulsifs finissent toujours très mal, et celle-ci ne fait pas exception à la règle. Les mises de plus en plus risquées de Lord Doyle entraînent une perte presque totale de ses gains. N’ayant à peu près aucun argent pour maintenir son niveau de vie (il dépense à coups de bouteille de champagne, pots de caviar et boîtes de cigares coûteux), des objets de luxe qu’il n’aime même pas, souligne-t-il à plusieurs reprises!

Photo: Netflix @ Tous droits réservés

Doyle a besoin de jouer une dernière partie pour régler ses dettes et pour faire ses adieux au monde du jeu une fois pour toutes. Mais sera-t-il capable, surtout lorsque la présence potentielle d’un fantôme possédant l’esprit de Doyle se manifestera?

Fâcheusement, Berger n’est pas intéressé par cet aspect ni par la construction d’un récit qui confirme ses talents de cinéaste au grand écran (il était auparavant issu du monde de la télévision).

Un film visuellement attrayant, mais…

Je n’ai pas détesté All Quiet on the Western Front et Conclave, mais j’ai eu plusieurs réserves quant à la manière dont Edward Berger a mis en scène ses personnages et rythmé ses récits. Il y a divers aspects intéressants dans Conclave, mais qui sont vite supplantés par une histoire redondante qui contient des rebondissements à n’en plus finir, et plus invraisemblables les uns les autres. Et en plus, tous les plans, que je qualifierais de stériles, sont en réalité un copié-collé des images du Conformiste de Bernardo Bertolucci. Et avec All Quiet on the Western Front, on aboutit sur un dénouement qui n’offre pas le même poids émotionnel que celui ressenti à travers le roman de Remarque, ou dans le film oscarisé de 1930 de Lewis Milestone.

Ballad of a Small Player met de l’avant une esthétique plus dynamique que ces deux œuvres citées ci-haut. Edward Berger et son directeur de la photographie James Friend (qui a remporté l’Oscar en 2023 pour All Quiet on the Western Front) jouent avec les couleurs vives de l’environnement de Macao, comme pour inciter Lord Doyle à plonger dans un trou au fond duquel il n’y a aucune issue possible. En vrai, dans aucun plan on peut arriver à déceler la signature artistique du cinéaste allemand. Je suis encore en train de me demander ce que c’est vraiment, un film réalisé par Edward Berger, puisqu’il n’a jamais su développer une trame stylistique, et ce, même à travers les deux derniers opus qui lui ont valu beaucoup d’admiration.

Car il préfère citer des auteurs qu’il aime plutôt que d’offrir un film qui lui est propre.

Dans Ballad of a Small Player, tout est une copie conforme de Martin Scorsese, de Brian De Palma et de Michael Mann. Sans aucune honte. Il n’y a aucun désir de personnaliser les images, qui pourraient, en quelque sorte, servir de référents visuels pour que le cinéaste s’y inspire lorsque vient le temps de mettre en scène la descente aux enfers de Lord Doyle. Mais cela semble être la démarche de Berger: plagier le travail de grands cinéastes, sans chercher à comprendre le pourquoi de leurs images.

Photo: Netflix @ Tous droits réservés

Ainsi, on a donc droit à un film qui, certes, offre un jeu intéressant de couleurs et de compositions, mais malheureusement, on ne décèle aucune trace de symbolique derrière les plans représentés à l’écran. Surtout lorsqu’on se retrouve en présence du surnaturel et que Doyle voit son visage se distordre à travers le reflet des miroirs et qu’il perd la carte…

Reste que rien n’est développé au-delà de ce que Berger montre à la surface. L’histoire surnaturelle est incroyablement prévisible et nous mène à une révélation à la Sixth Sense qui ne fait pas vraiment de sens narratif ni dramatique, alors que les relations que Doyle entretient avec plusieurs personnages, notamment la détective Cynthia Blithe (Tilda Swinton), l’employée du casino Dao Ming (Fala Chen) et l’arnaqueur Adrian Lippett (Alex Jennings), n’ont en soi aucun impact concret dans la façon dont Doyle évolue au fur et à mesure que le récit progresse.

Qu’apprend le protagoniste sur lui-même en interagissant avec ces personnages? Et nous, qu’apprendrons-nous, en tant que public, sur son cheminement vers une vie où le jeu ne peut plus le contrôler?

J’essaie toujours de savoir ce qu’Edward Berger a souhaité raconter avec cette histoire complètement vide de substance visuelle, narrative et thématique. Et ce, même si Colin Farrell, quant à lui, est irréprochable dans ce rôle avec lequel il a visiblement eu beaucoup de plaisir. S’il y a bien au moins une bonne raison de voir ce film, c’est pour sa prestation de haut niveau, à la fois très drôle et émotionnellement marquante, surtout lors des dernières scènes.

Des acteurs de talent élèvent le scénario alambiqué de Rowan Joffé

En réalité, il n’y a pas d’acteur qui livre une mauvaise prestation ici. Edward Berger bénéficie, coup de chance, d’un statut crédible dans le milieu, depuis All Quiet on the Western Front, du moins assez pour attirer des artistes de renom. Cela dit, la quasi-totalité des acteurs de soutien sont gaspillés dans des rôles qui sont bien en deçà de leurs talents. Fala Chen, en particulier, est la plus grande victime de cette infraction. L’actrice hongkongaise mérite tellement mieux que d’être simplement réduite à une figure d’attraction pour Lord Doyle, utilisée comme une femme-objet, dans l’unique but de permettre au protagoniste d’entamer son voyage d’auto-actualisation dans un monde qui désire maintenant le rejeter.

Photo: Netflix @ Tous droits réservés

Hélas, Ballad of a Small Player est une autre œuvre ratée d’un cinéaste qui devrait commencer à tracer sa propre marque de commerce plutôt que de plagier des gens qui ont su, eux, développer leur style propre.

Cela dit, il y a peut-être une lueur d’espoir: la scène postgénérique du film offre un avant-goût de ce à quoi pourrait ressembler un film réellement signé par Edward Berger. Il ne reste plus qu’à souhaiter que sa prochaine adaptation, celle de The Riders de Tim Winton qu’il réalisera pour A24, et qui mettra en vedette Brad Pitt, sera cette fois la bonne.

Le film «Ballad of a Small Player» en images

Par Netflix @ Tous droits réservés

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