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Crédit photo : FilmNation Entertainment @ Tous droits réservés
L’aspect le plus «commercial» de Roofman est la présence de Channing Tatum qui interprète ici un personnage nommé Jeff, ce qui vient mettre à profit le succès qu’il a récolté avec 22 Jump Street et sa réplique la plus célèbre, «My name is Jeff». D’ailleurs, toute personne nommée Jeff peut voir le plus récent film de Derek Cianfrance gratuitement durant sa première fin de semaine.
Cela dit, c’est le seul élément que nous pouvons qualifier de réellement «grand public», comme la totalité de l’œuvre mélange efficacement le documentaire et la fiction pour brosser un portrait profondément humain sur une figure polarisante du monde du crime.

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Jeffrey Manchester, aussi connu sous le nom de «Roofman», a braqué plus de quarante succursales de McDonald’s avant d’être appréhendé par la police. Son modus operandi était simple: attendre la tombée de la nuit et entrer par le toit des établissements pour voler l’argent ayant été accumulé durant la journée. Après son service au sein de l’armée américaine, Manchester a de la difficulté à entretenir financièrement sa famille, c’est pourquoi il se tourne vers le cambriolage afin d’accumuler rapidement du fric et se sortir du gouffre dans lequel le monde du travail ne lui permet aucune issue.
Il retrouve ainsi sa joie de vivre et il peut maintenant assurer à ses enfants une meilleure qualité de vie qu’une rythmée par la douleur de la guerre et la culpabilité de ne pas être assez présent pour ce qui est le plus important pour lui.
Jusqu’au moment où il est condamné à subir une peine de 45 ans en prison…
Ancien soldat brillant et efficace, Jeffrey Manchester s’évade du monde carcéral et réussit à trouver un lieu où il se dissimulera six mois en cachette, en attente de son ami Steve (LaKeith Stanfield), qui va l’aider à quitter son lieu natal pour de bon et bâtir une nouvelle vie. Alors que la police est à ses trousses, Manchester se cache dans un Toys ‘R’ Us, à l’abri des employés et des gardes de sécurité.
Durant la journée, il dort dans un endroit où personne ne pourra le trouver.
La nuit, les caméras de surveillance désactivées lui permettent de se promener librement à l’intérieur du magasin. En espionnant les activités du magasin à travers des dispositifs de surveillance pour bébés, il commence à sympathiser avec plusieurs employés du magasin qui se tiennent debout contre leur patron abusif (joué par Peter Dinklage) et c’est ainsi qu’il se lie d’amitié avec Leigh Wainscott (Kirsten Dunst), allant même jusqu’à développer une relation amoureuse avec celle-ci.

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Un portrait complexe brouillant documentaire et fiction
Force est d’admettre, toutefois, que cela complexifie évidemment son désir de rester hors de la vue du public pour les six prochains mois, alors qu’il fréquente maintenant l’église où Leigh passe son temps et qu’il entretient un lien solide avec ses filles, Dee (Kennedy Moyer) et Lindsay (Lily Collias).
C’est ici que Derek Cianfrance brouille efficacement les frontières entre le documentaire et la fiction, puisqu’il accorde une place à plusieurs figures ayant fréquenté Manchester dans la vraie vie et qui vont, à travers leur rôle, dupliquer leurs interactions avec le «Roofman».
Par exemple, le conducteur du camion ayant mené à l’évasion de Manchester n’est pas un acteur – c’est la vraie personne qui conduisait le véhicule que Jeff a utilisé pour s’échapper de la prison! Idem lors d’une séquence durant laquelle Jeffrey rencontre plusieurs femmes célibataires, dont une ancienne détective, jouée par la personne qui a mené l’enquête qui a réellement mené à son arrestation.
Comme spectateur, sur le moment, nous ne réalisons pas que ce sont les vraies personnes qui ont côtoyé le cambrioleur, jusqu’à ce qu’on arrive à une scène post-générique qui révèle la grande majorité de celles-ci à travers un mini-documentaire sur leurs expériences réelles avec le «Roofman».
C’est une figure qui, à ce jour, fascine, puisqu’il ne correspondait pas au profil typique du cambrioleur: il était avenant et sympathique, et il regrettait amèrement tous les gestes qui l’ont mené à être incarcéré.
Mais à la façon dont Cianfrance le dépeint dans son long métrage, c’est comme si Jeffrey Manchester sentait qu’il n’avait pas le choix d’agir ainsi. Sa vie n’allait nulle part, ses enfants préféraient passer du temps avec son ex-femme (jouée par Melonie Diaz), au lieu d’entretenir une relation avec leur père, qui peine à gagner de l’argent.

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Channing Tatum livre l’une des meilleures performances de sa carrière
Ce n’est donc pas du tout surprenant si la majorité de Roofman – d’une durée de 2 h et 6 minutes – se déroule en tant qu’objet introspectif scrutant à la loupe Jeff en tant que figure humaine qui, malgré ses décisions irrationnelles, a toujours souhaité le meilleur pour sa famille et lui.
À ce titre, Channing Tatum est sans aucun doute le meilleur choix pour représenter les émotions complexes que ressent le protagoniste lorsqu’il choisit de s’isoler dans un magasin de jouets pendant six mois, tout en développant une liaison amoureuse qu’il ne devrait pas poursuivre. Alors que Tatum est davantage connu pour ses prestations plus comiques (dont 22 Jump Street et Deadpool & Wolverine), il reste un excellent acteur dramatique, et Cianfrance, à travers son scénario, met en lumière ses capacités à bon escient.
Son portrait de «Roofman» est un mélange de tout ce qu’il a accompli dans sa carrière: un peu d’humour, pour que nous puissions développer de la compassion pour son personnage, quelques scènes de poursuite, pour rehausser la tension et qui démontrent bien que la star de Magic Mike est encore capable de se tenir debout lors de scènes physiquement laborieuses, et beaucoup de textures dramatiques, pour offrir aux spectateurs un réel sentiment de proximité avec Manchester, qu’un documentaire basé avec uniquement des témoignages extérieurs ne pourrait pas offrir.
Channing Tatum possède également une chimie remarquable avec Kirsten Dunst, qui est tout aussi efficace dans le portrait d’une mère croyant avoir retrouvé l’amour, mais qui, en réalité, ne connaissait pas son amoureux du tout…
Dans Roofman, Cianfrance nous montre, à travers la figure d’un criminel notoire, qu’un simple acte de cambriolage peut être beaucoup plus complexe qu’il ne l’est en réalité. À travers la figure d’un bandit ultra-médiatisé se cache un être humain qui a été rejeté par un système qui est censé le servir et qui doit maintenant confronter le choix de ses actions afin de déterminer s’il veut réellement poursuivre une nouvelle vie, ou bien en bâtir une nouvelle avec une femme qu’il n’aurait jamais dû rencontrer.
Le réalisateur ne fait pas ici l’apologie des actes criminels de Jeffrey Manchester, et jusqu’au générique de fin, notre perception du protagoniste change drastiquement notre premier regard sur cette figure criminelle mythique. Certains ressentiront de la sympathie pour Jeff, alors que d’autres, plus sensibles, verseront peut-être même une larme à la fin du film. Et la quasi-totalité comprendra au moins les raisons qui l’ont poussé à commettre ses actes.

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Il est à espérer que nous n’aurons pas à attendre neuf ans pour le prochain film de Derek Cianfrance, un cinéaste qui, à travers quatre œuvres singulières, s’est taillé une place de choix au sein de l’industrie du cinéma américain.
Sa réalisation reste un peu plus «commerciale» ici, mais ce choix n’est jamais au détriment de son style naturaliste, qui apporte son lot d’émotions brutes à une histoire qui jette les projecteurs sur un personnage qu’aucun membre du public n’oubliera de sitôt lorsque les lumières de la salle se rallumeront…
Le film «Roofman» de Derek Cianfrance en images
Par FilmNation Entertainment @ Tous droits réservés
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