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Crédit photo : Warner Bros.
Le nom du président – et ceux des figures autoritaires qui dirigent le pays – n’est pas mentionné dans One Battle After Another, mais ça, ça n’a aucune importance. Ce qu’il faut retenir de la séquence d’ouverture, où un groupe de révolutionnaires nommés le «French 75» attaquent un camp de détention du ICE afin de libérer les immigrants qui sont détenus, c’est l’évidence même: l’Amérique représentée par Anderson à travers son film est dirigée par un président despote.
Qui plus est, les seuls qui se battent courageusement contre cet état totalitaire sont ceux qui font partie de ce groupe d’activistes disséminés un peu partout au pays, car les médias sont devenus un outil de propagande, et les simples citoyens ont désormais peur de connaître de violentes représailles s’ils osent se tenir debout devant leur gouvernement totalitaire.

Photo: Warner Bros.
Comme spectateur, nous ne voyons pas toute l’étendue du «French 75», car le réalisateur a préféré se concentrer sur trois personnages: un dénommé Bob Ferguson, joué par Leonardo DiCaprio (ce n’est pas son vrai nom), sa femme Perfidia Beverly Hills, interprétée par Teyana Taylor, et leur fille, Willa, ici jouée par Chase Infiniti.
La scène d’ouverture met également la table sur la tension dramatique qui enserre le cœur du récit, au moment où Perfidia rencontre Steven J. Lockjaw (Sean Penn), un colonel raciste qui, lors de cette séquence, supervise le camp que Bob et sa bande tentent de libérer.
Au lieu de raconter les événements du film de façon chronologique, Paul Thomas Anderson et son monteur Andy Jurgensen ont choisi de construire la première partie au sein d’un montage d’une durée d’une trentaine de minutes à l’intérieur duquel nous suivons Lockjaw qui tente de se venger du «French 75» en arrêtant – ou en tuant à bout portant – les figures clés du groupe.
Bob est maintenant forcé de se relocaliser, surtout après l’arrestation de Perfidia et de Willa, alors bébé, petite qui ne connaîtra jamais réellement sa mère. Seize ans plus tard, les tensions se sont de plus en plus intensifiées au sein du pays, et Bob, quant à lui, est devenu encore plus paranoïaque à l’idée que la quête de vengeance de Lockjaw ne soit pas réellement terminée.
Et il a raison, puisque le colonel souhaite joindre une société secrète de suprémacistes blancs, connus sous le nom «Christmas Adventurers Club», où le père Noël est vénéré comme une figure représentant les blancs d’Amérique. Les hauts placés de ce club sélect (dont l’un est joué par Tony Goldwyn) ont découvert un secret que Lockjaw aimerait garder pour lui.

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La nature de celui-ci ne sera pas divulguée au sein de cette critique, malgré le fait qu’Anderson ait confiance en l’intelligence de ces spectateurs qui, pour la plupart, n’auront aucun mal à faire quelques associations d’images entre Perfidia et Lockjaw lors des premières minutes du film, lesquelles ont un lien fort avec ce qu’il se passe du côté de Willa et Bob.
Un film d’action chargé politiquement parlant
À mon humble avis, One Battle After Another n’est pas le meilleur film de Paul Thomas Anderson, ni son adaptation d’un roman de Pynchon la plus réussie (Inherent Vice, en 2014, reste, selon moi, son plus grand chef-d’œuvre jamais réalisé!)
Cela dit, c’est une œuvre qui est politiquement parlant beaucoup plus courageuse qu’une bonne partie des films hollywoodiens au sein desquels les cinéastes préfèrent adopter une prise de position centriste, ou du moins «neutre», sur les enjeux politiques qu’ils illustrent, refusant de s’engager réellement dans ce qui est montré.
Superman de James Gunn en est un parfait exemple: le réalisateur baigne son récit dans un conflit géopolitique en ne disant absolument rien sur celui-ci. Or, Gunn, à moitié pardonné, est en train d’exprimer une prise de position assez frappante à propos de la montée du fascisme aux États-Unis dans la deuxième saison de Peacemaker, à travers l’image la plus puissante de sa carrière de réalisateur. Je n’ai pas de mal à croire que ça va certainement causer de vives réactions!
Sinon, dans One Battle After Another, les tensions politiques ne sont pas le sujet principal du film. Nous suivons plutôt Bob, qui essaie tant bien que mal de retrouver sa fille après que celle-ci ait dû fuir son école au moment où l’armée de Lockjaw a fait son entrée dans l’établissement. Ceci dit, le climat politique nourrit tout de même ce qui se déroule dans ce récit: les prises de position des protagonistes, le «service» que Lockjaw rend à son pays en éliminant les groupes activistes et en emprisonnant les immigrants et personnes racisées vivant aux États-Unis, sans oublier les images proposées par le directeur photo Michael Bauman, qui sont également très politisées.

Photo: Warner Bros.
En plein milieu d’une longue course-poursuite entre Bob, le senseï Sergio St. Carlos (Benicio del Toro), et l’armée de Lockjaw, nous tombons sur une émeute qui se déroule dans les rues de Baktan Cross, ville fictive située à mi-chemin entre le comté de Humboldt, en Californie, et la ville d’El Paso, au Texas, où des citoyens protestent contre l’utilisation excessive de la force et les arrestations illégales qui se déroulent depuis que le pays est entré dans le totalitarisme.
Ce n’est pas un avertissement à propos de «ce qui peut arriver» aux États-Unis, mais plutôt une réflexion sur ce qui s’y passe maintenant. Les signes étaient clairs lorsque Donald Trump était au pouvoir lors de son premier mandat, mais ils ont été vite ignorés, et ce, même après l’assaut du Capitole en 6 janvier 2021…
Il est impossible de regarder les événements qui se déroulent dans One Battle After Another – les activistes marchant le long du mur érigé par Trump séparant les États-Unis et le Mexique, le FBI qui procède aux arrestations de citoyens par le biais de moyens illégaux, la détention d’immigrants dans des conditions inhumaines – à l’Amérique d’aujourd’hui.
Même le public se concentrant entièrement sur les scènes d’action à haut déploiement, toutes incroyablement filmées en VistaVision, le deuxième film contemporain utilisant ce format après The Brutalist de Brady Corbet, ne peut ignorer la trame politique chère à cette œuvre. L’éviter volontairement en revient à rater l’essence même de ce qu’Anderson veut nous raconter.
L’écrivain Thomas Pynchon a écrit Vineland à une autre époque que celle qui est contextualisée dans One Battle After Another, mais le commentaire sur les tensions politiques reste le même, de Ronald Reagan à Donald Trump. Le reflet du trumpisme vu par Paul Thomas Anderson ne fait qu’ajouter une dimension moderne au film, lequel, malgré une technologie de captation primitive qui n’a pas été utilisée depuis One-Eyed Jacks de Marlon Brando, avant l’arrivée de The Brutalist, plongé dans le chaos de notre ère – du déclin de l’intelligence et de la pensée critique en raison des médias sociaux aux balados engagés animés par des activistes de la droite ou de la gauche.

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C’est un reflet de notre société qui est beaucoup plus puissant que celui mis en images dans Eddington d’Ari Aster, et en plus, il n’est jamais à l’avant-plan du récit.
Avant la sortie du film, certaines voix trouvaient «dangereux» qu’Anderson ose sortir un film reflétant notre époque à un moment où les tensions s’exacerbent depuis l’assassinat de Charlie Kirk. Dans une ère où ceux et celles qui critiquent le président Trump se font suspendre des ondes, il est impératif que le cinéma puisse montrer ce qu’il se passe.
Une distribution de haut calibre qui livre des performances foudroyantes
Une chance que le réalisateur a fait équipe avec une distribution de haut calibre pour intensifier ce film monumental d’une durée de 162 minutes! À commencer par la performance anxiogène de Leonardo DiCaprio, qui s’amplifie au fur et à mesure que le film progresse.
Mais ce dernier est constamment éclipsé par Sean Penn, qui livre ici la meilleure prestation de sa carrière dans le rôle d’un colonel terrifiant qui se transforme en un pur psychopathe lorsque le secret qu’il garde menace son avenir. Une séquence sortie tout droit de Terminator 2: Judgment Day de James Cameron (l’un des films préférés d’Anderson en passant) solidifie la performance de Penn, qui mérite largement d’être récompensé dans ce rôle de soutien.
Mais la plus grande révélation est sans aucun doute Chase Infiniti. Déjà, son nom – une combinaison d’un des personnages de Nicole Kidman, Chase Meridian, dans Batman Forever, et de la phrase «To infinity and beyond» de Toy Story (sans blague!), la positionne déjà comme une star en devenir. Et sa performance exceptionnelle dans ce film confirme qu’elle aura une carrière (très) longue à Hollywood. La confrontation qu’elle entretient avec Sean Penn – dans une scène d’une grande tension dramatique qui propulse le film vers son dénouement explosif – est une parfaite démonstration de son talent. Aussi, la chimie qu’elle entretient avec DiCaprio est exquise, même s’ils sont quasiment séparés tout le long.

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One Battle After Another, c’est en définitive un film qui va clairement provoquer – et c’est son but. Paul Thomas Anderson ne cache pas son idéologie ni ses sentiments à l’égard d’une Amérique aussi polarisée et en déclin. À travers cette œuvre angoissante, morbidement comique et engagée, nous regardons à travers un miroir qui reflète efficacement ce qu’il se passe aux États-Unis. Et cela devrait nous terrifier!
Il est encore trop tôt, selon Anderson, pour savoir si une révolution aura lieu dans un futur proche, mais si les citoyens finissent par se lever contre la dictature en place, il n’y aura aucun gagnant, et cela pourrait même provoquer «une bataille après l’autre»…
Le film «One Battle After Another» en images
Par Warner Bros.
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