«Dans la peau de...» Marie Demers, auteure qui croit dur comme fer que les contraires n'existent pas – Bible urbaine

LittératureDans la peau de

«Dans la peau de…» Marie Demers, auteure qui croit dur comme fer que les contraires n’existent pas

«Dans la peau de…» Marie Demers, auteure qui croit dur comme fer que les contraires n’existent pas

Parce qu'au fond, on se construit (souvent) à travers l'autre

Publié le 12 septembre 2025 par Éric Dumais

Crédit photo : Justine Latour

Chaque semaine, tous les vendredis, Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur la personne interviewée et de permettre au lecteur d’être dans sa peau, l’espace d’un instant. Aujourd’hui, on a eu le bonheur de rencontrer à nouveau Marie Demers – après un hiatus de quatre ans – pour jaser de la parution récente de son nouveau roman pour adultes, «Coco», qui marque, du même coup, la fin d'une trilogie qui aura tenu en haleine ses lecteurs et lectrices pendant sept années! Après «Leslie & Coco» et «Leslie», l'auteure nous parle des grands thèmes qui occupent une place de choix au sein de ce troisième tome qu'on vous recommande de lire sans tarder!

Marie, ah, si tu savais: nous avons pris goût – et on espère que, toi aussi – à ces discussions à saveur littéraire autour de chacune de tes parutions! La dernière fois qu’on a jasé, c’était autour de Les détournements, un livre cathartique qui t’a éloignée, un temps, d’une trilogie qui a séduit le public avec, comme héroïnes, Leslie et Coco! À ce stade-ci de ta carrière d’autrice, quel regard portes-tu sur l’écriture, et celui-ci a-t-il évolué, depuis?

«Ma vision de l’écriture, de ma place dans le milieu littéraire, et mon rapport à la réception aussi, ont beaucoup évolué, je pense, depuis quelques années. Plus on a d’attentes, plus elles risquent d’être déçues. Ça peut vite devenir très douloureux, et même très aliénant, d’avoir des espoirs gonflés. C’est comme si, dès que l’on connaissait un peu de succès, il fallait que le suivant soit égal ou plus grand que le précédent pour qu’il compte, ou même pour que le travail d’écriture en vaille la chandelle.»

«Bref, j’ai dû arriver au constat qu’il me fallait revenir à la base, justement. À l’écriture elle-même. Au projet en lui-même. Exit tout ce que pourront penser les autres – l’institution littéraire, scolaire, médiatique, les lecteurs, etc. –, exit donc le désir absolu de plaire et d’être louangée. Ce qui importe, c’est d’écrire. D’avoir écrit. De continuer à écrire.»

«Peu importe la vitesse et la masse critique atteintes. Il faut revenir à cette phrase qu’on dépose, cette histoire et ces personnages qu’on construit dans le doute et l’allégresse, puis qu’on retravaille de peine et de misère jusqu’à obtenir une suite de mots dont on peut, très personnellement, être fier.»

Après avoir publié, aux Éditions Hurtubise, Les désordres amoureux, Leslie & Coco et Leslie, il faut dire qu’avec la parution de Les détournements, tu as fait le choix volontaire de prendre un pas de recul et de faire patienter tes lecteurs avant que ces derniers puissent enfin connaître le dénouement de ta trilogie. On est curieux de savoir: quels ont été, pour toi, les principaux défis à surmonter devant l’édification d’une œuvre d’envergure, racontée en trois tomes?

«J’ai trouvé difficile de concentrer mon énergie et mon attention sur un projet d’envergure comme celui-ci. Au bout du compte, ma trilogie comporte plus de 700 pages, 200 000 mots, et ça m’a habité sept années durant.»

«En cours de route, j’ai eu la chance d’accrocher des gens qui se sont vraiment pris d’affection pour mes héroïnes. Autant les messages haletants qui me demandaient: Quand est-ce que sort Coco? me remplissaient de gratitude, autant ils venaient avec leur lot de pression. C’est aussi pour ça qu’écrire Coco a été particulièrement long. Parce que j’avais peur de décevoir. Peur de gâcher quelque chose. Peur de finir ce projet qui me gardait impliquée dans la littérature (j’ai peur des fins). Peur de me séparer de ces filles-femmes qui ont fait partie prenante de ma vie (j’ai peur des séparations également).»

«Bref, les défis étaient nombreux, mais ça rend l’aboutissement de cette trilogie d’autant plus gratifiant.»

Sans plus tarder, jasons, justement, de ce troisième volet tant attendu et qui a fait son entrée en librairie le 11 septembre. Intitulé, surprise!, Coco, le récit se concentre maintenant sur Colette alias Coco, cette jeune femme toujours charmante, toujours aussi généreuse, qui a toujours été le verso de Leslie. «Leslie l’orageuse. Coco l’ensoleillée. L’une exubérante. L’autre interdite. L’une à fleur de peau, l’autre impénétrable…», c’est bien ce qu’on dit d’elles? Mais, est-ce que les contraires s’attirent vraiment?

«Je pense que les contraires n’existent pas. Ce qui nous attire chez l’autre, en amitié ou en amour, ça peut, en effet, être quelque chose qu’on ne possède pas ou qu’on ne croit pas posséder tout à fait. Cependant, ce qui nous attire chez l’autre parle toujours de nous, et ce qui parle de nous n’est jamais totalement contraire, sinon complémentaire.»

«C’est de ça que parle le dernier tome. De comment on se construit à travers l’autre, de comment on reconnaît sa propre altérité, mais surtout, sa propre universalité, dans son rapport à autrui. Ça parle de comment on est tous la Leslie ou la Coco de quelqu’un, et notre personnalité, même si on essaie de la figer, est mouvante et dépend du regard qui pèse sur nous.»

«Au fond, une personnalité tient à trop de facteurs et d’angles différents pour qu’on puisse la poser simplement en termes de comme soi et de contraire à soi

Qu’on se le dise – et on ne divulgâche rien ici, soyez rassurés! – l’enjeu de ce récit tourne autour de la fin de l’amitié de Coco avec Leslie. Or, au lieu d’être un soulagement pour elle, Coco s’avoue hantée par ce déchirement, signe qu’elle en est blessée. Réflexe humain: elle choisit donc l’évitement. «Sa nouvelle vie à Québec la bombarde d’occasions d’oublier». Mais, est-ce sain de refouler ces sentiments, comme ça? Sans trop nous en dire, que va-t-il arriver à Coco à la suite de ce nouveau départ?

«Je ne sais pas si c’est sain, mais c’est normal. Et parfois, le déni est aussi un passage obligé. Ce qui est malsain, c’est quand le déni devient un engluement permanent. Je passe moi-même par de (très) nombreuses phases de déni dans ma vie. Après, je me dis: Si seulement j’avais pu m’en sortir plus vite! Si seulement j’avais pu réaliser ci ou ça à temps! Sauf que je trouve les si seulement encore plus malsains que le déni. Ça ne sert à rien de se taper sur la tête pour avoir traversé des phases complètement normales d’évitement. Il faut juste être content d’en être sorti, même si l’inconfort qui en résulte peut être grand.»

«Pour ce qui est de ce qui va arriver à Coco, je n’en dirai rien. Je ne sais jamais comment en dire juste assez; j’en dirais donc immanquablement trop. Il va falloir le lire!»

Maintenant que tu as mis le point final à cette fabuleuse trilogie, qui t’a occupée, mine de rien, quelques années de ta vie, quel horizon se dresse devant toi, en as-tu une idée, même minime?

«Je m’en vais terminer ma thèse sur la littérature jeune adulte. J’ai deux ans, top chrono, pour écrire 350 pages intelligentes (et tout ce qui me reste de travail en amont: lectures supplémentaires, constitution d’un corpus réduit, rédaction d’un plan, etc.). Alors, pensez à moi et priez pour que j’y arrive parce que… je n’écrirai pas d’autres romans pour adultes d’ici là!»

«Et en même temps, je trouve ça correct, même souhaitable, de prendre une pause d’écriture littéraire. Je suis rendue là. Besoin de souffler un peu. De me déposer, comme des mots qui attendent de devenir un roman. Besoin de me trouver ailleurs. Pour mieux revenir ensuite.»

Coco de Marie Demers, publié aux Éditions Hurtubise, est actuellement en vente dans une librairie près de chez vous au coût de 24,95 $ (papier) ou 18,99 $ (PDF et ePub). Et pour découvrir nos précédentes chroniques «Dans la peau de…», visitez le labibleurbaine.com/nos-series/dans-la-peau-de.

*Cet article a été produit en collaboration avec les Éditions Hurtubise.

Nos recommandations :

Vos commentaires

Revenir au début