LittératureDans la peau de
Crédit photo : Julie Artacho
Vanessa, c’est la toute première fois qu’on a l’occasion d’échanger! Ça fait plaisir de te rencontrer. Forte d’une expérience de près de dix ans dans le milieu communautaire, tu travailles désormais comme intervenante et agente de prévention pour un centre d’aide. Tu détiens également un baccalauréat en littérature anglaise, domaine artistique qui a toujours eu une place privilégiée dans ton cœur. On est curieux de savoir: qu’est-ce qui t’a mené à vouloir travailler auprès de personnes en difficulté, et crois-tu que ton amour des Lettres y soit pour quelque chose dans ce choix de carrière?
«Enchantée! J’ai d’abord intégré le communautaire en prévention de la violence, et c’est surtout l’approche féministe qui m’a attirée. Ayant toujours été fascinée par la psychologie et la complexité des dynamiques relationnelles, j’ai trouvé refuge dans des organismes qui prônent les rapports égalitaires et qui misent sur la reprise de pouvoir, tant individuelle que collective.»
«J’avoue que la question m’embête, parce que j’ai beaucoup tendance à compartimenter les différentes sphères de ma vie, particulièrement ma vie artistique et mon emploi. Par le passé, j’avais souvent des projets de musique en parallèle, et j’étais gênée dès qu’une collègue de travail me questionnait au sujet de ce que j’appelais mon autre vie.»
«C’est différent maintenant avec l’écriture, parce que c’est une discipline qui me permet d’explorer tout ce qui me fascine chez l’être humain. Je réalise qu’écrire me sert d’outil d’introspection, et ça m’aide à mieux comprendre certains phénomènes. Donc, il y a effectivement un lien à faire!»
En octobre 2024, tu as fait paraître une première œuvre de fiction chez Robert Laffont, Les reflets dans nos miroirs, et en février dernier, un ouvrage jeunesse en collaboration avec l’illustratrice Virginie Lacoste. Plus récemment, les Éditions Hurtubise ont levé le voile sur ton plus récent roman, L’art de patauger dans une tasse de thé, une comédie romantique qui raconte l’histoire de Mia, une jeune femme qui part au Royaume-Uni afin d’y travailler durant neuf mois comme assistante de français. Là-bas, elle vivra une rupture brutale et imprévue, ainsi qu’un dépaysement culturel bien réel, mais elle tissera aussi des relations profondes qui compliqueront néanmoins son retour à la maison. D’où est née l’inspiration au départ?
«Après un roman plus introspectif et très axé sur la psychologie des personnages, j’avais envie de me lancer un défi. J’étais curieuse de découvrir en quoi consisterait le processus créatif d’une comédie romantique! C’est un genre que je consomme davantage sous la forme de films. J’avais très peu de référents littéraires, encore moins québécois, et je ne voulais pas me lancer sans avoir un minimum de chair sur l’os. Il me fallait donc camper mon histoire rose bonbon dans un contexte réaliste.»
«L’idée m’est alors venue d’utiliser ma propre expérience en tant qu’assistante de français au Royaume-Uni (datant de 2010-2011!). J’ai imaginé l’histoire dans une ambiance de voyage moins idéalisée que dans la plupart des comédies romantiques. Ce n’est pas vrai que le gazon est plus vert ailleurs, et j’avais envie de péter cette bulle.»
«L’Angleterre est un endroit qu’on connaît mal, je trouve. Il commence à y avoir des séries télé qui en dressent un portrait plus réaliste (Adolescence, Sex Education), mais ça demeure difficile d’en capter les nuances, surtout quand il est question de grandes villes multiculturelles comme Birmingham.»

Parle-nous brièvement de ta protagoniste Mia et de la symbolique cachée derrière ce titre rigolo mais hautement révélateur: on aimerait savoir dans quel état d’esprit elle se trouve lorsqu’elle part de chez elle et qu’elle défait ses valises, à des milliers de kilomètres de chez elle!
«On a vraiment tendance à idéaliser les années à l’étranger, surtout quand il est question d’une destination européenne ou tropicale. Mais dans les faits, quand on passe plus de six mois quelque part ailleurs que chez soi, la perte de repères est inévitable. Dès qu’on a des attentes, on les voit aussi rapidement se déconstruire devant nos yeux. C’est la vraie vie, après tout. Et ça devient complexe quand on sait d’avance que c’est temporaire, qu’on souhaite retourner vivre notre vie normale juste après.»
«Cette année-là, qu’on associait à une grande dose de liberté (et qui l’est, quand même!), devient aussi un moment de notre vie où on a l’impression de valser entre un rêve et une réalité qui n’est pas toujours douce. Mia se retrouve donc confrontée à des élans contradictoires qui coexistent en elle durant son séjour.»
Une chose est sûre, son cœur meurtri ne sera pas réduit en miettes trop longtemps grâce à Pranav, son collègue au look ténébreux et Bruno, son irrésistible colocataire dans son houseshare. Partie de même, Mia ne voudra plus repartir! Va-t-elle se retrouver dans de beaux draps au moment de partir, ou…?
«Les racines du cœur passent par l’amour, mais aussi par l’amitié, la famille et le territoire. Le personnage de Mia est habité par une grande contradiction. D’un côté, elle ne se sent pas prête à quitter son cocon, elle a une phobie de se retrouver seule, et cette année est une sorte de parenthèse qu’elle s’offre avant d’entamer une vie adulte qui lui fait peur.»
«D’un autre côté, son historique familial lui a imposé un mode de pensée très Carpe Diem, qui la propulse dans la direction opposée. Mia est aussi une grande rêveuse qui plonge dans l’inconnu à l’autre bout du monde et qui se lance tête première dans de grandes romances, sans se poser d’importantes questions au préalable.»
«Cela pourrait paraître incohérent à première vue, mais je crois qu’on se retrouve souvent tiraillé·e par ce genre de contradiction à 23 ans. Sentir qu’il faut choisir entre liberté et sécurité, que certains éléments non négociables de notre vie ne nous semblent pas compatibles l’un avec l’autre, etc.»
Dis-nous tout, et sans filtre à part de ça: en quoi L’art de patauger dans une tasse de thé est la lecture estivale par excellence?
«Parce que c’est un roman qui fait du bien, qui regorge de personnages drôles et attachants, qui ne demande pas trop de jus de cerveau et qui fait rêvasser. Je blague souvent en disant que ce livre est mon petit fast food littéraire et je n’ai aucunement honte de le répéter! Je crois qu’il répondra à un besoin de légèreté sans pour autant nier les aspects moins glorieux de la réalité.»
«L’été vient souvent accompagné d’un regain d’énergie, mais aussi d’un immense besoin de répit. Je souhaite sincèrement que L’art de patauger dans une tasse de thé finisse éclaboussé par des vagues de piscine, de bord de mer, d’eau savonneuse du bain et de sangria qui s’échappe de sa coupe, entre deux éclats de rire.»



