«L’entrevue éclair avec…» Éric Bédard, spécialiste de l'histoire du Québec – Bible urbaine

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«L’entrevue éclair avec…» Éric Bédard, spécialiste de l’histoire du Québec

«L’entrevue éclair avec…» Éric Bédard, spécialiste de l’histoire du Québec

Découvrez les moments marquants et les figures clés qui ont marqué notre Belle Province

Publié le 24 novembre 2021 par Mathilde Recly

Crédit photo : Bénédicte Brocard

Dans le cadre de «L’entrevue éclair avec…», Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur sa personne, sur son parcours professionnel, ses inspirations, et bien sûr l’œuvre qu’il révèle au grand public. Aujourd’hui, on a jasé avec l'historien Éric Bédard, dont le livre «Le Québec: Tournants d’une histoire nationale» est paru le 5 octobre aux éditions du Septentrion. Il nous donne un bel aperçu de sa passion, de son parcours et de ses connaissances sur les moments forts et les personnages clés de l'histoire du Québec!

Éric, nous sommes contents de faire votre connaissance. Pourriez-vous nous raconter d’où vous est venue la piqûre pour l’histoire, et, plus spécifiquement, celle du Québec?

«Elle m’est venue dès l’enfance, en écoutant mon grand-père Bédard, un cultivateur de Portneuf, me raconter l’histoire de ma famille et de nos ancêtres. Plus tard, en secondaire 4, j’ai eu un excellent professeur d’histoire au collège des Eudistes de Montréal.»

«L’histoire est pour moi une quête d’identité, une manière de mieux savoir d’où l’on vient, mais elle est aussi une discipline exigeante, une façon de prendre du recul sur l’époque et de saisir les grands phénomènes marquants de notre temps.»

«Elle interpelle l’héritier que je suis, elle est quelque chose d’affectif donc (les racines, les ancêtres, le monde de nos parents); mais elle mobilise aussi notre raison, notre capacité à réfléchir et à comprendre des phénomènes complexes. Bref, l’histoire est une affaire de cœur et de raison!» 

En plus d’être professeur, vous animez la série Figures marquantes de notre histoire diffusée sur MATv. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans ce projet télévisuel, outre le fait que vous y partagez vos connaissances et votre savoir au sujet de personnalités emblématiques du Québec au grand public? 

«Ça a été un beau concours de circonstances en fait. J’anime des émissions à MAtv depuis déjà 10 ans! Au départ, j’ai été historien en résidence au côté de l’écrivain Jean Barbe (Au tour de l’histoire), puis j’ai pris confiance en moi et j’ai animé ma propre émission, en studio (À la page).»

«L’aventure des Figures marquantes a commencé en 2015, devant le public de la Grande bibliothèque. C’est une initiative de la Fondation Lionel-Groulx, dont je suis le vice-président, une institution qui souhaite mieux faire connaître notre histoire dans l’espace public.»

«En recevant des spécialistes de personnages illustres, j’ai pu élargir mon champ de vision et devenir une sorte d’historien généraliste du Québec. Cela me permet de faire le pont entre l’histoire savante et le grand public.»

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Le 5 octobre, votre livre Le Québec: Tournants d’une histoire nationale est paru aux éditions du Septentrion. Au fil des pages, vous racontez huit moments clés de l’histoire du Québec, en plus de parler d’acteurs déterminants dans l’évolution de sa destinée. Sur quels critères vous êtes-vous basé pour choisir ces événements et personnages, et en quoi a consisté votre travail de recherche et de synthétisation de ces informations?

«En gros, il s’agissait de m’attarder sur des moments marquants et sur des personnages qui ont fait prendre des “tournants” souvent déterminants à notre histoire.»

«Sans l’alliance avec les Autochtones scellée à Tadoussac en 1603, les Français n’auraient jamais pu s’installer à Québec: sans les Filles du Roy, aucun essor possible de la Nouvelle-France, aucun enracinement de notre peuple dans la vallée du Saint-Laurent; sans les décisions de Pitt et de Choiseul, les grands dirigeants de l’Angleterre et de la France durant la guerre de Sept Ans, le Canada aurait pu être restitué à la France, malgré la défaite des plaines d’Abraham; sans HEC Montréal, pas de relèvement économique durant les années 1960 ni de “Québec inc.” non plus, etc.»

«Je voulais montrer que l’histoire est contingence; que les imprévus, les hasards, les rebondissements jouent un rôle essentiel; que rien n’est jamais écrit à l’avance. Une leçon pour le présent: ne jamais désespérer de l’avenir, à nous de prendre les bonnes décisions!» 

Il paraît que cet ouvrage est «Une manière comme une autre de rappeler que  l’histoire du Québec n’a rien d’un long fleuve tranquille, qu’elle est faite de retournements inattendus sans lesquels le destin de ce peuple de langue et de culture française aurait été tout autre.» Voudriez-vous nous donner un exemple de direction complètement différente qu’aurait pu prendre l’histoire de notre nation, au lieu de celle qui la caractérise aujourd’hui?

«Je vais vous donner un exemple dont je ne parle pas dans le livre. Imaginons que le soir du 30 octobre 1995, Jacques Parizeau était monté sur scène et qu’il avait lancé un dernier ultimatum au Canada anglais. Au lieu du discours que l’on connaît, il aurait pu dire que le résultat était une sorte de match nul, que le Canada anglais devait proposer une réforme constitutionnelle structurante.»

«Faute de telles contre-propositions, le Québec, une ou deux années plus tard, aurait pu organiser un nouveau référendum. Ce soir-là, le destin du Québec reposait sur les épaules d’un homme. Une autre réponse aurait pu maintenir le suspens, tourner les projecteurs vers Ottawa, forcer une ultime transformation du Canada, avec ou sans le Québec.»

Si tout était possible, y compris remonter le temps, quel moment marquant de l’histoire du Québec aimeriez-vous (re)vivre, et pour quelles raisons?

«J’aurais aimé être à Montréal durant l’été 1967. Pour visiter l’Expo bien sûr, mais surtout pour assister au grand discours de Charles de Gaulle au balcon de l’hôtel de ville.»

«J’ai aimé avoir 20 ans en 1990, alors que les nations d’Europe de l’Est et de l’Empire soviétique recouvraient leur liberté, que l’indépendance du Québec dépassait les 60% dans les sondages. Mais avoir 20 ans en 1967, immergé dans une foule de jeunes, avant la fin des utopies, avant le SIDA, ce devait être formidable aussi!»

Pour lire nos précédents articles «L’entrevue éclair avec» et faire le plein de découvertes, consultez le labibleurbaine.com/nos-series/lentrevue-eclair-avec.

*Cet article a été produit en collaboration avec les éditions du Septentrion.

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