«L’entrevue éclair avec…» Raphaël Weyland, historien qui nous ouvre les portes du Moyen-Orient – Bible urbaine

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«L’entrevue éclair avec…» Raphaël Weyland, historien qui nous ouvre les portes du Moyen-Orient

«L’entrevue éclair avec…» Raphaël Weyland, historien qui nous ouvre les portes du Moyen-Orient

(Re)découvrir les faits saillants historiques de cette région du monde

Publié le 5 octobre 2021 par Mathilde Recly

Crédit photo : Éric Beaumier

Dans le cadre de «L’entrevue éclair avec…», Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur sa personne, sur son parcours professionnel, ses inspirations, et bien sûr l’œuvre qu’il révèle au grand public. Aujourd’hui, on a jasé avec Raphaël Weyland, docteur en histoire de l'Université de Montréal et auteur du livre «Le Moyen-Orient: Des croisades aux Ottomans» paru aux éditions du Septentrion le 21 septembre dernier. Découvrez-en plus sur son rapport à l'histoire et sa vision d'un monde qui se construit sur le long terme.

Raphaël, tu es docteur en histoire de l’Université de Montréal et spécialiste de la région méditerranéenne et de l’Iran. On est curieux de savoir: d’où t’est venue la passion pour cette discipline et, plus spécifiquement, pour l’étude des lieux précédemment cités?

«La famille de ma mère vient d’une région de l’ancienne Yougoslavie qui a longtemps appartenu à l’Empire ottoman. J’ai donc un attachement familial et émotif avec la région, qui est probablement d’autant plus fort que je suis un immigrant au Canada qui a toujours eu à expliquer ses origines et sa culture.»

«En m’intéressant, adolescent, à l’histoire de ma famille, j’ai découvert des pans entiers de l’histoire du monde que je n’avais jamais fait qu’effleurer dans des lectures ou des cours, comme l’Empire byzantin et les états musulmans du Moyen-Orient. Quand j’ai commencé mes études universitaires, cet intérêt a continué à me suivre et peu importe la période  que j’étudiais, je faisais toujours un lien avec cette région: les royaumes hellénistiques en histoire grecque, l’Empire d’Orient en histoire romaine, les croisades en histoire médiévale, les Ottomans en histoire moderne.»

«C’est comme ça que je me suis retrouvé à écrire une thèse sur une cité grecque de Mésopotamie, à accompagner des voyages en Turquie ou en Iran et à donner des conférences sur l’histoire du monde musulman.»

Tu partages ton temps entre tes activités de conférencier, de chroniqueur et d’accompagnateur de voyages culturels pour Voyages Lambert. Qu’aimes-tu particulièrement dans le fait de partager tes connaissances historiques et de transmettre ton savoir aux autres?

«L’intérêt pour l’histoire est quelque chose de très profondément ancré en moi: la plupart de mes lectures sont des livres d’histoire; je m’interroge constamment sur l’histoire des organisations pour lesquelles je travaille ou des personnes que je rencontre. Transformer cette passion en un métier dont je peux vivre est donc un peu un rêve.»

«Je crois aussi que c’est une œuvre utile. Le public que je rencontre est toujours avide d’en apprendre davantage sur le Moyen-Orient, mais sans toujours trouver de ressources adaptées au grand public. Aider les gens à comprendre un peu mieux ce qui motive le port du voile pour une musulmane du Québec, ou les tensions entre l’Iran et les États-Unis est quelque chose de très valorisant.»

Le 21 septembre, ton livre Le Moyen-Orient: Des croisades aux Ottomans est paru aux éditions du Septentrion. Au fil des pages, tu t’intéresses notamment à la transformation du Moyen-Orient qui, il y a un millénaire, était le reflet de cultures extrêmement raffinées et de villes enchanteresses, tandis qu’aujourd’hui, l’instabilité et les conflits prédominent. Quel a été le déclencheur qui t’a donné envie de traiter de ce sujet?

«Lors de mes premières discussions avec les éditions du Septentrion, nous nous sommes demandés comment trouver un fil rouge unissant les différentes émissions que j’ai pu enregistrer à Aujourd’hui l’Histoire

«Dans l’émission, on se laisse un peu porter par l’actualité ou par un intérêt pour un sujet. Pour le livre, je souhaitais trouver un cadre cohérent, un grand récit rassemblant les éléments épars de mes interventions radiophoniques. Le passage du Moyen-Orient du centre du monde à la périphérie de l’histoire m’a semblé intéressant.»

«Ça rejoint ma vision d’un monde qui se construit sur le temps et l’intérêt de plonger parfois jusqu’à l’Antiquité pour expliquer correctement des événements, même très récents. C’est aussi une question qui revient souvent dans la bouche des différents publics que je côtoie dans mes conférences ou mes voyages. Quand j’explique qu’au Xsiècle, on vivait mieux et plus longtemps en Égypte ou en Turquie qu’en France ou en Angleterre, tout le monde veut savoir pourquoi ce n’est plus le cas aujourd’hui!»

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Peux-tu nous en dire un peu plus sur la façon dont tu as procédé pour rassembler et synthétiser toutes les informations historiques présentes dans ton ouvrage, en plus d’y apporter ton analyse personnelle de l’évolution de ces cultures? 

«Il s’agit d’un ouvrage grand public, pas d’une étude dévoilant de nouveaux documents ou les résultats d’une campagne de fouilles inédite. Je n’ai donc eu qu’à lire les travaux de différents spécialistes sur les sujets abordés et à rassembler leurs propos et leurs idées. Le plus difficile, c’est évidemment de choisir les événements sur lesquels s’attarder pour créer un tout cohérent à partir de ce magma, de voir “la forêt qui pousse plutôt que l’arbre qui tombe”, comme l’écrivait Hegel.»

«C’est un peu tout l’art de l’historien que de se demander comment telle situation s’est produite et de chercher dans le passé ce qui l’a provoquée, si elle était inévitable ou avait pu être toute autre. Le fait d’avoir présenté des centaines de conférences sur l’histoire du Moyen-Orient de l’Antiquité aux Ottomans au cours des dix dernières années m’a beaucoup aidé dans ces tâches.»

«D’une part, j’avais déjà beaucoup lu. D’autre part, j’avais déjà beaucoup synthétisé et je m’étais habitué à orienter le récit historique dans un certain sens, en ayant l’impression que certaines explications fréquentes du déclin du Moyen-Orient – comme le rôle de l’Islam qui aurait un effet délétère sur la pensée et le développement, mais apparemment seulement à partir du XVIe siècle puisqu’avant cela, la région était plus développée que l’Europe – étaient caduques.» 

À court ou moyen terme, as-tu d’autres projets en lien avec ta passion pour l’histoire? On se demande par exemple si tu songes à sortir un nouveau livre en lien avec un sujet ou une période historique en particulier… 

«Mon principal projet à court terme est de pouvoir voyager à nouveau, en famille et avec des groupes!»

«À côté de ça, je vais reprendre sous peu mes conférences dans le cadre des Belles Heures (anciennes Belles Soirées), ainsi que mes participations à Aujourd’hui l’Histoire. J’ai aussi un projet pas encore bien net pour un nouveau livre. Comme la moitié de mes conférences et émissions de radio portaient sur le Moyen-Orient en général, et l’autre sur l’Antiquité grecque et romaine, ça donne une bonne indication du genre de sujets sur lesquels je pourrais me pencher à l’avenir!»

Pour lire nos précédents articles «L’entrevue éclair avec» et faire le plein de découvertes, consultez le labibleurbaine.com/nos-series/lentrevue-eclair-avec.

*Cet article a été produit en collaboration avec les éditions du Septentrion.

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