«Marty Supreme» de Josh Safdie: un film sportif plus que réussi – Bible urbaine

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«Marty Supreme» de Josh Safdie: un film sportif plus que réussi

«Marty Supreme» de Josh Safdie: un film sportif plus que réussi

Une injection d'adrénaline pure

Publié le 19 décembre 2025 par Maxance Vincent

Crédit photo : TMDB @ Tous droits réservés

Après le succès titanesque d’«Uncut Gems» en 2019, les cinéastes et frères Josh et Benny Safdie ont décidé de poursuivre leurs carrières respectives séparément. Benny, pour sa part, a d’abord décroché quelques rôles au cinéma et à la télévision avant de réaliser «The Smashing Machine», un docudrame ayant remporté le prix de la meilleure réalisation à la Mostra de Venise et qui porte sur la vie de l'athlète Mark Kerr, joué par Dwayne Johnson. Quant à Josh, il n'a pas chômé depuis «Good Time» en 2017. Cette fois, il raconte l’histoire d’un joueur de ping-pong aspirant à devenir une icône mondiale du sport dans son plus récent long métrage, «Marty Supreme».

Le récit, coécrit et monté par Josh Safdie et Ronald Bronstein, est librement inspiré de la vie de l’athlète Marty Reisman, désormais appelé Marty Mauser, lequel est joué ici par Timothée Chalamet.

Dans ce film, le personnage-titre n’a qu’un but simple en tête: devenir le joueur de tennis de table le plus acclamé au monde. Et il ne reculera devant rien pour s’assurer que tout le monde connaîtra son nom lorsqu’il remportera les mondiaux de Londres en 1952.

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Malheureusement pour lui, après une chaude lutte contre le Japonais Koto Endo (Koto Kawaguchi), Marty perd le tournoi, ce qui l’entraîne tout droit vers une descente aux enfers littérale et figurative dès son retour à New York, où il se voit en plus contraint de rembourser plusieurs dettes.

Tout bon film de Safdie débute par une prémisse simple. Dans Marty Supreme, on parle d’un joueur de ping-pong qui aspire à devenir le meilleur, rien de moins. Le plaisir que l’on retire de cette œuvre réside dans la façon dont Safdie et Bronstein font évoluer ce scénario simpliste grâce à des proportions souvent démesurées, de la manière la plus inattendue et extravagante possible.

Dès que Marty perd le tournoi, celui-ci exige un rematch immédiat, mais Koto refuse, puisqu’il est désormais vénéré comme un héros dans son pays d’origine, surtout dans le contexte d’après-guerre où les créateurs situent leur récit. Ce n’est pas un simple match de tennis de table pour Endo, mais bien une bataille qui revêt une importance symbolique majeure pour un pays qui se rétablit encore des séquelles des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki.

À ce moment de l’histoire, Marty n’a donc plus d’argent et doit maintenant faire tout son possible pour non seulement payer la dette qu’il doit à la Fédération internationale de tennis de table, mais également trouver de l’argent pour payer ses billets d’avion à destination du Japon, où il souhaite participer au prochain tournoi afin de battre le nouveau champion mondial du ping-pong.

A priori, tout semble plutôt simple, mais la vie de Marty est tout sauf simple. Sa mère (Fran Drescher) est malade et doit se rendre régulièrement à l’hôpital. Sa copine Rachel (Odessa A’zion), quant à elle, est enceinte. Plusieurs figures qui font partie de sa vie plus largement (dont l’une d’entre elles est incarnée par le milliardaire John Catsimatidis) le cherchent, et ce, pour diverses raisons.

Et ces raisons sont toutes liées aux décisions irrationnelles qu’il prend impulsivement pour devenir le meilleur joueur de tennis de table au monde.

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Qui plus est, Marty noue une liaison amoureuse lors du premier tournoi auquel il participe avec l’actrice Kay Stone (Gwyneth Paltrow), à l’insu de son mari (et également de Rachel), l’entrepreneur et magnat du stylo, Milton Rockwell (Kevin O’Leary – oui, oui, vous avez bien lu, Mr. Wonderful lui-même!)

Ainsi, pendant 149 minutes, Safdie soumet son public à un cataclysme de mauvaises décisions prises par son protagoniste, qui n’a qu’une seule ambition en tête: devenir le champion mondial d’un sport que personne ne prend au sérieux.

Une grande leçon de cinéma anxiogène

Avec l’aide du directeur de la photographie Darius Khondji et du compositeur Daniel Lopatin (aussi connu sous le nom d’Oneohtrix Point Never), Safdie poursuit ce qu’il a développé dans Uncut Gems, son film précédent coréalisé avec son frère Benny, offrant une expérience audiovisuelle aussi exaltante qu’épuisante, captivant (ou aliénant, c’est selon) le public à travers une succession de séquences rapides au sein desquelles plusieurs personnages parlent en même temps, pendant que la musique et les bruits ambiants assourdissent les dialogues.

Marty Supreme, c’est deux heures et trente minutes de pur chaos, autant dans l’arène de tennis de table qu’à l’extérieur du tournoi. Et à mon sens, c’est ce qui rend cette œuvre si formellement et thématiquement exaltante.

L’une des raisons qui rendent ce film mémorable, ce sont les séquences de ping-pong, qui sont toutes à couper le souffle. L’esthétique propre aux frères Safdie (caméra portée à l’épaule, utilisation du téléobjectif pour créer de très gros plans et pour que les spectateurs soient toujours à proximité des personnages) est incroyablement mise en scène, en représentant chaque match de tennis de table à l’instar d’une séquence de guerre, où chaque coup de balle frappe l’adversaire de plein fouet, physiquement et psychologiquement.

Le ping-pong n’est pas seulement un sport où les prouesses physiques de l’athlète doivent être mises de l’avant; la concentration doit être portée sur la balle et sur le tempo de l’adversaire. Ici, totalement à l’aise dans l’arène, le Japonais Kendo est capable de manipuler les émotions de Marty à travers son jeu et de mettre en lumière ses vulnérabilités, brisant ainsi le sentiment de confiance que le protagoniste éprouve jusqu’à sa première défaite.

À travers le jeu de caméra du directeur de la photographie, Darius Khondji, chaque session de ping-pong devient ainsi une véritable poussée d’adrénaline. Jamais un sport en apparence aussi anodin que le ping-pong n’aura été aussi jubilatoire d’un point de vue cinématographique sur grand écran!

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Certes, le chaos ambiant du long métrage peut par moments sembler agressant, et l’expérience de visionnement qu’offre Safdie équivaut à se faire percer les tympans par un crissement d’ongles sur un tableau noir, avec en plus du bruit blanc jouant en boucle à l’arrière-plan. Cela dit, la musique tonitruante du compositeur Daniel Lopatin nous fait vivre une expérience quasi surréelle qui transcende le sentiment traditionnel d’anxiété pour nous plonger tête première dans le parcours du protagoniste.

D’ailleurs, l’utilisation prédominante du synthétiseur ou des chants de chorale contredit les images ultra-anxiogènes du film, créant ainsi un rythme particulier qui n’est pas du tout conventionnel. Parfois, lors d’une scène où la tension monte d’un cran, la bande sonore n’offre aucune logique avec le sens de la scène, mais elle vient tout de même donner aux spectateurs des pistes pour l’aider à interpréter les gestes d’un personnage (ou l’action telle quelle).

Le fait que nous soyons toujours au bout de notre chaise, alors que l’histoire est complètement délirante et montre comment un aspirant gagnant plongera dans le néant total par sa faute, explique pourquoi Marty Supreme est un film si jouissif. En examinant de plus près l’histoire, on se rend vite compte qu’on assiste en direct à la transformation de ce perdant en un perdant encore plus grand, car il est incapable de se remettre de ses échecs, et même qu’il veut toujours prouver qu’il est le meilleur.

Ici, je ne parle aucunement de sa pratique du ping-pong, qui agit à la manière d’une métaphore plus large du personnage de Marty et que je vous laisserai découvrir par vous-même. Cela étant dit, la signification du sport, pour Safdie, est aussi importante que la place qu’occupe le basketball dans Uncut Gems, à savoir que c’est le cœur du récit, à travers lequel nous comprenons l’intériorité du personnage et réalisons qu’il ne changera pas, encore moins après avoir goûté à la défaite.

Une distribution de haut niveau offre une classe de maître

À cela s’ajoute une distribution impeccable, en tout cas, la plus extraordinaire de l’année, alternant acteurs et non-acteurs, ainsi que plusieurs figures excentriques connues du corpus Safdie, dont Mitchell Wenig, pour créer un portrait authentique d’un New York comme nous ne l’avions pas encore vu chez les frères Safdie.

Timothée Chalamet vole assurément la vedette et livre la meilleure performance de sa carrière, celle qui lui vaudra probablement l’Oscar cette année, après une tentative ratée en 2024 avec son imitation de Bob Dylan dans A Complete Unknown de James Mangold.

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Observer Chalamet dans ce chef-d’œuvre équivaut à découvrir les talents d’un jeune Al Pacino dans The Godfather de Francis Ford Coppola, une performance qui lui a valu l’acclamation mondiale et l’une des carrières les plus légendaires à Hollywood. Nous reconnaissons l’énergie de Pacino (et même d’un jeune Leonardo DiCaprio dans Catch Me If You Can de Steven Spielberg) à travers le jeu parfaitement équilibré de l’acteur, à la fois comique lorsqu’il le faut, et d’une intensité dramatique très sentie lors des moments les plus vulnérables.

La façon dont il répond très bien à l’esthétique serrée de Safdie et parvient même à contrôler le regard de la caméra de Khondji est incroyablement captivante. Jamais il n’aura livré une performance aussi mémorable. Et sa carrière ne fait que commencer.

Plus impressionnant encore est l’homme d’affaires Kevin O’Leary, qui fait son début dans le monde du cinéma dans le rôle du grand méchant, qu’il parvient à interpréter à la perfection. Le fait qu’il soit déjà polarisant dans le monde des affaires et de la politique pourrait ajouter un peu de saveur au caractère antagoniste de M. Rockwell, mais un monologue lors du climax du film, où il expose ses réelles intentions à Marty, prouve qu’il a bel et bien effectué avec sérieux son travail d’acteur et n’a pas seulement transposé sa personnalité de l’émission Shark Tank (ou sa façade qu’il met de l’avant dans les médias) à l’écran.

D’ailleurs, ce dernier n’est pas la seule personnalité publique à y jouer un rôle majeur. Nous retrouvons également, parmi plusieurs autres, le réalisateur Abel Ferrara et le magicien Penn Jillette, qui joue ici un personnage horrifiant, à l’opposé de la personnalité qu’on lui connaît, qu’il met de l’avant sur scène avec son complice Teller.

Safdie ne craint pas d’ajouter à sa distribution des figures qui susciteront des réactions des spectateurs par leur simple présence.

La présence d’O’Leary fait débat, mais il n’y a aucun doute: il est excellent dans ce film. Que vous l’aimiez ou non, le consensus sera le même sur toute la ligne. Les frères Safdie sont capables de transformer n’importe qui — qu’il provienne du monde du cinéma ou d’ailleurs — en un grand acteur dans leurs œuvres. Ils l’ont notamment fait avec le regretté Buddy Duress dans Heaven Knows What et Good Time, avec Kevin Garnett dans Uncut Gems, avec l’athlète Ryan Bader dans The Smashing Machine, et maintenant avec Mr. Wonderful dans Marty Supreme.

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Oui, le récit culmine sur une note un peu plus positive qu’Uncut Gems, mais avec un ton beaucoup plus caustique, où la vraie nature du récit se cache derrière plusieurs couches de bruit et de chaos, et où le spectateur ne comprendra les intentions réelles du cinéaste qu’après avoir vu le film.

Marty Mauser souhaite plus que tout conquérir le monde, mais y parviendra-t-il vraiment? La réponse se trouve dans ce grand film qui vaut amplement le déplacement et qui arrive tout haut dans mon classement personnel des meilleures œuvres cinématographiques de 2025.

Le film «Marty Supreme» en images

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