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Crédit photo : Sony Pictures Entertainment @ Tous droits réservés
DaCosta a reconnu qu’elle ne pouvait pas égaler ce que Boyle et Dod Mantle avaient accompli visuellement avec des iPhone dans le dernier film et fait de 28 Years Later: The Bone Temple une œuvre qui reflète pleinement ses sensibilités artistiques.
Celles-ci ont été audacieusement introduites dans la réadaptation de Hedda Gabler d’Henrik Ibsen l’an dernier, au sein duquel DaCosta a pris plusieurs libertés scénaristiques (et artistiques) avec les personnages et le récit pour en faire sa propre version de la célèbre pièce de théâtre.
Ces films où nous reconnaissions les traits artistiques de la cinéaste n’ont pas besoin d’être parfaits, mais devraient véhiculer des thèmes complexes et des images à couper le souffle pour que les spectateurs puissent réfléchir à leur place dans une société contemporaine qui semble perdre de son humanité à chaque jour qui passe.

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Dans 28 Years Later: The Bone Temple, la cinéaste s’approprie les fondations posées par Boyle et Garland et insuffle sa propre marque au matériel. C’est un film qui explore plusieurs idées fortes ancrées dans la religion et la philosophie, et qui se concentre sur une figure qui ne croit ni à l’existence de Jésus-Christ ni à celle de toute autre figure spirituelle: le docteur Ian Kelson (Ralph Fiennes).
Garland, qui se dit athée, a toutefois écrit un scénario chargé en références religieuses et les a mis en relation avec les deux récits sur lesquels DaCosta s’est concentrée dans The Bone Temple. Il y a d’abord celui de Kelson, un docteur qui a perdu la foi en l’humanité lorsque le virus s’est mis à se propager, mais qui vient à reconnaître les qualités humaines du chef du clan alpha des infectés, qu’il nomme Samson (Chi Lewis-Parry).
Ce nom est d’ailleurs une référence directe au personnage biblique, qui possède une force surhumaine et une physionomie plus imposante que celle du Christ. Ce n’est pas un hasard si le physique de Samson dans le film ressemble aux descriptions du personnage dans les Saintes Écritures, ce que Kelson reconnaît immédiatement en le voyant.
Ces deux personnages forment donc une amitié atypique. Le docteur vient apaiser les souffrances du zombie, qui commence à inhiber les signes d’une guérison potentielle du virus, alors que Kelson recherche un remède efficace contre l’infection qui ne mènera pas à la mort. Puis, ce récit est mis en parallèle avec celui de Spike (Alfie Williams), qui a rejoint la secte de Sir Lord Jimmy Crystal (Jack O’Connell), qui vénère deux figures: les Télétubbies et Satan. Jimmy et sa bande parcourent l’Angleterre pour rechercher Old Nick lui-même, croyant l’avoir trouvé en Ian Kelson.
DaCosta et Garland alternent ainsi entre ces deux histoires, celle du docteur qui a perdu tout espoir et qui trouve du réconfort parmi les ossements des défunts qu’il a construit en temple des morts, et celle du chef d’une secte, qui refuse d’affronter le traumatisme psychologique qu’il a vécu dans son enfance et qui préfère créer des illusions extravagantes sur l’épidémie et ses origines.

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Évidemment, ces deux personnages vont se rencontrer, ce qui mènera au dénouement le plus fou que cette franchise ait connu jusqu’à présent.
Ralph Fiennes et Jack O’Connell livrent des performances exceptionnelles
Comme pour toute franchise, je ne m’attendais pas à voir Ralph Fiennes danser sur «The Number of the Beast» d’Iron Maiden ou à gambader avec Samson sur la musique de Duran Duran (ceux-ci agissent comme les Télétubbies à ce moment-là, une référence qui prend davantage d’ampleur à mesure que la trilogie avance). Pourtant, ce sont de nombreux plaisirs que procure ce film, lequel, et avec une grande intelligence d’ailleurs, ne répond pas nécessairement aux attentes du public après la fin du dernier opus.
Il préfère en effet offrir aux spectateurs l’occasion de s’asseoir avec Kelson et Jimmy, lesquels se souviennent d’un monde qui, avant l’épidémie, avait un ordre et une certaine harmonie.
Or, ce monde n’existe plus. Kelson et Jimmy doivent donc trouver leur place ailleurs dans cette nouvelle société. Pour le docteur, ce sera parmi les morts. Pour Jimmy, ce sera chez le diable. Avec un sens de l’humour très tordu, Garland remet en question la foi de ces deux personnages, qui réaliseront progressivement que ce en quoi ils croient n’est peut-être pas ce qu’ils recherchent.
Les quelques aperçus que nous avons d’une humanité brisée chez Jimmy sont peut-être la performance la plus impressionnante livrée par Jack O’Connell à l’écran, car nous y voyons une âme tourmentée en quête de sens dans des lieux qui ne lui apporteront rien en retour.
Oui, cet opus est parfois très drôle (et à d’autres moments incroyablement terrifiant), mais les séquences les plus réussies de son interprétation surviennent lorsqu’il s’ouvre légèrement à Kelson et révèle la souffrance qu’il ressent en lui-même. Il est un humain, mais il semble refuser d’accepter cette certitude et préfère entraîner un groupe d’individus innocents dans son délire, alors qu’il n’a aucune connexion réelle avec une figure infernale.

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Dans un même ordre d’idées, Fiennes est tout aussi excellent et incarne Kelson avec une réelle sensibilité. Nous voyons en la personne du docteur une mélancolie subtile, alors qu’il est en paix avec l’idée de passer dans un autre monde à l’approche de la fin de sa vie. Cela lui apporte bien plus de calme que le temple qu’il a créé en l’honneur des morts qu’il a rencontrés sur son chemin. Avec Samson, il pourrait commencer à croire aux miracles, mais la Bible n’est pas un texte où l’on y ressent une puissance spirituelle.
Cela fait plus de vingt-huit ans que la planète a perdu de son humanité. Ce dernier ne croit peut-être pas que le monde va s’améliorer rapidement. Cependant, la guérison quasi miraculeuse de Samson lui donne à penser qu’il est possible que l’humanité restante trouve un remède à ce fléau qui transforme rapidement l’homme en un zombie enragé.
Nia DaCosta continue de montrer ses talents de cinéaste
Comme il a été mentionné ci-haut, DaCosta et son directeur de la photographie Sean Bobbitt (sa troisième collaboration avec la réalisatrice après The Marvels et Hedda), ne désirent pas réinventer la facture formelle, comme l’ont fait Boyle et Dod Mantle à deux reprises dans cette franchise, et ils n’en ont pas besoin.
Ici, le récit ne requiert pas le même type d’innovation que celui de 28 Days Later et de 28 Years Later, mais cela n’empêche pas DaCosta de continuer à démontrer son talent de réalisatrice à travers des séquences de combats dynamiques entre les zombies. Les mouvements de caméra sont rapides, parfois erratiques, voire imparfaits, et elle va même jusqu’à utiliser le Snorricam (une caméra fixée directement sur l’acteur) pour nous mettre dans l’état d’esprit des infectés.
Nia DaCosta ne perd pas l’impulsion stylistique qu’elle a finement renforcée dans Hedda et la met même au service du scénario de Garland, lequel est plus intime et axé sur les personnages que son prédécesseur. Elle vient pousser les limites d’une caméra ARRI Alexa 35 afin de créer du mouvement qui ne semble pas du tout naturel pour un tel dispositif, contrairement aux iPhone qui peuvent être montés de différentes manières et placés dans des endroits où des caméras traditionnelles ne peuvent pas être posées.
Ayant vu son œuvre Hedda sur un grand écran au TIFF de Toronto, il était clair pour moi que DaCosta, après le désastre financier qu’a été The Marvels, voulait désormais réaliser des films dont elle est fière et où son empreinte d’artiste est indéniable.

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Alors que 28 Years Later: The Bone Temple est la troisième franchise dans laquelle DaCosta réalise un film au cours de sa jeune carrière (après Candyman et le Marvel Cinematic Universe), c’est la première fois qu’on reconnaît son style dans un univers qui n’est pas le sien. Oui, The Bone Temple fait partie de la franchise 28 Days Later (surtout avec l’apparition surprise de l’une des plus grandes vedettes vers la fin du film, mettant la table pour la troisième partie qui sera réalisée par Boyle), mais nous pouvons tout autant le qualifier d’œuvre singulière qui a tout à fait sa place dans le corpus personnel de Nia DaCosta.
De nos jours, nous avons la chance de la voir tracer son propre chemin en tant qu’artiste, et c’est d’autant plus impressionnant qu’au mois de janvier, nous avons déjà pu voir un excellent film en salles, alors que les studios vont souvent sortir des titres qui n’ont aucune chance de bien se vendre, tant auprès de la critique que du public.
Est-ce le signe d’un miracle? À ce que je sache, avoir foi en l’humanité n’a jamais tué personne…
Le film «28 Years Later: The Bone Temple» en images
Par Sony Pictures Entertainment @ Tous droits réservés
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