«François.e» de Jean-François Asselin: une comédie qui fait rire... tout en ouvrant le dialogue – Bible urbaine

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«François.e» de Jean-François Asselin: une comédie qui fait rire… tout en ouvrant le dialogue

«François.e» de Jean-François Asselin: une comédie qui fait rire… tout en ouvrant le dialogue

Une réflexion sur l'identité, les préjugés et notre étrange besoin de tout classer

Publié le 7 juillet 2026 par Nancy Boulay

Crédit photo : Danny Taillon

Il y a des films qui cherchent à bouleverser. D'autres qui veulent simplement divertir. «François.e», le nouveau long métrage de Jean-François Asselin, présenté en salle depuis le 1er juillet, réussit à faire les deux à sa façon. Sous ses allures de comédie se cache une réflexion sur l'identité, les préjugés et notre étrange besoin de tout classer. Le ton demeure léger presque du début à la fin, mais le sujet, lui, ne l'est pas. Et si le film ne répond pas à toutes les questions qu'il soulève, il a au moins le mérite de les poser.

Le long métrage commence d’ailleurs de façon plutôt brutale. Sans avertissement, le spectateur se retrouve dans le vestiaire d’une équipe de hockey. Les joueurs sont dans la douche et la caméra ne se gêne pas pour montrer les sexes des hockeyeurs en gros plan. C’est assumé, mais aussi franchement déstabilisant.

Pour un film destiné au grand public, cette entrée en matière risque d’en surprendre plus d’un!

Photo: Danny Taillon

François (Louis Morissette) est un scénariste qui traverse une mauvaise passe. Depuis plusieurs années, les contrats se font rares. Pendant qu’il rénove sa maison, il tente de vendre une série mettant en scène des hommes dans la cinquantaine où, justement, il ne se passe pas grand-chose.

Sa productrice, brillamment interprétée par Geneviève Schmidt, lui rappelle rapidement que les diffuseurs recherchent désormais des histoires qui misent sur la diversité. En remplissant un formulaire de présentation, François coche sciemment la case indiquant qu’il est transgenre.

Ce simple crochet deviendra rapidement un mensonge impossible à contrôler.

Une prémisse aussi absurde qu’efficace

Ce qui fonctionne le mieux dans François.e, c’est cette idée de départ complètement improbable, mais suffisamment bien construite, pour qu’on accepte d’embarquer dans le jeu. Ce qui devait être un petit mensonge administratif oblige bientôt François à transformer toute son existence. Il change sa façon de parler, de marcher, de s’habiller, et il demande désormais qu’on l’appelle Françoise.

La mécanique comique s’installe rapidement. Son équipe de production souhaite rencontrer Françoise, la voir maquillée, coiffée, habillée. La production veut qu’elle assume publiquement son identité.

François, qui croyait pouvoir simplement remplir faussement un formulaire, réalise qu’il vient de s’embarquer dans quelque chose qui le dépasse complètement.

Des performances qui volent parfois la vedette

S’il y a une comédienne qui domine véritablement le film, c’est Geneviève Schmidt. Avec son éternel chignon perché sur la tête, ses imposantes lunettes et son aplomb naturel, elle crève littéralement l’écran. Chaque scène où elle apparaît gagne en intensité. Son duo avec Louis Morissette fonctionne à merveille, particulièrement lorsqu’elle tente tant bien que mal de gérer les conséquences de ce mensonge devenu incontrôlable.

Robin Aubert est également excellent dans le rôle du meilleur ami de François. Les scènes où il l’aide à choisir ses vêtements, sa perruque, et même à cacher son sexe afin de rendre l’illusion crédible sont parmi les plus drôles du film. Elles demandent aussi une bonne dose de vulnérabilité de la part de Louis Morissette, qui accepte de se montrer presque complètement à découvert, n’étant caché que par une bande de duck tape.

Photo: Danny Taillon

Impossible également de passer sous silence le très court passage de Dominic Babin. En employé de quincaillerie qui donne à François des conseils pour réussir son suicide, il livre une scène aussi absurde qu’hilarante. En quelques minutes seulement, il marque le film.

Un humour qui ouvre la porte à une réflexion

Sous ses nombreux gags, François.e aborde plusieurs réalités vécues par les personnes trans.

Une phrase retient particulièrement l’attention. Lorsqu’on dit à quelqu’un que son chien est beau et qu’il nous répond que c’est une femelle, personne ne remet cette réalité en question. Pourquoi est-ce si difficile d’accorder cette même acceptation aux humains?

En fréquentant un groupe de soutien chapeauté par Sarah afin de documenter sa future série, Françoise découvre peu à peu une réalité qu’elle ne soupçonnait pas. Ce qui n’était au départ qu’un mensonge devient progressivement une façon de mieux comprendre le parcours de personnes qui, elles, vivent réellement cette réalité.

Le film ne cache pas non plus la violence à laquelle elles peuvent être confrontées: une agression dans la rue, les difficultés à porter plainte, le regard des autres, etc. Derrière la comédie se cache un discours beaucoup plus sérieux qui se dévoile sans jamais devenir moralisateur.

Quelques raccourcis qui convainquent moins

Là où le scénario perd son public un peu, c’est dans son refus de faire éclater le mensonge plus tôt.

On comprend que François continue la mascarade devant les gens gravitant dans son univers professionnel. Mais lorsqu’il voit sa fille Noémie mettre tout sur le compte de son identité refoulée, et lorsqu’il constate que son ex-conjointe tente de réinterpréter toute leur histoire de couple à la lumière de cette prétendue transition, il devient difficile de croire qu’il ne leur révèle pas la vérité.

Photo: Danny Taillon

Ce choix dramatique permet évidemment d’alimenter plusieurs scènes très drôles. Noémie croit enfin comprendre pourquoi son père a toujours été merdique dans son rôle. Son ex pense même avoir trouvé l’explication à leurs problèmes d’intimité. Ces quiproquos fonctionnent, mais ils finissent aussi par rendre le mensonge moins crédible.

Le même sentiment revient dans la dernière portion du film, alors que Sarah, qui l’aide aussi pour l’écriture de sa série, l’amène rencontrer ses parents après le décès de sa tante. La confrontation avec sa mère est touchante et permet de montrer une autre facette de la réalité des personnes trans.

En revanche, la résolution du conflit arrive beaucoup trop rapidement pour être totalement convaincante.

Louis Morissette: le bon choix?

Louis Morissette livre une performance généreuse. Il accepte de se montrer vulnérable et n’a visiblement pas peur du ridicule. Pourtant, on n’arrive jamais à croire complètement à Françoise.

Ce n’est pas une question de talent, au contraire. Mais Louis Morissette demeure tellement associé à sa personnalité publique qu’il devient difficile d’oublier l’homme derrière le personnage.

Le film aurait fort probablement gagné en crédibilité avec un autre comédien dans le rôle principal.

Une comédie qui remplit sa mission

Écrit par Jean-François Léger et Gabrielle Boulianne-Tremblay, le scénario est intelligent, drôle et rythmé. Les dialogues sont bien ciselés, les personnages secondaires sont solides, et plusieurs scènes déclenchent de véritables éclats de rire dans la salle.

Quelle sera donc la conclusion du film? François réussira-t-il à se sortir de ce mensonge? Que deviendra sa série? Et surtout, que fera-t-il de la relation qui se développe avec Sarah?

Une chose est certaine: François.e demeure un très bon divertissement. Il fait rire, il fait réfléchir et il ouvre une discussion essentielle. Même si certaines situations paraissent parfois poussées un peu à l’extrême et que le choix de Louis Morissette m’a laissée perplexe, Jean-François Asselin signe une comédie accessible qui pourrait bien contribuer, ne serait-ce qu’un peu, à faire évoluer certains regards.

Et si une œuvre comme celle-là peut provoquer un sourire tout en semant une réflexion, il a déjà accompli quelque chose de grand.

Le film «François.e» de Jean-François Asselin en images

Par Danny Taillon

  • «François.e» de Jean-François Asselin: une comédie qui fait rire… tout en ouvrant le dialogue
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    Photo: Danny Taillon
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