«Millénium 8: La fille dans les griffes du lynx» de Karin Smirnoff – Bible urbaine

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«Millénium 8: La fille dans les griffes du lynx» de Karin Smirnoff

«Millénium 8: La fille dans les griffes du lynx» de Karin Smirnoff

Un polar monotone où l’intrigue est plombée par une écriture qui manque de conviction

Publié le 17 juin 2026 par Éric Dumais

Crédit photo : Actes Sud

Il y a près de vingt ans, déjà, que l’écrivain suédois Stieg Larsson – créateur des célèbres Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander – est décédé subitement des suites d’une crise cardiaque foudroyante, alors qu’il n’avait pas encore mis le point final au tome trois d’une trilogie qui allait être encensée aux quatre coins du globe. Plonger dans les trois premiers tomes de «Millénium», c’est s’embarquer dans une aventure de près de deux-mille pages qui vous laisse le souffle court à l’arrivée. Et qu’en est-il de la suite? Ça n’a rien à voir... Car le génie, ça ne s’invente pas!

En tant que fan de l’œuvre de Stieg Larsson, je me doutais bien qu’un tel succès littéraire ne pouvait en rester là. Le monde, y compris celui du livre, est bien trop obsédé par les ventes pour tirer un train définitif sur une vache à lait comme celle-ci.

Or, l’histoire juridique qui a découlé du décès de l’auteur s’est avérée un véritable casse-tête chinois, puisque l’auteur n’avait laissé aucun testament derrière lui, en plus d’être en simple concubinage avec sa conjointe. Pour vous la faire courte: sa partenaire de vie, Eva Gabrielsson, avec qui il n’était pas marié, n’a pas eu son mot à dire, et c’est donc la famille de sang de Larsson qui a autorisé, des années plus tard, l’écriture des suites de Millénium.

Ainsi, depuis, les tomes 4, (Ce qui ne me tue pas), 5 (La fille qui rendait coup sur coup) et 6 (La fille qui devait mourir), déjà publiés en français chez Actes Sud, ont été écrits par l’écrivain et journaliste suédois David Lagercrantz, et c’est la romancière suédoise Karin Smirnoff qui prend la relève pour les tomes 7 (La fille dans les serres de l’aigle), 8 (La fille dans les griffes du lynx) et 9, ce dernier étant attendu dans un futur proche.

Et moi, autant j’étais satisfait, l’automne dernier, de tenir entre mes mains une toute nouvelle œuvre de Millénium, autant, dès les premières pages, j’ai vite senti un  profond sentiment d’ennui s’installer lourdement.

L’écriture de Karin Smirnoff, pourtant plus convaincante dans La fille dans les serres de l’aigle, manque ici cruellement de mordant, comme si l’auteure avait perdu l’once de conviction qui l’animait lorsqu’elle a accepté de reprendre les rênes de la saga. Et pourtant, les fils de son intrigue ont bien été assemblés dès le départ.

On se retrouve à Gasskas, une petite ville minière sans réel attrait, située au nord de la Suède, bien loin de l’effervescence de Stockholm. Sur place, Svala Hirak, la nièce de Lisbeth Salander, effectue un stage au Gaskassen, le journal local, où elle enquête sur les lieux hantés dans le cadre d’un reportage qu’elle mijote aux côtés d’Ester Södergran, une journaliste qui l’a prise sous son aile.

L’écrivaine Karin Smirnoff. Photo: Thron Ullberg

Mais une succession de zones d’ombres viennent soudainement obscurcir le ciel suédois: des rumeurs laissent entendre que la vieille mine va rouvrir au bénéfice de crapules qui souhaitent s’enrichir plutôt que de préserver la nature, et la forte explosion d’un pont sur lequel transitent de nombreux trains transportant les minerais extraits de ladite mine inquiète. Quel individu ou quel groupe est derrière cet attentat? Et la goutte de trop: le cadavre d’une jeune femme de 24 ans est retrouvé dans une décharge… Finalement, ce n’est pas si paisible que ça, à Gasskas!

Sur le papier, l’histoire se tient, et l’intrigue pique la curiosité. Mais plus les pages se tournent et plus de nouveaux personnages s’agitent dans tous les sens, que j’ai fini par avoir le sentiment de m’y perdre, tellement cette nouvelle histoire n’a (presque) plus rien à voir avec Millénium.

Mais où est passée la drôle de complicité, ou devrais-je dire la relation d’amour-haine, qui unissait Mikael Blomkvist et Lisbeth Salander, les deux personnages stars de la saga? Aux oubliettes, puisque Lisbeth, qui a toujours eu une préférence pour les femmes, ne ressent plus de sentiment pour Mikael, alors que lui, on sent qu’il espérerait plus. L’aura de l’ex-rédacteur en chef de la revue Millénium brille moins intensément depuis qu’il a heurté un mur, autant personnellement que professionnellement. Et son personnage, dans l’histoire, en tout cas, a été relégué au second plan, comme un citron qu’on aurait tellement compressé qu’il n’a plus de jus à offrir.

L’auteure a eu plus d’inspiration pour le personnage de Lisbeth Salander qui est toujours aussi active dans cette saga. La surprise du chef, c’est le retour en grande pompe de Plague, l’énigmatique hacker qui n’a pas vu la lumière du jour depuis longtemps, qui occupe au cœur du tome 8 un rôle plus central que jamais. En effet – et je me permets de révélé l’une des péripéties secondaires du récit –, son enlèvement ajoute une couche de tension chez le lecteur et de profonde inquiétude chez Lisbeth. Qu’a-t-il fait pour qu’on lui en veuille à ce point?

En parallèle, j’ai bien du mal à m’attacher à la jeune Svala, une gamine de 13 ans qui a certes de l’aplomb et des convictions environnementales qui rassurent pour le futur, mais je trouve qu’elle manque de crédibilité lorsque vient le temps d’être en action. Face à l’ennemi, une arme à la main, j’ai trouvé qu’elle ne faisait pas le poids, malgré ce qu’en pense sa créatrice.

Alors que l’action finit par se mettre en place après un commencement un peu chaotique et ennuyeux, mon intérêt a fini par se rallumer comme une ampoule qui clignote, signe que j’aurais pu décrocher à tout moment. Reste que, pour moi, Karin Smirnoff a pris une grande liberté en donnant vie à de nouveaux personnages qui n’offrent rien de comparable à ceux, si vrais, si vibrants, si intemporels et qui ont fait de Millénium une saga aussi marquante.

En somme, un coup la dernière page tournée, j’ai été fier d’avoir trouvé la patience nécessaire pour arriver jusqu’à la ligne d’arrivée. Mais je ne sais juste pas si j’aurai la curiosité, ou le courage, de plonger tête première dans le tome 9. En tout cas, une chose est sûre, j’espère sincèrement qu’on approche d’une fin définitive, car il serait temps.

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