«Le Lac» avec l'Orchestre des Grands Ballets: entre tradition et transformation – Bible urbaine

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«Le Lac» avec l’Orchestre des Grands Ballets: entre tradition et transformation

«Le Lac» avec l’Orchestre des Grands Ballets: entre tradition et transformation

Une proposition intrigante, une production resplendissante, mais un récit passable

Publié le 6 juin 2026 par Catherine Lachapelle

Crédit photo : Sasha Onyshchenko

Pour clore sa saison 2025-2026, les Grands Ballets présentent «Le Lac», une ambitieuse réinvention moderne du «Lac des cygnes». S’éloignant du monde fantastique de l’original, Ivan Cavallari, directeur artistique des Grands Ballets, campe sa relecture dans l’univers des campagnes publicitaires de parfum.

Le Lac des cygnes, composé par Tchaïkovski, est l’un des ballets les plus connus à travers le monde.

L’histoire originale raconte l’idylle du prince Siegfried qui s’éprend de la princesse Odette. Celle-ci a été maudite par un sorcier, ce qui fait qu’elle se transforme de jour en cygne blanc, ne conservant sa forme humaine que la nuit. Siegfried compte déclarer son amour à Odette lors d’un bal, brisant ainsi le sort, mais il est berné et séduit par Odile, le cygne noir et sosie d’Odette.

A priori, transposer Le Lac des cygnes au monde moderne de la publicité est un concept qui pique la curiosité. Ce mariage entre tradition et renouveau est intrigant pour les amateurs de l’original qui souhaite redécouvrir le classique.

Photo: Sasha Onyshchenko

Le spectacle ouvre sur un fond peint d’un lac extérieur, rappelant les productions traditionnelles du Lac des Cygnes. Les interprètes sont vêtus de costumes d’époque. L’Orchestre des Grands Ballets joue la portion la plus reconnaissable de la partition de Tchaïkovski, le morceau no 10, avec son envoûtant solo de hautbois.

Si la musique est familière, elle marque tout de suite une coupure avec le déroulement habituel du ballet. En effet, le morceau ouvre normalement le deuxième acte du spectacle (et non le premier). De plus, ici, dès le départ, c’est Odile (le cygne noir) qui danse avec le prince. Odile n’apparaît typiquement que bien plus tard dans la pièce.

Soudainement, la scène est interrompue pour révéler au spectateur que le tout se déroulait en fait sur un plateau de tournage. Siegfried et Odile sont en réalité des acteurs promouvant un parfum, le Cygne Noir.

La coupure est rafraîchissante et dynamique.

L’univers du plateau est un tourbillon d’activité et de danse qui relève du pantomime. L’attention du spectateur est saisie: que se passera-t-il dans cette nouvelle narrative?

Photo: Sasha Onyshchenko

Des personnages emprisonnés derrière leur performance

Notre perception initiale de la dynamique entre Siegfried et Odile est teintée par le fait que les personnages livrent une performance pour des caméras, plutôt que de vivre des émotions véritables. On s’attend donc à éventuellement mieux comprendre l’intériorité des acteurs, mais leur relation n’est pas vraiment explorée en dehors du cadre des tournages de la publicité. Cela freine la compréhension des motivations et des émotions des personnages. 

Cette difficulté à connecter se poursuit malheureusement tout au long du premier acte.

Après avoir rencontré Siegfried et Odile, la protagoniste, Odette, est introduite lors d’un cours de danse. La chorégraphie est remarquable. Des interprètes de plusieurs groupes d’âges, incluant de très jeunes (mais très talentueux!) danseurs et danseuses de l’École supérieure de ballet du Québec virevoltent sur scène. Parmi eux, le Cygne Blanc, Odette, se démarque.

Malgré l’excellence technique de la production, il est, encore une fois, difficile de saisir la personnalité de ce nouveau personnage. Elle est souriante et performe bien à son cours de danse… Comme attendu de n’importe qui dans ce contexte. Ce n’est pas une faute de l’interprète, mais plutôt du récit, qui ne donne pas l’occasion d’exprimer des émotions complexes.

Siegfried n’interagit pas avec Odette au cours et la rencontre plus tôt à un arrêt d’autobus, où il l’invite à une audition pour le nouveau parfum, le Cygne Blanc. Le décor de l’arrêt est ingénieux et visuellement intéressant. Cependant, il est difficile de comprendre ce qui pousse Siegfried à convier Odette ainsi.

À ce moment, il n’y a pas de pas de deux magique, seulement une conversation accompagnée d’une pantomime sans grande romance ou prouesse dansée.

Photo: Sasha Onyshchenko

De même, la scène de l’audition qui suit est prévisible et peu révélatrice. Plusieurs prétendantes tentent d’obtenir le rôle. Leurs solos sont époustouflants, mais, sans grande surprise, Odette éblouit et gagne. Elle danse de manière impressionnante, avec assurance et bonne humeur, tel qu’il est convenu lors d’une audition.

Odile n’est même pas présente et arrive plus tard, furieuse contre Siegfried d’avoir été supplantée par une rivale. Au niveau du récit, cela amène beaucoup de confusion: Odile n’était-elle pas au courant que l’audition avait lieu? Pourquoi ne s’y est-elle pas présentée?

La figure de Siegfried en ressort également un peu antipathique. Il semble subitement abandonner sa partenaire Odile pour la remplacer, en cachette, romantiquement et professionnellement, par une femme plus jeune, plus naïve qu’il vient tout juste de rencontrer.

De plus, c’est une occasion manquée de développer la relation entre Odile et Odette.

Traditionnellement, Odile et Odette sont jouées par une seule danseuse au sein d’un rôle particulièrement demandant, étant donné les caractères radicalement différents à interpréter.

Pour Le Lac, les personnages sont dansés par deux artistes. Ce choix aurait pu mener à des chorégraphies intéressantes entre les deux, créant ainsi une dynamique complexe et innovatrice. Leur dualisme est cependant très peu exploré sur scène. Le Lac (à l’instar de Siegfried) semble plutôt se désintéresser d’Odile, donc les deux femmes partagent très peu la scène.

Photo: Sasha Onyshchenko

Une fin rédemptrice

Le Lac prend éventuellement un peu plus son envol à la fin du premier acte. Celui-ci clôt avec un numéro plus sombre, plus émotif, alors que la pression du monde de la publicité commence à hanter Odette.

Ce nouveau ton se poursuit heureusement dans le deuxième acte. La narration est plus onirique, moins directe. Le monde fantaisiste de la campagne publicitaire inspiré par un Lac des cygnes traditionnel se mêle à l’horreur des exigences requises par l’industrie de la publicité. L’univers est plus près du conte classique, tout en mêlant des thèmes et des questionnements plus modernes.

L’effet est nettement plus réussi. On ressent bien l’émotion d’Odette, alors qu’elle tente de trouver sa place dans ce nouvel environnement traître et hostile. Son arc narratif est rendu plus grand que nature par l’immensité de l’orchestre, la puissance de la danse et les parallèles métaphoriques avec l’univers fantastique du Lac des cygnes.

Au niveau technique, le spectacle est tout aussi époustouflant. Les interprètes livrent des performances précises et envoûtantes. Comme ils sont très nombreux (75 danseurs au total), cela permet des tableaux extrêmement dynamiques, qui donnent envie de revoir le ballet, comme il est impossible de regarder tout en même temps.

Le succès de la réinvention du classique est certes un peu mitigée par un premier acte techniquement impeccable, mais peu émotif, où il est difficile de connecter avec les personnages. Cependant, il demeure intéressant de voir Le Lac des cygnes sous un autre jour.

Que la réinterprétation plaise ou non, la qualité de la production rend Le Lac un incontournable pour les amateurs de ballet. C’est un spectacle qui en met vraiment plein la vue.

«Le Lac» d'Ivan Cavallari à la Salle Wilfrid-Pelletier en images

Par Sasha Onyshchenko

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    Crédit photo : Sasha Onyshchenko
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    La danseuse Rachele Buriassi. Photo: Sasha Onyshchenko

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