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Avec David Goudreault, on entre dans un territoire où la littérature sort de ses marges pour venir respirer à poumons déployés.
Un spectacle entre poésie, piano, slam et humour
En marge du texte est un spectacle hybride, à la frontière du slam, de la poésie, de l’humour et du concert. C’est un moment où le verbe prend vie.
Au tout début, le micro ne fonctionne pas. On l’entend a cappella. Sa voix porte. Elle pourrait remplir la salle à elle seule. Le micro finit par embarquer, mais on a déjà compris: ce qui nous tient, ce n’est pas la sonorisation; c’est la présence.
Il navigue entre la position debout et assise. Au piano. À un pupitre d’écolier. Parfois même perché sur une pile de livres, comme s’il voulait physiquement s’élever par la littérature. Il prévient la salle que les vrais pianistes risquent de saigner des oreilles. On rit. Mais lorsqu’il joue, il ne chante pas. Il récite. Mélodieusement. À l’inverse de certains artistes, il n’a pas mis des mots sur des notes; il a mis des notes sur ses mots.
Et ça change tout.
Se raconter en lisant le monde
Dans son spectacle, David Goudreault revisite son parcours: l’enfant qui voulait être quelqu’un d’autre. L’adolescent frappé par une voiture. Le garçon immobilisé qui se découvre une passion pour la lecture. À 11 ans, il comprend la puissance des mots. Ils deviennent refuge. Arme. Salut.
Il partage son amour de la littérature, cite des auteurs qui l’ont façonné, improvise à partir de mots lancés par le public, déclame des textes forts, dont sa célèbre «Lettre à l’alcoolique». Il parle d’amour, de censure, de polémique, de langue française. Il joue avec la ponctuation comme d’autres jouent avec le feu.
Ce n’est pas un simple spectacle. C’est une réflexion partagée, semée dans l’esprit des spectateurs.
Lire pour vivre vrai
À un moment, il lance cette phrase qui reste suspendue longtemps: «On lit faux pour vivre vrai.» C’est bon. C’est juste. C’est immense.
Il explique que le mot «savourer» vient du latin sapere, savoir. Savourer, c’est savoir. Le mot change soudainement de goût. On ne pourra plus l’utiliser comme avant.
Il s’assoit au pupitre et lit un livre trouvé jadis dans les rayons de la bibliothèque scolaire. La scène est hilarante. On voit l’enfant derrière l’homme. Celui qui a compris que la fiction n’était pas une fuite, mais une porte.
Il évoque une ribambelle d’auteurs, de penseurs, dont Albert Camus, Marie-Claire Blais, Réjean Ducharme, Socrate, Zachary Richard, et même Claude Gauvreau. Il déclame Gauvreau en exploréen à un homme du public, descendant dans la salle comme un prédicateur amoureux. C’est audacieux. C’est drôle. C’est inspirant.
Il promeut la langue française sans lourdeur. Avec conviction. Avec amour.
L’ombre et la lumière
Il raconte l’accident. Il raconte la mort. Et pourtant, il y a toujours une pointe d’humour, comme une manière de tenir debout malgré tout.
Puis vient «Lettre à l’alcoolique». Moment fort. Texte connu, partagé, étudié. On sent la salle se resserrer. On devine les respirations se retenir. Ce n’est pas une performance; c’est une offrande.
Plus tard, parlant d’amour, il demande: «As-tu mis ton cœur sur la table de l’amour de ta vie?»
Des battements résonnent dans la salle. «Écoute mon cœur battre ma tête.» Oufff…
Il joue avec la virgule. Démontre comment une simple ponctuation peut transformer le sens des mots. Que tout dépend de l’endroit où l’on respire.
C’est fin. C’est intelligent. C’est généreux.
Improviser le monde
David Goudreault demande au public de lever la main et d’offrir des mots pour une improvisation. La consigne est claire: lever la main et attendre d’être désigné∙e.
Certain∙es crient quand même, et c’est agaçant de voir que des adultes ne savent pas suivre une consigne simple. Comme si certains voulaient exister plus fort que les autres.
Mais lui, imperturbable, cueille les mots. Les assemble. Les transforme. Pendant que ses doigts cherchent des notes au piano, son esprit invente un texte poétique en temps réel.
Virtuose du verbe.
Sa voix est chaude, sincère et profonde. On sent exactement qu’il est à sa place et qu’il aime ce qu’il fait. Que sa maîtrise du français n’est pas une démonstration d’érudition, mais bien une façon d’habiter le monde.
Une longue réflexion semée en nous
Dans la salle, il y avait des jeunes, des moins jeunes. Des amoureux des mots. Des curieux. Tous semblaient suspendus à ce fil invisible entre la pensée et la parole.
En marge du texte offre quelque chose de rare: un espace pour réfléchir ensemble. Sans donner de leçon. Sans imposer une vérité.
Un peu comme si l’homme nous partageait une longue méditation à voix haute en déposant en nous juste assez de graines pour que la réflexion poursuive sa route après le dernier applaudissement.
Il ne cherche pas à être au centre. Il est à la marge. Là où les mots naissent. Là où ils vibrent encore avant de se figer.
Et on ressort avec l’envie de lire. D’écrire. De savourer. En sachant désormais que savourer, c’est savoir.
Et que lire, c’est peut-être l’une des plus belles façons de vivre vrai.
L'avis
de la rédaction

