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Crédit photo : Yves Renaud
Le défi de la langue
Mais comment la langue québécoise, avec ses accents, ses expressions colorées et ses tournures de phrases, peut-elle se réapproprier, de nos jours, le texte vieillot de Macbeth? Comment faire pour mettre cette œuvre mythique à notre image, tout en conservant la particularité de la plume du monument anglais qu’a été Shakespeare?
Ces questions, le poète, dramaturge, comédien et musicien Michel Garneau a passé des années à se les poser, à les analyser et à tenter d’y répondre. C’est en 1978, après avoir passé de longues années à y travailler, qu’il publie enfin sa traduction de La tragédie de Macbeth dans ce que l’on peut appeler un «québécois vernaculaire».

Photo: Yves Renaud
Ce n’est pas tout à fait du joual ni du vieux français, mais bien une langue inspirée du français parlé par les colons de la Nouvelle-France aux alentours du 16e et du 17e siècle, à l’époque où Shakespeare écrivait le texte de sa pièce Macbeth. Garneau, plus précisément, s’est inspiré du français parlé par les colons dans la région de la Gaspésie, une langue râpeuse, pleine de métaphores, à la fois crue et poétique. Et cette traduction serait d’ailleurs, selon les experts, la meilleure qui ait été faite du travail du dramaturge en langue française.
À la lecture du programme, tous ces faits ont bien évidemment piqué ma curiosité, mais je dois avouer que le résultat n’a pas tout à fait été celui auquel je m’attendais. En effet, le soir de la première, les comédiens et comédiennes m’ont donné l’impression qu’ils avaient du mal à se mettre le texte en bouche. Plusieurs des répliques ne semblaient pas couler naturellement, alors qu’à mon sens, les scènes les plus tragiques de la pièce l’exigeaient. À plusieurs moments, le langage fleuri des comédiens a même fait rire le public. Si ces quelques éclats de rire durant amène assurément un vent de fraîcheur à cette tragédie, on peut se demander si cela était voulu.
Autrement dit, le langage pour le moins particulier qui est mis de l’avant dans cette pièce exige un temps d’adaptation avant qu’on puisse réellement entrer plus facilement dans l’histoire.
La tragédie au temps de la guerre des motards
Porté par un désir de modernisation, mais aussi pour que Macbeth puisse bénéficier d’une résonance encore plus forte avec le contexte québécois, Robert Lepage a fait le choix de transposer la tragédie à l’époque de la guerre des motards, soit à la fin des années 1990, dans un Québec qui vivait dans la peur, alors que des groupes de motards criminalisés s’entretuaient et allaient même jusqu’à assassiner des journalistes.

Photo: Yves Renaud
Cette nouvelle mise en contexte amène une touche complètement novatrice à la pièce mythique et permet le déploiement d’une mise en scène vraiment flamboyante et captivante. Ici, le château de Macbeth et de Lady Macbeth est remplacé par un motel de passe, les chevaux par des motos, le banquet par une séance de barbecue autour de dizaines de hot-dogs…
Macbeth (Alexandre Goyette) est ainsi membre d’un groupe de motards et, sous l’influence de sa femme (Violette Chaveau), il décide d’assassiner le chef de la bande afin de prendre sa place. Secoués, mais loyaux, les autres membres du groupe suivent Macbeth jusqu’au moment où il commence à faire assassiner tous ceux qui représentent un risque pour son règne, même ses plus fidèles alliés.
Lorsque le fils du chef décédé (Guillaume Laurin) décide enfin de s’opposer à celui qui a tué son père, et qu’il rallie avec lui des centaines de soldats, c’est le début d’une guerre sanglante qui ne laissera que des morts au passage.
Guillaume Laurin et Violette Chauveau sont remarquables dans leur interprétation et sont ceux qui, à mon humble avis, se sont le mieux approprié le texte de Garneau.
Une mise en scène qui nous en met plein la vue
Dès les premières minutes, on sent que ce n’est pas un spectacle ordinaire auquel on assiste. À mi-chemin entre le théâtre et le cinéma, les effets spéciaux s’accumulent et créent à chaque fois l’étonnement général.

Photo: Yves Renaud
Le rideau s’ouvre sur deux hommes en bateau à moteur qui débarquent sur scène. Entre eux, un homme ligoté avec un sac de jute sur la tête. Les deux fiers à bras attachent une chaîne et des briques à ses pieds, puis le jettent à l’eau. Grâce à un effet de poulies, de miroirs et de bulles de savon, le public voit l’homme couler au fond du lac, alors que le titre de la pièce apparaît en grosse lettre, à la manière de l’image d’ouverture d’un film.
Vraiment, la mise en scène est époustouflante, une prouesse technique qui m’a gardée en haleine tout au long du spectacle. Entre décors mobiles, motos réelles qui se déplacent sur scène, effets de miroirs et de lumières, l’équipe d’Ex Machina prouve une fois de plus qu’elle maîtrise à la perfection l’art de donner vie à des univers fabuleux sur une scène!
Ce Macbeth, signé par le grand Robert Lepage, impressionne par sa maîtrise technique et son audace formelle, mais laisse parfois le spectateur à distance en raison des défis que pose l’appropriation du texte. Entre éclats de génie et zones de friction, la pièce s’impose néanmoins comme une relecture ambitieuse d’un classique qui ne laissera personne indifférent.
La pièce «Macbeth» de Shakespeare en images
Par Yves Renaud
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Photo: Yves Renaud -
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