«Othello», dans une mise en scène de Didier Lucien, au Théâtre du Trident – Bible urbaine

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«Othello», dans une mise en scène de Didier Lucien, au Théâtre du Trident

«Othello», dans une mise en scène de Didier Lucien, au Théâtre du Trident

Entre prouesses visuelles et message social, où se situe l’équilibre?

Publié le 18 mars 2025 par Guy-Philippe Côté

Crédit photo : Stéphane Bourgeois

Le touche-à-tout Jean Marc Dalpé poursuit son exploration de l’œuvre de Shakespeare avec «Othello», une pièce mise en scène par Didier Lucien et présentée ces jours-ci au Théâtre du Trident de Québec. Après avoir traduit «Hamlet», «Richard III» ainsi que les tragédies romaines du dramaturge anglais (soit «Le viol de Lucrèce», «Coriolan», «Jules César», «Antoine et Cléôpatre» ainsi que «Titus Andronicus»), il se prête à nouveau à l'exercice d'adapter un texte shakespearien au goût du jour. Cette nouvelle adaptation, qui fusionne le théâtre et le cirque, est une relecture captivante et audacieuse de ce texte joué pour la première fois en 1604. Dalpé finira-t-il par traduire tout Shakespeare? Seul l’avenir le dira. En attendant, ce spectacle est à découvrir jusqu’au 29 mars.

Entre jalousie et intolérance

Othello, tragédie emblématique de William Shakespeare connue sous le titre original Othello, le Maure de Venise, raconte l’histoire d’un général maure (Rodley Pitt) au service de la République de Venise. Dans cette adaptation, ce dernier doit justifier devant son beau-père Brabantio (Jean Marc Dalpé) et une cour de justice la manière dont il a conquis le cœur de Desdémone (Ariane Bellavance-Fafard).

Grâce à son éloquence et à sa prestance, il parvient à surmonter les préjugés et épouse Desdémone. Cependant, son proche confident Iago (Lyndz Dantiste) nourrit une jalousie obsessionnelle envers lui. Persuadé, sans preuve, qu’Othello aurait séduit sa femme Emilia (Myriam Lenfesty), ce dernier orchestre une manipulation machiavélique.

En insinuant que Desdémone est infidèle, il sème alors le doute dans l’esprit d’Othello. Celui-ci, aveuglé par la jalousie, tombe dans le piège et commet l’irréparable en tuant son épouse innocente.

Photo: Stéphane Bourgeois

Ainsi, la tragédie se referme sur un drame où la manipulation et la suspicion conduisent à une issue fatale…

Rodley Pitt et Lyndz Dantiste brillent sur scène

Dans cette nouvelle production d’Othello dirigée par Didier Lucien, la rencontre artistique entre Rodley Pitt et Lyndz Dantiste est de loin l’un des points forts de ce spectacle. Leur collaboration, née sur le plateau de M’appelle Mohamed Ali de Dieudonné Niangouna, donne vie à Othello et à Iago avec une énergie remarquable.

De plus, leur alchimie sur scène apporte une nouvelle perspective à cette tragédie classique de Shakespeare, tout en soulevant des questions sur l’identité et les préjugés.

Leur performance, à la fois complexe et puissante, va bien au-delà de l’intrigue de jalousie et de manipulation; elle propose une réflexion percutante sur le racisme insidieux qui peut s’insinuer, et ce, même entre deux hommes noirs.

Othello suspendu entre émotion et spectacle

Dans cette relecture unique d’Othello, Didier Lucien, dans son rôle de metteur en scène, fusionne avec brio les disciplines du théâtre et du cirque en offrant une expérience visuelle inédite.

Les performances des artistes circassiens, en particulier lors des numéros de sangles aériennes, ajoutent de la profondeur et de l’intensité dramatique au spectacle. Les interprétations d’Ariane Bellavance-Fafard, dans le rôle de Desdémone, et de Myriam Lenfesty, en Emilia, sont poignantes et apportent une dose de richesse émotionnelle à la création.

Photo : Stephane Bourgeois

J’ai été particulièrement impressionné par le numéro de sangles aériennes lors de la dernière discussion entre Desdémone et Emilia. Le duo de voltigeuses évoluait à travers des cylindres baignés de lumière où elles semblaient, l’espace d’un instant, prisonnières d’une immense toile d’araignée.

Cette préparation subtile mène inexorablement à la scène de meurtre, où l’intensité dramatique atteint son apogée. Les tensions minutieusement construites tout au long de la pièce se dénouent brutalement, plongeant par le fait même les personnages dans une tragédie implacable et inéluctable.

Entre Escher en spectacle et Brabantio en folklore

Force est d’admettre, toutefois, que l’intégration de la discipline du cirque, bien que visuellement saisissante, détourne par moments de l’essence dramatique. La structure inspirée d’Escher, au fort potentiel symbolique, sert surtout de support aux acrobaties, ce qui réduit son impact narratif.

Certains éléments scéniques brisent la tension dramatique et peuvent déstabiliser le spectateur.

De plus, un choix linguistique m’a fortement intrigué: Brabantio, personnage joué par Jean Marc Dalpé, adopte un accent québécois. Dans ce spectacle, le traducteur et comédien semble explorer la langue comme il l’avait fait dans Rome, où une actrice alternait entre l’anglais et le français, ce qui convient pour une pièce de Shakespeare. Ici, l’accent québécois contraste avec le français normatif du reste de la distribution. Il semble suggérer une classe sociale inférieure à Othello, et ce, sans enrichir la mise en scène…

Une cohérence accrue au niveau de cette approche, ou du moins son abandon total, aurait à mon sens renforcé le tableau d’ensemble.

Photo : Stephane Bourgeois

En bref

Un élément supplémentaire a attiré mon attention: Didier Lucien a subtilement intégré, à travers sa mise en scène, des gestes à portée raciste, parfois à peine perceptibles, mais pourtant profondément significatifs, notamment lors de scènes où des personnages évitent Othello lorsqu’ils le croisent dans la rue. Ces gestes inconscients et révélateurs ponctuent la pièce, et ajoutent une tension discrète, mais palpable.

Ce choix volontaire interroge l’omniprésence des discriminations dans les rapports sociaux, notamment le racisme vécu au quotidien. Ces gestes répétés, tels des rappels muets mais inévitables, imprègnent la pièce, agissant comme une toile de fond permanente. La question qui émerge alors n’est pas simplement de les identifier, mais bien d’en comprendre la portée au sein même de l’œuvre.

Le metteur en scène cherche-t-il à exacerber la tension raciale sous-jacente à la pièce, ou bien invite-t-il à une réflexion plus large sur l’expérience de l’étranger dans un contexte contemporain?

La pièce «Othello» jouée au Théâtre du Trident en images

Par Stéphane Bourgeois

  • «Othello», dans une mise en scène de Didier Lucien, au Théâtre du Trident
    Photo: Stéphane Bourgeois
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