ThéâtreCritiques de théâtre
«Le tour du monde en 80 jours» d’après le classique de Jules Verne au TNM
L’imprévu et ses horizons
Crédit photo : Yves Renaud
Que ce soit à dos d’éléphant, à bord d’une montgolfière ou dans un train sur le point de dérailler, les chorégraphies créatives bernent habilement le spectateur. Les transitions (celle de la geisha du théâtre kabuki à la danseuse de saloon pour ne nommer que celle-là) de costumes et de contextes sont étonnamment bien fignolées. Saluons la performance décoiffante de Éloi Cousineau, Patrice d’Aragon, Maude Desrosiers et Carl Poliquin qui se partagent une quinzaine de rôles et qui doivent par conséquent réaliser des transformations de costumes (et de personnages) en coulisses en un temps record. C’est que le metteur en scène puise dans les traditions théâtrales de chaque pays visité par l’improbable quatuor. Théâtre d’ombres chinoises, darbuka, bunraku, masques amérindiens et même Broadway, tous se succèdent dans un feu roulant de rebondissements.
D’ailleurs, Hugo Bélanger a su préserver le charme enfantin du récit de Jules Verne. Le jeu des comédiens est ludique sans perdre en rigueur, dans la mesure où chaque personnage est bien ancré dans sa contribution à l’intrigue. Si le parfait flegme britannique du dandy Fogg (Benoit Gouin) relativise les drames vécus, le charme candide de Passepartout (Stéphane Breton) donne le dernier élan nécessaire à l’aboutissement de la quête. C’est surtout la Princesse Aouda incarnée par Tania Kontoyanni qui personnifie cet aspect moralisateur typique des contes pour enfants avec des répliques truffées de proverbes et d’incitations à la tolérance. Le rôle aurait pu être rendu avec plus de subtilité, ce qui aurait évité au personnage de détonner de l’ensemble de la pièce.
Au fil d’arrivée, Phileas Fogg ressort peut-être gagnant de son pari, mais il accomplit sa plus grande victoire en s’affranchissant du temps. Le portefeuille ruiné et l’esprit richissime, il troque son horloge contre l’amour. Le gentleman aura eu beau planifier chaque minute de son périple, il n’aurait jamais su prédire que la réussite de son entreprise dépendrait d’une erreur. Si en 1872, Le tour du monde en 80 jours s’est voulue une célébration du génie humain, elle se révèle deux cents ans plus tard comme un sol fertile d’échanges transcendant le temps et l’espace.
«Le tour du monde en 80 jours» est une production du Théâtre Tout à Trac, mise en scène par Hugo Bélanger. La pièce sera présentée du 28 avril au 23 mai 2015 au Théâtre du Nouveau Monde (TNM). Les billets peuvent être achetés en ligne au www.tnm.qc.ca ou par téléphone au 514-866-8668.
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Charlotte nourrit une passion de toujours pour la littérature et les arts.
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