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Crédit photo : Do Phan Hoi
La rencontre indispensable de deux disciplines
Il y a de cela une vingtaine d’années, Helen Simard s’est installée à Montréal pour étudier et elle y a découvert, du même coup, la danse contemporaine. Elle s’est alors initiée à l’univers du street dance à travers le break dans la métropole. C’est lors d’une collaboration sur un projet qu’elle a rencontré son partenaire, le compositeur Roger White.
«Pendant longtemps, il créait la musique pour mes spectacles, et finalement, c’est en 2019 qu’on s’est dit qu’on voulait vraiment se concentrer sur notre collaboration. Alors, on a fondé la compagnie We All Fall Down. Il y a quelque chose dans la relation danse-musique qui nous intéresse et qui nous passionne encore après tout ce temps», a-t-elle confié d’entrée de jeu.
Cet automne-là, elle travaillait sur une création avec les finissant·es de l’École de danse contemporaine de Montréal, et c’est à partir de ce projet que Roger et elle ont choisi de mettre sur pied la compagnie.
L’effondrement nécessaire à toute renaissance
L’année précédente, la chorégraphe a subi un accident sur la glace. Depuis, elle s’est largement intéressée à la notion de chute et, par le biais de ses recherches, elle a appris les façons de bien tomber dans d’innombrables contextes. Elle a mentionné, par exemple, la chute d’une personne aînée ou d’un athlète de sport extrême. Les deux chercheront à éviter de se blesser de différentes manières.
Quelques mois plus tard survenait la pandémie de COVID-19, ce qui représentait pour elle une chute mondiale, et plus précisément, «l’effondrement de tous nos repères».
«Ce que j’ai trouvé fascinant après ma chute, c’est de voir comment bien tomber est un choix en effet esthétique, historique et parfois même politique. […] On a exploré des techniques de chutes diverses dans plusieurs pratiques différentes, dont la danse et le cirque, mais aussi les sports extrêmes. Ces notions de chute ont été un point de départ pour générer du matériel», a expliqué la chorégraphe.
Ensuite, elle s’est grandement inspirée du poème La seconde venue du poète irlandais William Butler Yeats, datant du début du XXe siècle, dans lequel il conteste les conséquences de la Première Guerre mondiale et de la grippe espagnole.
«Roger et moi, on est aussi allés creuser dans les images du poème pour créer une structure très circulaire. Avec la musique, on voulait aller chercher quelque chose qui s’inspire de la notion de trinité. Est-ce qu’on est dans la création, dans la continuation ou dans la destruction d’une société? Cette notion du trois et sa façon de se multiplier à travers l’instrumentation, la structure musicale et chorégraphique, ainsi que l’interaction entre les corps et l’espace scénique, sont très présentes», a renchéri l’artiste en danse contemporaine.

Photo: Do Phan Hoi
L’art vivant en constante évolution
Afin de présenter le spectacle Tout s’effondre, neuf interprètes provenant de diverses disciplines ont soigneusement été choisis. Il s’agit de Rodrigo Alvarenga-Bonilla, Bailey Eng, Sage Fabre-Dimsdale, Alyssa Favero, Stephanie Fromentin, Justin Gionet, Mecdy Jean-Pierre, Maude Laurin-Beaulieu et Marie Lévêque, en plus de leur interprète stagiaire Justine Dagenais. Bien sûr, le groupe est accompagné de la musique en direct de Roger White.
«C’est un projet où l’on voit beaucoup le travail d’interprétation, parce que les danseur·euses doivent se positionner envers la partition chorégraphique et doivent faire des choix en temps réel tout au long du spectacle», a mentionné Helen Simard.
Influencée par la notion de freestyle des danses de rues, la chorégraphe laisse une place à la composition spontanée dans ses œuvres. Pour elle, le travail fait en résidence de création se divise en trois étapes: la phase de recherche, qu’elle aime nommer «le nuage de l’inconnu», où le groupe teste des idées sans jugement; la phase de création, où la structure chorégraphique prend forme à partir des choix qui ont été faits; et finalement, la phase d’activation, où les interprètes s’approprient le matériel et apportent leur couleur.
«Pour moi, c’est important qu’il reste un élément vivant. Si je voulais faire quelque chose de toujours pareil, je ferais un film de danse! Toutes les fois où l’on prend des risques et qu’on s’assume d’une autre façon, c’est ce qui, à mon sens, est le plus excitant dans un spectacle», a lancé la créatrice, en précisant que chaque représentation est unique en soi, en raison du ressenti et de l’application du langage des interprètes, sans oublier l’énergie du public.
Une perception libre et totalement assumée
Au bout du compte, Helen Simard crée des œuvres vivantes qui résonnent auprès d’un large public, amateur autant de culture populaire que de virtuosité. Elle établit un langage chorégraphique au diapason d’une thématique choisie à laquelle les interprètes s’associent à la fois individuellement et collectivement. Puis, ensemble, ils proposent un spectacle aux multiples interprétations.
«Je pense que c’est un spectacle qui peut être, pour certaines personnes, profondément triste. D’autres peuvent simplement voir de la beauté dans la composition très classique, dans les mouvements de groupe, et les belles géométries qui se présentent. Il y en a qui seront touchés par l’espoir en l’humanité, et d’autres qui reconnaitront des histoires personnelles… Ce spectacle laisse beaucoup de place à l’imaginaire des interprètes et au public qui le reçoit», a lancé Helen Simard pour illustrer sa vision de Tout s’effondre avant de conclure.
