«Les albums sacrés»: le 10e anniversaire de «In a Fung Day T!» de Duchess Says – Bible urbaine

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«Les albums sacrés»: le 10e anniversaire de «In a Fung Day T!» de Duchess Says

«Les albums sacrés»: le 10e anniversaire de «In a Fung Day T!» de Duchess Says

Innover en toute authenticité

Publié le 23 septembre 2021 par Isabelle Lareau

Crédit photo : Alien8 Records

Il est impossible de rester indifférent devant l’énergie et l’originalité du groupe montréalais Duchess Says, que ce soit sur disque ou, encore mieux, sur scène. Le quatuor est effervescent, déchaîné et transcendant. Et sa musique est tout simplement captivante; c'est un superbe mélange éclectique d’électro, new wave, no wave, punk et rock. J’ai eu l’occasion de parler avec la très sympathique Annie-Claude, chanteuse et guitariste de la formation, qui a accepté de se replonger en 2011, année où l’excellent In a Fung Day T! a été lancé.

La genèse de ce quatuor est relativement typique, à l’exception que le batteur a été recruté dans une toilette publique!

Annie-Claude Deschênes et Ismaël Tremblay-Desgagnés se sont rencontrés à l’école secondaire à Lévis, et ont créé la première incarnation de Duchess Says: Radio Laundromat, un duo électronique analogue, qui avait plus ou moins d’avenir selon la principale intéressée.

C’est grâce à ses études à Musitechnic qu’elle a rencontré Philippe Clément, qui s’est joint à Duchess Says en 2003, et «heureusement, car on n’allait pas dans la bonne direction; il manquait quelque chose. […] On a vraiment trouvé notre son avec lui».

Et l’apport du bassiste ne s’arrête pas là. Philippe a eu la présence d’esprit d’accepter une offre inusitée. En effet, le batteur original du groupe a quitté la formation pendant un concert au Café Campus. Tandis qu’il était au petit coin, Simon Besre propose, de façon décontractée, ses services: «Si jamais vous avez besoin d’un drummer…»

C’est ainsi qu’ils sont devenus un quatuor ce soir-là!

Anthologie des 3 Perchoirs (2008)

Il s’ensuit des spectacles… Et, en 2008, la formation entre en studio, une expérience que les membres ont toutefois détestée! Enregistrer Anthologie des 3 Perchoirs fut long (trois ans) et laborieux. Après une première version du disque, le groupe est très insatisfait et décide de retourner en studio. Déçus à nouveau, ils décident de refaire le tout, cette fois par eux-mêmes.

En fait, la difficulté était qu’ils peinaient à reproduire l’énergie qu’ils ont en spectacle. Le résultat, selon la musicienne, était un collage des années précédentes.

Ayant ce goût amer dans la bouche, ils appréhendaient l’idée d’enregistrer leur deuxième effort studio. Anxieux, ils avaient l’impression «que [leurs] émotions étaient gelées, figées».

In a Fung Day T! (2011)

Mais ils avaient appris quelque chose: ils voulaient de l’aide pour les prises de son, ce qui leur permettrait de se concentrer sur la musique, la réalisation et le mixage.

Contre toute attente, «l’enregistrement a été simple» et beaucoup plus court que prévu. Annie-Claude estime qu’il n’a fallu que trois semaines pour effectuer le travail. Ils avaient enfin trouvé des collaborateurs qui comprenaient l’essence de l’Église de la Perruche. Composées pendant les pratiques, les chansons avaient été testées sur scène, à l’exception de «S.O.H» et «Yellow Pillow», qui ont été écrites en studio.

Ce vécu leur a permis de savoir ce qu’ils recherchaient en matière de son.

Contrairement à la première offrande, dont les thématiques étaient diverses et provenaient d’une plus longue période de gestation, les inspirations pour In a Fung Day T! étaient moins disparates. Axées sur les aléas plus dramatiques de la vie, du point de vue d’une réceptionniste, les grandes questions, les films de Jean Cocteau et les livres du poète russe Vladimir Mayakovsky.

Elle me confie: «Mayakovsky était comme une âme sœur, un peu comme s’il me guidait à travers l’album et a inspiré l’esthétique visuelle». Les perruches sont toujours bien présentes néanmoins. Cette galette est aussi un acte de défiance, car devant les grandes difficultés, on décide de se réorganiser autrement et de passer à l’action, plutôt que de «s’assoir et pleurer.»

Bref, les paroles ne sont pas seulement absurdes, ce sont aussi des métaphores.

Quoi qu’il en soit, l’enregistrement de ce deuxième opus fut une expérience agréable et les a, en quelque sorte, réconcilié avec le processus.

L’enregistrement

«C’était spécial de faire cet album-là, car le premier album était hyper concentré et, ça arrive à plusieurs groupes, tu as l’impression d’avoir tout donné. Il y a plein d’idées que tu as eues pendant des années et que là, ça sort dans ton premier album. Mais pour le deuxième, il faut que tu recommences, et tu n’as pas forcément autant de vécu. […] Il faut que tu vives des choses. Il y en a qui vont vouloir profiter du momentum, mais nous, nous avons toujours fait abstraction du momentum. Car quand ce n’est pas senti, ça ne vaut pas la peine. Moi, ça me prend un certain temps pour savoir ce que j’ai envie de dire aux gens. Je ne vais pas sortir quelque chose juste parce que je dois le faire.»

«In a Fung Day T1 forme un tout, oui, les chansons peuvent être prises individuellement, mais à la base, c’est une entité. […] Et je ne voulais pas répéter le premier. Le son est similaire, mais cet album-là est plus cohérent. Le premier était un collage et le deuxième a un son du début à la fin. Les chansons sont moins différentes les unes des autres. Elles sont peut-être… un peu moins fuckées?»

«On très influencé aussi par des choses qui sont autres que la musique. Moi, personnellement, j’étais plus influencé par la littérature et le cinéma. Je suis une passionnée de films dans ma vie quotidienne. De plus, à l’époque, on n’écoutait pas trop de musique, car on voulait vraiment que ça soit notre affaire. On en a écouté beaucoup avant, mais pas pendant.»

Les attentes par rapport à l’album? «Je vais parler pour moi, mais mes attentes étaient d’être authentique et d’essayer d’innover, de faire quelque chose qui nous ressemble, qui est visuellement intéressant, qui forme un tout. Bref, créer une ambiance immersive.»

La réception de In a Fung Day T!

Annie-Claude se souvient que le disque avait très bien été reçu par la critique «et que c’était vraiment cool».

Est-ce que séduire la critique était l’un de vos objectifs? Annie-Claude m’explique que non, car il faut vraiment faire de l’art quand on a une idée à communiquer et que, de toute façon, «le mot séduire n’a jamais fait partie de [son] langage, surtout pas en musique, en tant que femme.» Elle poursuit: «Je n’essaie pas de séduire les gens, au contraire. Je veux que tu écoutes ce que je dis plutôt que de me trouver cute, mettons…»

Le public a entendu les idées que Duchess Says souhaitait partager. «Oui, et c’était un soulagement, car on a tellement aimé faire des shows avec Anthologie et à voyager qu’on voulait continuer… On s’est dit: “Oh yes, ça continue, et les gens embarquent encore!”

Et nous, les mélomanes, sommes chanceux, car en 20016, les disciples de la Perruche ont eu leur pitance sous la forme de l’excellent Sciences Nouvelles, paru en 2016.

Le legs des duchesses

Comment souhaitent-ils que les gens se rappellent d’In a Fung Day T? «J’aimerais que les gens se souviennent des spectacles, des moments qu’ils ont passés à écouter les chansons, comment ils se sont sentis, les émotions, de l’époque intense que c’était, du fait que les gens avaient besoin de laisser tomber leurs inhibitions, etc. Ce fut un l’exutoire pour nous, et aussi pour certaines personnes présentes à nos spectacles…»

Pour le moment, il n’y a aucun concert de prévu… Mais restez à l’affût, une performance solo de la chanteuse et musicienne sera annoncée très bientôt!

Surveillez la prochaine chronique «Les albums sacrés» en octobre 2021.  Consultez toutes nos chroniques précédentes au labibleurbaine.com/Les+albums+sacrés.

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