«L’épopée musicale de…» Malajube, à travers les Labyrinthes | Bible urbaine

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«L’épopée musicale de…» Malajube, à travers les Labyrinthes

«L’épopée musicale de…» Malajube, à travers les Labyrinthes

La fierté de Sorel-Tracy, de l’imparfait au plus-que-parfait (ou presque)

Publié le 20 avril 2021 par Jean-Benoit Perras Nolet

Crédit photo : Tous droits réservés @ https://malajube.bandcamp.com/

Le 13 avril 2011, Malajube lançait son quatrième album, La caverne. Nous voilà dix ans plus tard, et le groupe n’a rien fait paraître de nouveau depuis. Après la sortie de Trompe-l’œil en 2006, plusieurs critiques voyaient déjà la formation devenir une force majeure dans le paysage musical québécois. La suite des choses aura été plutôt différente. Le quatuor est plutôt devenu un groupe culte qui a arrêté son chemin, trop tôt selon certains, deux albums plus tard. Certains espèrent encore un retour triomphal, alors que d’autres préféreraient les voir rester en retrait et laisser leur discographie dans son état actuel, soit presque parfaite.

5. Contrôle EP (2009)

Ce mini-album est composé des restants de l’enregistrement de Labyrinthes, mais ce n’est pas pour autant du réchauffé. On y retrouve certaines des meilleures chansons de Malajube.

«Hochelaga», toute en puissance, fait partie des setlists du groupe depuis la tournée suivant Trompe-l’œil. D’ailleurs elle aurait très bien pu se retrouver sans problème sur cet album, alors que «Contrôle», progressive à souhait, aurait été à sa place sur Labyrinthes. «Blues des poumons», quant à elle, ramène le côté plus pop mélodique du groupe.

En moins d’un quart d’heure, le groupe nous offre un survol complet de sa discographie, en quelque sorte.

À ces trois chansons s’ajoute «Jam perdu», qui est, comme le titre l’indique, un jam instrumental qui semblait être destiné à être le coda d’une chanson de Labyrinthes. Ce n’est pas mauvais, mais ce n’est pas du même niveau que les autres pièces.

Au final, c’est un excellent EP, mais la brièveté de ce dernier lui confère la dernière position de ce palmarès.

4. La caverne (2011)

À ce jour, c’est le dernier effort du groupe. Après avoir surpris bien de gens avec un virage plus progressif sur Labyrinthes, Malajube offre ici un son beaucoup plus accessible. «Le blizzard», «Radiologie» et «Ibuprofène» figurent parmi les chansons les plus pop du groupe. Si La caverne avait suivi Trompe-l’œil, il n’est pas difficile d’imaginer un univers alternatif où Malajube serait devenu un incontournable sur les ondes radiophoniques québécoises.

Il y a certes quelques traces de Labyrinthes, mais La caverne est plus en continuité avec les deux premiers albums de la formation, présentant des chansons courtes et dansantes. Cependant, il manque l’énergie de ces deux albums. Car si on ne peut pas considérer le son de Malajube comme punk ou métal, ils ont souvent présenté une énergie qui laissait paraître les influences de ces genres musicaux.

Ici, le groupe n’a pas la même urgence. En fait, c’est le premier opus du groupe où on a l’impression qu’un certain confort s’est installé, qu’ils se contentent de «faire du Malajube» sans chercher à pousser plus loin. Ce n’est pas mauvais en soi, mais ce n’est pas un album marquant non plus.

3. Le Compte complet (2004)

Sur «Le métronome», on retrouve les paroles «Plus on savonne et plus nos chansons puent le poisson cru»… Heureusement, il n’y a pas trop de savonnage sur Le compte complet: il s’agit de l’album le plus sale du groupe.

Sur les parutions suivantes, les paroles vont se raffiner, la technique va s’améliorer, le son va se polir, mais jamais le groupe ne va retrouver la fougue de ce premier opus. «La maladie» et «Le robot sexy» démarrent l’album sur les chapeaux de roue, avant de laisser la place à la simple «Le métronome», la chanson la plus entraînante de l’album.

En fin de parcours, «Les dents» et surtout la sublime «La Valérie» laissent présager que ce n’est qu’un début pour le quatuor et que le meilleur reste à venir.

2. Labyrinthes (2009)

Après le succès de Trompe-l’œil, Malajube était attendu avec impatience. Et si bien des gens s’attendaient à Trompe-l’oeil 2, ils ont été déçus. Si le groupe ne s’était jamais gêné pour inclure des éléments de rock progressif dans son son auparavant, il embrasse complètement le style ici.

Le ton est donné dès le départ avec «Ursuline». À presque sept minutes, on y retrouve plusieurs changements de tempo, et on se rend compte que l’ambiance est beaucoup plus sombre que sur les deux albums précédents.

Les simples «Porté disparu» et «Luna» suivent. Ce sont les deux pièces les plus accessibles, mais le côté plus lugubre de l’album reste présent, ce qui explique sans doute pourquoi elles n’ont pas eu le même succès qu’une «Montréal -40» ou «Étienne d’août».

Pour le reste de l’album, le groupe se bat entre son côté expérimental et progressif, ainsi que son indéniable habilité à créer des mélodies pop accrocheuses. Et le plaisir pour l’auditeur est de suivre ce combat palpitant. C’est définitivement l’opus le plus difficile à apprécier, mais après quelques écoutes, il devient rapidement l’un des plus intéressants de leur discographie.

Non, Labyrinthes n’aura pas eu le même succès que son prédécesseur, mais ça n’a jamais été le but recherché par Malajube. Les fans de passage ont continué leur chemin vers d’autres saveurs du moment, alors que les vrais amateurs du groupe ont fini par l’adorer.

Pour certains, il est même meilleur que Trompe-l’œil. D’un point de vue purement technique, c’est sans doute le cas.

1. Trompe-l’œil (2006)

Possiblement l’un des meilleurs albums québécois de tous les temps, et c’est aussi l’un des rares à avoir brisé le mur entre les deux solitudes de la scène musicale. Trompe-l’oeil est une offrande francophone que même les anglos ont adorée.

Quinze ans plus tard, c’est surprenant de voir combien cette œuvre n’a pas pris une ride. Et c’est possiblement parce que malgré leur succès, peu d’artistes ont suivi les pas de Malajube. C’est un album avec un son foncièrement unique et qui couvre très large.

On y retrouve de la pop bonbon avec «Ton plat favori», une ballade romantique avec «Étienne d’août», un interlude rap avec «La Russe», une chanson épique augmentée d’une chorale avec «La monogamie», et c’est sans parler des influences punk et métal, ou même des succès «Montréal -40» ou «Pâte filo».

Il n’y a aucun temps mort. Chaque chanson est nécessaire, et l’ordre choisi est parfait. À une époque où on écoute la plupart du temps nos chansons à la pièce, l’écoute intégrale de l’album reste la façon la plus gratifiante d’écouter celui-ci.

Et pourtant, chacune des chansons est assez forte pour ressortir dans n’importe quelle liste de lecture aléatoire.

Malajube n’a jamais annoncé officiellement sa séparation. En fait, en entrevue, les membres laissent toujours la porte ouverte à une réunion. Après dix ans d’absence, serait-il possible que le groupe resurgisse éventuellement, avec du nouveau matériel? Il ne faut jamais dire jamais…

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