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Isabelle Boulay dit «Merci Serge Reggiani» sur son nouvel opus
Interpréter plutôt que réinterpréter
Crédit photo : Audiogram
De prime abord, il peut sembler étonnant qu’on veuille faire un album hommage à un artiste qui n’était lui-même qu’un interprète. Réinterpréter des textes qui ont déjà marqué l’histoire de la musique grâce à un chanteur qu’on considère comme l’un des plus grands interprètes de la chanson française aurait bien pu être casse-gueule.
Pas pour Isabelle Boulay. La coach gagnante à la dernière édition de La Voix du Québec offre sur ce nouvel album des interprétations si sincères qu’on en oublie aussitôt le chanteur original, envoûtés presque comme par magie par cette sublime voix. Et lorsque cette dernière est en plus supportée par des instruments à cordes, le résultat devient simplement grandiose, comme c’est le cas sur «L’italien», qui contient des passages chantés en italien, et qui s’avère l’un des morceaux les plus touchants du disque. Il ne faut pas croire, toutefois, qu’Isabelle Boulay s’approprie les classiques de Reggiani pour faire oublier ce dernier. Au contraire, en lui rendant hommage dix ans après son décès, la chanteuse permet de jolie façon aux plus jeunes de découvrir l’artiste qu’il était, tout en offrant aux plus âgés le bonheur de s’y replonger.
On aurait pourtant tendance à penser qu’il est difficile d’y croire. En effet, une femme qui chante un répertoire masculin à la base, du point de vue d’un homme avec des textes qui traitent abondamment des femmes, cela paraît étonnant. L’une des pièces les plus dynamiques de l’album, la célèbre «Il suffirait de presque rien», en est un bon exemple, avec ce discours d’un homme qui s’adresse à une jeune femme avec laquelle il aurait pu tomber amoureux si leur différence d’âge n’avait pas été si importante, tout comme le morceau au titre évocateur «Les mensonges d’un père à son fils», pour ne nommer que ceux-là. Pourtant, l’interprétation des pièces est si authentique que tout semble coller à la peau de la belle rouquine et chacune des histoires est portée avec autant de passion que si ça avait été la sienne.
Même si la sélection des morceaux, composés tantôt par Moustaki, tantôt par Dabadie, notamment, est plutôt dans un registre sombre, l’ensemble de Merci Serge Reggiani n’est pourtant pas lourd. On se laisse au contraire porter par la musique, bien orchestrée par les co-réalisateurs Philippe B et Benjamin Biolay, et juste assez discrète pour mettre en évidence la voix poignante de la chanteuse. Le plus bel exemple est sans doute la pièce «Si tu me payes un verre», qui laisse à entendre une Isabelle Boulay intense, suivant les modulations du piano comme seul soutien, jusqu’à ce que des cuivres viennent ajouter la toute dernière touche d’intensité nécessaire pour créer un morceau grandiose, à l’image de son interprète.
Le disque Merci Serge Reggiani est paru sous l’étiquette Audiogram le 19 mai dernier. Isabelle Boulay présentera les pièces de cet hommage à Reggiani samedi le 21 juin au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts en clôture des FrancoFolies de Montréal. Philippe B et d’autres invités seront présents, ainsi que Viviane Audet, en première partie.
Ministre de la défense du théâtre
Bachelière en journalisme, Alice aime l’idée de réunir ses deux plus grandes passions: la culture et le fait d’avoir la chance de s’exprimer.
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