«L'entrevue éclair avec...» Dom Leblond et Louis Rémillard, créateurs de la BD «Filles du Roy: Origines» – Bible urbaine

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«L’entrevue éclair avec…» Dom Leblond et Louis Rémillard, créateurs de la BD «Filles du Roy: Origines»

«L’entrevue éclair avec…» Dom Leblond et Louis Rémillard, créateurs de la BD «Filles du Roy: Origines»

Les aventures d'une héroïne néo-française hors du commun

Publié le 11 novembre 2025 par Éric Dumais

Crédit photo : De gauche à droite: Dom Leblond (photo: Tous droits réservés) et Louis Rémillard (photo: Marc Tessier)

Dans le cadre de «L’entrevue éclair avec…», Bible urbaine pose 5 questions à un artiste ou à un artisan de la culture afin d’en connaître un peu plus sur sa personne, sur son parcours professionnel, ses inspirations, et bien sûr l’œuvre qu’il révèle au grand public. Aujourd'hui, on a eu le plaisir de jaser avec l'auteur et scénariste Dom Leblond et l'illustrateur Louis Rémillard, les créateurs de la bande dessinée «Filles du Roy: Origines», le tome 1 d'une série en devenir publié aux éditions du Septentrion. À travers ce récit historique qui vous propose un voyage dans le temps en 1663, sous le règne du jeune Louis XIV, préparez-vous à découvrir une héroïne hors du commun qui n'a pas froid aux yeux.

Dom et Louis, on est heureux de vous accueillir en formule tandem à cette série d’entrevues! D’abord, les présentations: Dom, tu es un fier descendant de Marie-Madeleine Chevrainville, Fille du Roy d’origine française qui a immigré au Québec en 1663, tu as entrepris des études en histoire et en philosophie politique, et tu es un fervent consommateur de culture. Louis, quant à toi, tu possèdes une longue feuille de route dans l’univers de la bande dessinée. Ton créneau, c’est surtout l’humour et la satire, mais tu t’intéresses également aux thèmes historiques, tels que la Nouvelle-France et les Premières Nations. Parlez-nous brièvement de vos parcours et de ce qui vous a emmené à développer une passion pour les arts.

D.L.: «Mon parcours débute par une balade en histoire et en philosophie politique, bien loin de la bande dessinée. J’ai ensuite eu l’opportunité d’œuvrer au sein de l’industrie musicale, où j’ai pu côtoyer les créateurs du son, de l’image et des subventions. Affamé de capital, j’ai pris une décision logique: faire de la BD historique en francophonie d’Amérique. Fortune assurée, best start-up ever

«Je fais partie de cette légion d’écrivains de l’ombre, orphelins de lecteurs, qui n’écrivent souvent que pour leur propre plaisir, par catharsis ou par délassement. Une passion pour les arts? Plutôt un mode opératoire. Avec Filles du Roy. Origines, je sors donc de ma garde-robe, un walk-in pourtant bien aménagé et très confortable. Hélas, mon bonheur fut bousculé par le talent de Louis et par la chance de plonger dans un sujet d’exception, aussi original qu’inspirant. J’ai cédé à la tentation.»

L. R.: «Ma feuille de route en BD s’échelonne sur plusieurs décennies dans lesquelles j’ai fait plein de bandes dessinées humoristiques grinçantes. Parallèlement, j’ai œuvré un certain temps en art visuel (estampe, peinture). Au fil du temps, j’ai délaissé ces disciplines, tout comme la BD cartoonesque, et j’ai fusionné l’expérience acquise dans ces modes d’expressions pour aboutir à une nouvelle façon de travailler où s’entremêlent l’esthétique et le narratif dans un style semi-réaliste.»

«C’est avec cette optique que j’ai commencé à aborder des thèmes historiques avec mes albums Le retour de l’Iroquois et Traces de mocassins, dans lesquelles le territoire et les Premières Nations sont mis en valeur. Filles du Roy est une continuité dans ce créneau historique.»

Critiques-Filles-du-Roy-Origines

Toi, Dom, tu te dis peut-être «expert en rien», mais pour autant, tu es du genre à t’attaquer à tout! Tu as développé, toi aussi, une passion pour la Nouvelle-France, mais la plupart de tes projets sont restés à l’état de chantier, sauf un! Récemment, les éditions du Septentrion ont dévoilé votre bande dessinée Filles du Roy: Origines, le tome 1 d’une saga en devenir. Ici, tu signes le scénario, alors que Louis signe les illustrations. Parlez-nous de votre rencontre et de ce moment où vos affinités respectives ont créé des flammèches, jusqu’à donner lieu à ce projet commun.

D.L.: «Prenez deux solitaires habitués à créer seuls sans jamais rendre de compte à quiconque. Deux solitaires qui ne se connaissent ni d’Ève ni d’Adam. Maintenant, mettez-les dans deux villes différentes à 250 km de distance. Insérez la tension naturelle entre le travail de dessinateur et celui de scénariste. Donnez-leur des vies avec des agendas asynchrones, avec un job à temps plein, des périples en canot dans la forêt boréale, des enfants, des bobos, une pandémie… L’un est sur Mac l’autre sur PC, l’un admire les Nordiques, l’autre les Canadiens… Qu’est-ce qui pouvait bien arriver, vous croyez? Une œuvre. Tout simplement.»

«Malgré nos différences apparentes, nous avons rapidement réussi à nous comprendre et à ajuster notre façon de travailler en conséquence. Chacun influençait le travail de l’autre, et quand c’était nécessaire, cherchait des solutions pour les problèmes de l’autre. Les nombreuses sessions de télétravail ponctuant nos agendas ces dernières années ont été très utiles pour nous aider à garder le cap sur nos tâches et sur nos intentions. Un travail commun, quoi.»

L.R.: «Au départ, créer une BD sur les Filles du Roy n’était pas dans mes plans, jusqu’à ce que la Société des Filles du Roy me contacte en me proposant d’en réaliser une à ce sujet. Sur le coup, j’étais ouvert à l’idée, j’ai donc accepté, mais à la condition qu’on me propose un scénario. Après tout, on ne s’improvise pas scénariste du jour au lendemain! On m’a donc suggéré Dom. À partir de là, on s’est parlé, lui et moi, on s’est entendu, et on a produit cet ouvrage après plusieurs années de travail.»

À travers ce magnifique album de 90 pages, disponible en librairie dès le 11 novembre, on apprivoise le personnage de Constance Rivière, une orpheline de 20 ans qui tente, tant bien que mal, de lutter pour sa survie, avec cet espoir en tête de mener une vie décente un jour. Or, la France de 1663, sous le règne du jeune Louis XIV, est d’une brutalité sans nom, et «Paris tente de se débarrasser des indigents, des pauvres et des miséreux, en les consignant à des établissements hospitaliers». L’heure du Grand Renfermement a sonné! Dites-nous en plus sur le contexte historique dans lequel votre héroïne évolue et sur les défis qu’elle devra surmonter.

D.L.: «C’était une période trouble. Une période de changements sous tension. De changements fondamentaux. Imaginez l’année 1663, en France, vue de très haut et de notre XXIe siècle: soixante ans plus tôt prenaient officiellement fin les terribles et fratricides guerres de religion. Et si on regarde en avant, cent ans plus tard viendra la Révolution Française, séisme historique de notre civilisation, s’il en est un. Entre les deux, Louis XIV. Il y a du stock! Et encore, ce n’est qu’effleurer la complexité du monde et de la société de cette époque. Il y aurait tant à dire…»

«Pour Filles du Roy: Origines, c’est autour d’une orpheline parisienne de vingt ans que nous avons élaboré notre perspective historique. C’est à partir d’elle que nous témoignons de l’Histoire avec un grand «H», selon sa vie, son milieu, ses problèmes… Ce n’est donc pas Versailles (d’ailleurs, ce n’était qu’un camp de chasse en 1663…)! Constance Rivière vit dans une France qui ne lui offre peu ou pas d’avenir. On l’oblige à demeurer dans l’une des institutions qui «abritent» les pauvres et indigents de Paris. Ça dit déjà beaucoup. Quel est son avenir? À elle de voir, mais déjà, elle est ankylosée par sa condition d’orpheline, sa classe sociale, son sexe et ses moyens… Mais Constance a d’autres atouts pour affronter le Monde: sa meilleure amie, de l’audace, de l’intelligence et une tête de cochon bien néo-française.»

L.R.: «Dom a très bien résumé ces défis. Je n’ai rien à redire. Les miens, c’est de mettre tout ça en images.»

Ainsi, Constance fait partie de ces centaines de femmes à marier qui sont parties de France en bateau, entre 1663 et 1673, pour se rendre en terre promise (pour ne pas dire à l’autre bout du monde), afin de se marier, de fonder un foyer et d’y établir leur famille. C’est le 22 septembre 1663 que les premières Filles du Roy sont arrivées dans le port de Québec, et celles qui se sont établies à Montréal ont été accueilli par Marguerite Bourgeoys elle-même, connue sous le nom de sœur Marguerite du Saint-Sacrement, enseignante et fondatrice de la congrégation de Notre-Dame de Montréal. Qu’est-ce qui vous fascine le plus de cette période?

D.L.: «Mon intérêt pour la Nouvelle-France est arrivé assez tardivement pour ma part. Sans la dédaigner, c’était une époque qui ne me faisait ni chaud ni froid; ça ne m’intéressait tout simplement pas. Jusqu’à ce qu’au fil de mes recherches pour un autre projet, j’ai entamé la lecture des Relations des Jésuites. Pour l’amateur de l’étrange en moi, ce fut un coup de foudre. C’est une époque de notre histoire sous-estimée des auteurs, à mon avis. C’est si riche!»

«D’ailleurs, au départ, nous pensions créer un seul album sur les Filles du Roy. Mais comment résumer l’arrivée et la vie de 763 jeunes femmes en un seul volume? Le phénomène historique est trop riche, et tant d’histoires captivantes auraient été perdues en route. L’éditeur était de notre avis, merci! Ne reste plus qu’à charmer les lecteurs maintenant…»

L.R.: «Ce qui me fascine avant tout, c’est le territoire dans lequel je vis, soit le Québec en Amérique du Nord et les changements au sein de son environnement au fil du temps par les humains qui l’habitent. Le choc des cultures entre deux civilisations au début de la Nouvelle-France, c’est ce qui m’a motivé lors de la création des ouvrages cités précédemment. Alors oui, le XVIIe siècle m’intéresse, mais mon regard n’était pas tourné vers l’Europe en tant que telle.»

«Le scénario de Filles du Roy m’a forcé à m’y intéresser, et j’ai travaillé fort à me documenter pour rendre aussi crédible que possible, de manière esthétique, cette période de l’Histoire en France.»

Alors qu’Origines vient à peine de faire son entrée en librairie, on se doute bien qu’on va devoir s’armer de patience avant de pouvoir se délecter du tome 2 des aventures de Constance Rivière. Mais, comme on est entre nous, et qu’on sait garder des secrets intacts, peut-être que vous pourriez nous dire comment avance le chantier? On est curieux (et on le sait)! Au plaisir de se reparler dans le futur!

D.L.: «Oui, le chantier est en cours et il avance bien. J’avais proposé à Louis d’y mettre des dinosaures cyberpunks, des magiciens et Pier-Luc Funk en robot, mais il ne veut pas, il préfère que ça demeure historique. Dommage… J’aurais bien aimé voir un combat de sabres laser entre Monseigneur Laval et un ptérodactyle. Mais bon.»

L.R.: «Je poursuis mon travail sans relâche, et le chantier du tome 2 progresse lentement mais sûrement. La moitié de l’ouvrage est complété, et j’en suis à dessiner des bateaux à voiles, des cordages et des cales de bateaux du XVIIe siècle. Comme je n’y connais rien, ce n’est pas facile, mais le résultat sera à la hauteur du tome 1 pour, je l’espère, le plaisir des lectrices et lecteurs!»

La bande dessinée Filles du Roy: Origines de Dom Leblond et Louis Rémillard est présentement disponible en librairie  au coût de 24,95 $ (papier) et 11,99 $ (PDF ou ePub). Pour lire nos précédents articles «L’entrevue éclair avec» et faire le plein de découvertes, consultez le labibleurbaine.com/nos-series/lentrevue-eclair-avec.

*Cet article a été produit en collaboration avec Les éditions du Septentrion.

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