LittératureBandes dessinées et romans graphiques
«Le couperet» de Philippe Girard aux éditions Mécanique générale
De la nécessité de tourner sa langue sept fois avant de parler
Crédit photo : Mécanique générale
Le couperet marque un nouveau départ dans le travail de Philippe Girard, qui a dû changer sa manière de dessiner pour contrer une tendinite qui le faisait souffrir. Ce mal est d’ailleurs à la fois le moteur du sujet au cœur de cette nouvelle bande dessinée, mais aussi du changement plastique qui la différencie des œuvres précédentes de l’auteur.
C’est l’histoire d’un homme complexé par son vieillissement et par la perte de ses cheveux, qui voit son corps le fuir alors qu’il se prépare à demander la main de son amoureuse Violaine. Soudainement, toutes les expressions impliquant des parties du corps qu’il prononce prennent effet contre son gré. Prises au pied de la lettre, les formules «je vais jeter un œil», «les bras m’en tombent», ou encore «je l’ai sur le bout de la langue» prennent des allures gore déstabilisantes, mais tout à fait jouissives.
Si la trame narrative principale est assez simple et prévisible, la manière avec laquelle Girard raconte son récit rend la bande dessinée très originale. Car cette première fiction est entrecoupée par deux autres histoires parallèles. La première consiste en la rencontre de scientifiques très sérieux parmi lesquels Jung, Freud et Camus, qui se rassemblent pour discuter du cas d’un homme qui a perdu tous ses membres par la force du langage.
La seconde met en scène l’ex-fiancé de Violaine dans les cuisines du restaurant Le couperet, qui prépare différents plats en y intégrant des clous, des lames de rasoir ou des agrafes. Illustré en noir et blanc, contrairement au reste de la BD, ce récit structure le livre au rythme des services d’un repas gastronomique: apéritif, première entrée, pause glacée, bouillon, plat de résistance…
En plus de mettre en place un jeu surréaliste sur le rapport au corps, Philippe Girard s’amuse à multiplier les références à des peintres connus comme Warhol, Miró, Pollock et Calder, alors que le bédéiste dessine certaines planches en imitant leur style. Pour les amoureux de l’histoire de l’art, ces clins d’œil sont très sympathiques et participent à l’éclectisme sur lequel se fonde l’intérêt de la bande dessinée.
C’est avec un plaisir coupable que l’on se laisse emporter par la lecture de ce nouvel opus de Philippe Girard, qui montre encore une fois la richesse de son imaginaire.
«Le couperet» de Philippe Girard, Mécanique générale, 104 pages, 25,95 $.
Spectatrice aguerrie
Sara Thibault est passionnée par la culture. Depuis une dizaine d'années, elle carbure aux spectacles de théâtre et de danse.
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de la rédaction
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