MusiqueCritiques d'albums
«Trilogy» de The Weeknd
Un triptyque R&B et trip-hop d’une douceur incarnée
Crédit photo : Universal Music
Sa Trilogy, sortie en novembre 2012, laquelle a été certifiée disque d’Or aux États-Unis et nominée à la Short List 2012 du Polaris Music Prize, n’est en réalité que l’assemblage de ses trois mixtapes déjà couronnés de succès, avec trois nouvelles chansons en prime. Fier d’avoir partagé la scène avec Lil Wayne et Nas devant des milliers de curieux au festival OVO de Toronto, The Weeknd n’y est pas allé de main morte sur cette trilogie, puisqu’il multiplie les textures solides des Beach House et Siouxsie and the Banshees, en plus de collaborer avec le célèbre rappeur Drake sur «The Zone».
«High for This» ouvre le bal avec des paroles allumeuses où Abel Tesfaye mime un moment d’intimité privilégiée avec une demoiselle, où l’énergie sexuelle qui se dégage du papier est rendue au centuple avec une voix R&B mielleuse et vaporeuse, une texture synthétique pesante et saccadée, puis des percussions aussi rythmées qu’une marche militaire. Ambiances feutrées, atmosphères nocturnes, paroles audacieuses, c’est là que réside toute la force de The Weeknd, qui connaît bien les aléas du R&B, multipliant les allusions lascives au rythme de ballades trip-hop sur fond électro, par exemple avec les incontournables «What You Need», «Wicked Games», «Lonely Star», «Valerie» et «Montreal», sur laquelle il chante en français.
C’est toujours à l’aide de teintes froides et de clair-obscur que The Weeknd arrive à nous dépeindre des tableaux vivants et glaciaux qui nous transportent d’un univers musical à l’autre, et ce, toujours grâce à des rythmiques où le tempo semble complètement déréglé. Des chansons telles que «House of Balloons / Glass Table Girls», «The Morning», «The Party & the After Party», «Life of the Party» et «Heaven or Las Vegas», entre autres, nous dévoilent un côté plus pop de The Weeknd, avec des mélodies éclatées qui dévoilent toutes la sauvagerie des boîtes de nuit. La chanson où la voix d’Abel Tesfaye atteint son apogée parce que similaire est décidément «D.D.», sa reprise de l’inoubliable «Dirty Diana» (1987) de Michael Jackson, le défunt roi de la pop.
Bête de scène, poète de l’amour sensuel et du sexe consumé avec ardeur, The Weeknd nous parle à cœur ouvert avec des textes crus empreints d’une expérience précoce mais entièrement assumée. Si sa voix un brin immature peut en déranger plusieurs d’entrée de jeu, l’exercice d’écouter en boucle sa Trilogy s’impose, car nous avons ici décidément affaire à un génie de ce siècle, lequel a prouvé une fois de plus le pouvoir infini du Web.
Rédac' en chef mordu de lecture et d'arts vivants
Passionné de yoga, de méditation, de littérature et d'arts de la scène, Éric jongle au quotidien pour satisfaire ses envies du moment.
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